Le parrainage est-il compatible avec l'islam ?


Le parrainage est-il compatible avec l'islam ?

Les préceptes moraux et politiques de l'islam s'invitent dans les débats politiques au Sénégal entre ceux qui se glorifient d'appartenir à une famille maraboutique, ceux qui se vantent d'avoir une connaissance islamique et ceux qui se réfugientderrière la religion comme rempart pour tromper la sensibilité et la sensation émotionnelle des Sénégalais.

Devant ce constat, je voudrais apporter ma modeste contribution pour rappeler les principaux piliers de la gouvernance en islam.

Il est à noter dès l’entame de cet exposé la différence qui existeentre les textes coraniques, les paroles '''hadiths'' du Prophète (PSL) et la pratique politique exercée après l'ère de ses quatre véridiques califes.

Le calife en islam incarnait le double pouvoir : pouvoir spirituel et temporel comme fut le cas des quatre premiers califes du Prophète (PSL) qui sont  Abû Bakr (632-634), Omar (634-644), Othmân (644-656) et Ali (656-661).

La question du Khilafat s’est posée à la fin de l’ère descompagnons du Prophète car la désignation a été révolue et fut remplacée par le mode héréditaire avec l'arrivée de Muawiya.  Ceci va marquer le début du règne de la dynastie des Omeyyades (661- 750) suivie de celle des Abbassides (750-1258).

Plusieurs penseurs islamiques se sont intéressés au khilafat tels que Al-Mawardi (m.1058), Ibn Khaldoun (1332-1406et Imam Nawawi ((1233-1277).

La gouvernance en islam repose sur plusieurs piliers doctrinauxet valeurs moralesj'en parlerai sur huit points :

1. La désignation ;
2. L'Allégeance ;
3. La Choura (la concertation ou la consultation) ;
4. L'exercice du pouvoir ;
5. La séparation du pouvoir ;
6. La persévérance ;
7. La droiture ;
8. L'équité.

Premièrement: la désignation

Le guide en islam est désigné par la communauté et/ou par un comité consultatif de manière collégiale comme ce fut le cas,après la mort du Prophète (PSL) en 632, en la personne d'Abû Bakr aS sidiqh (632-634). Celui-ci été d'abord désigné par Oumar Ben Khatab comme successeur du Prophète suivi par les Ansars et les Mouhadjriinas présents à Daar Saqifa après une âpre discussion entre eux. Il y avait parmi les présents le cousin du Prophète Ali Ibn Abi Talib et d’autres compagnons du Prophète qui se sont abstenusà l’exemple de Fatima fille du Prophète et épouse d'Ali.

Le deuxième Calife Omar (634-644) fut porté au khilafat sur la recommandation d'Abû Bakr, mais lui, avant sa mort en 634, il a désigné un Conseil consultatif de six personnes chargé de choisir en son sein son successeur. Il leur dit "Je ne trouve personne qui mérite le plus ce poste que les personnalités dont le Prophète s’est déclaré satisfait avant sa mort"Il cite les noms de Alî, Othmân, Az-Zubayr, Tal'ha, Sa'd et Abdur-Rahmân ibn ‘Awf.

Ensuite, il traça la voie à suivre en disant «S’il y a une voix contre cinq, celle-ci doit se plier à la majorité, de même, s’il y en a deux contre quatre. En cas d’égalité des voix, faites intervenir ‘Abdoullah ibn ‘Omar pour trancher. Si vous ne l’acceptez pas, l’avis prépondérant sera celui du groupe dans lequel se trouve Abdur-Rahmân ibn ‘Awf ».

Le Conseil consultatif a porté, après concertation, son choix sur Othmân ibn Affân en 644, qui a été tué en 656.

Il faut signaler que l’imam Ali ne voulait pas prendre le khilafatmais avec l'insistance des compagnons du Prophète (PSL) il a fini par céder à leur demande et devint le quatrième calife en 656 avant d’être assassiné en 661.                             

Les Chiites considèrent qu’il est le successeur légitime direct du Prophète conformément à l'avènement de Ghadir Khumm.

Ce n'est qu’après sa mort que naquit la monarchie instaurée par les Omeyades et les Abbasides, ce qui continue jusqu'à aujourd'hui dans plusieurs pays musulmans.   

Il est à noter que les deux principaux groupes, chiites et sunnites, n'ont pas la même vision sur le mode de désignation d’un imam, d’un guide ou un chef pour la communauté musulmane.

Les chiites considèrent qu'un guide doit être désigné directement par le Prophète ou par l'Imam qui jouit d’infaillibilité, et sur la guidance d'Allah car les hommes sont incapables de mesurer le degré de piété de leurs semblables.

En revanche les sunnites pensent qu’il revient aux hommes de désigner leur guide selon des critères bien définis.

Les musulmans sont tenus de choisir leur guide avec clairvoyance, lucidité et responsabilité comme le stipule ce hadith: "Celui qui nomme un homme à la tête d'un groupe de gens alors qu'il sait qu'il s'y trouve quelqu’un qui est plus agréé par Dieu et son Messager, celui-là a trahi Dieu, Son Messager et les croyants".

Il ressort de cela que le rôle du calife est inclusif, il incarne le pouvoir spirituel et temporel, son mandat est illimité mais il peut être révoqué de ses fonctions pour des motifs graves.

Deuxièmement: L'allégeance (Al bay’a)

L'allégeance est un acte de reconnaissance et d'obéissance en islam qui lie le gouvernant aux gouvernés

La communauté est appelée à faire allégeance au guide désigné pour lui donner une légitimité pour exercer ses prérogatives.

Elle se fait dans de conditions requises par la Charia car il ne s'agit pas de porter un choix sur la base de népotisme et de conduite partisane, ni d’une soumission aveugle. Le Prophète (PSL) dit: «Le musulman doit écouter et obéir pour ce qu’il aime et pour ce qu’il déteste sauf s’il s’agit d’une désobéissance (aux principes du Créateur) : si on lui impose une telle désobéissance, alors il n’y a plus d’écoute, ni d’obéissance».

L'acte d'allégeance ne se limite pas entre le guide et ses sujets mais c'est un engagement envers Allah comme le stipule leCoran :"Ceux qui te prêtent serment d'allégeance prêtent seulement serment d'allégeance à Dieu, la main de Dieu étant posée sur leurs mains..."(s.48/v.10).

Le guide, après avoir été désigné, reçu l'allégeance de la communauté, prêté serments'engage à respecter et faire respecter la voie tracée par l'Islam ou la constitution

Le Calife Abû Bakr dit dans son premier message (discours à la nation) adressé aux musulmans (Ô gens ! J’ai été élu à votre tête alors que je ne suis pas le meilleur d’entre vous. Si j’agis bien, soutenez-moi. Si j’agis mal, rectifiez-moi. La sincérité est un dépôt, le mensonge est une trahison. L’opprimé parmi vous sera fort à mes yeux jusqu’à ce que son droit lui soit restitué par la permission d’Allah. Et l’oppresseur parmi vous est faible à mes yeux jusqu’à ce que j’applique le droit sur lui par la permission d’Allah. .... Obéissez-moi aussi longtemps que j’obéis à Allah et Son Prophète. Si je désobéis à Allah et Son Prophète, vous ne devez plus m’obéir". 

Troisièmement: La concertation (as-shûra),

La concertation ou la consultation est un précepte fondamental en islam sur lequel repose le fonctionnement, la gestion et la gérance de la communauté conformément au Coran qui la classe en septième position parmi les huit vertus énoncées dans la sourate 42 du même éponyme «… qui répondent à l’appel de leur Seigneur, accomplissent la Salât, se concertent entre eux à propos de leurs affaires, dépensent de ce que Nous leur attribuons »(s :42 /v.36-38).

Allah demande au Prophète Mouhamed (PSL) de se concerter avec ses compagnons «…consulte-les sur toute chose'' (s.3/v.159). Voilà pourquoi il se concertait en permanence avec ses compagnons comme fut le cas lors de la bataille de Badr en s'adressant à eux «Ô vous les gens, faites-moi part de vos opinions» et il s'est plié sur l'avis de l'un d'eux ce qui lui donna une victoire cinglante sur l'armée des adversaires mecquois.

Le prophète (PSL), après avoir reçu la deuxième Bay’a Al Aqaba (allégeance II), au 13ème an de la révélation, de 75 personnes dont 73 hommes et deux femmes, avait dit : « désignez-moiparmi vous dix dignitaires». Ils ont choisi neuf personnes de la tribu de Kasradji et trois personnes de celle d’Aous qui étaientses conseillers officiels avec qui il se concertait avant de prendre une décision.

Le Calife Omar consultait beaucoup les gens en l'occurrence Ali, Othmân, Ibn Awf, Abu Moussa Al Achari avant de prendre une décision, ce qui fait que son khilafat était le plus solide et le plus stable.

Il ressort de cela que la concertation, le dialogue sincère sont recommandés à tout guide quelle que soit sa responsabilité : politique, religieuse, coutumière, et son titre : Président, Roi, Prince, Père de famille, Chef de guèreChef de tribu pour instaurer la confiance et gérer l'affaire de la cité convenablement et de manière consensuelle.

Septièmement : L'exercice du pouvoir

Les principes fondamentaux d’exercer le pouvoir en l'islam nesont pas tout à fait opposés à la démocratie au vrai sens du terme ''gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple'' comme la définissait le Président Abraham Lincoln, président des Etas Unis (1860 à 1865), et Alexis de Tocqueville (philosophe et homme politique français 1805 – 1859), pour qui la démocratie désigne une forme de société ayant pour valeur la liberté et l’égalité.

 

La démocratie vraie repose sur ces principaux éléments :

 

• Le droit de choisir son guide librement,
• La liberté de désigner son guide aux suffrages universels,
• L'obligation au guide de rendre des comptes aux gouvernés,
• La liberté des gouvernés de contrôler l’action du gouverneur,
• La séparation des pouvoirs,
• L'égalité des chances.

Tous ces éléments font que la démocratie vraie est compatible avec l'Islam qui interdit au guide de s’imposer même s’il s’agit d’un Imam qui dirige la prière. Le Prophète (PLS), dit : « Trois catégories de personnes dont la Prière ne s’élèvera pas au-dessus de leur tête ne serait-ce que d’un empan » Il cita : « Un homme qui dirige des gens (dans la Prière) alors que ces derniers le détestent … ». Si cela est méprisable del'imam qui dirige la prière de quelques individus c'est valable en forte raison avec celui qui dirige de millions de personnes.

Huitièmement : La séparation du pouvoir

Dans la séparation des pouvoirs en Islam, il y a le principe d'élire un conseil appelé : « ahl al-halwal-‘aqd» qui prend de décisions par consensus auxquelles toute la société est obligée de se soumettre. C’est le cas du conseil consultatif composé de : Ali ibn Abi Talib, ‘Othman ibn Affân, Sa’d ibn Abi Waqqas, Talha, az-Zubeïr, ‘Abdur-Rahmân ibn ‘Awf et Abou ‘Oubeïda ibn al-Jarrah, créé par le Calife Omar Ben Khatab, avant sa mort, pour désigner son successeur.

En quelque sorte « ahl al-hali, wal-‘aqdi » sont les représentants du peuple de par leur éthique, , leur droiture, leur maitrise des sciences islamiques et leur vaste connaissance de la société. Ceux-ci ressembleraient à des parlementaires ou les membres du conseil constitutionnel mais la différence qui existe entre les deux ''institutions'' se manifeste dans les vertus sur lesquelles les gens sont choisis, dans l'exercice de leur pouvoir et leur relation avec la communauté. Le Prophète avertit en disant : «Si tu vois ma communauté avoir peur de dire à l’injuste : Injuste ! Alors il n’y a plus rien à espérer d’elle».

L'instauration d'un Etat de droit qui garantit l'égalité des citoyens devant les lois et définit les devoirs de chaque personne est un principe conforme à l'islam.

La justice doit être indépendante du pouvoir exécutif et son application doit être inclusive et non sélective selon le titre ou le rang de la personne.

La réaction du Prophète (PSL) lorsque Oussama voulait intercéder en faveur d’une femme voleuse était sans équivoque et édifiante. D'après Orwa Ibn Zubeyr, une femme a volé à l'époque du Messager d'Allah (PSL), durant la campagne militaire pour la conquête de La Mecque. Son peuple s'est empressé d'aller vers Oussama Ibn Zayd (qu'Allah l'agrée) pour qu'il profite de son rapprochement avec le Prophète et intercéder pour sauver cette femme. Lorsqu'il en a parlé au Messager d'Allah (PSL), le visage de celui-ci a changé et il a dit : «Tu me parles pour une peine parmi les peines d'Allah ! ».Oussama (effrayé) a déclaré : Demande pardon pour moi ô Messager d'Allah ! et dansl'après-midi, le Prophète (PSL) se leva pour faire un sermon en ces termes : «Certes ce qui a perdu ceux qui sont venus avant vous est que lorsque le noble parmi eux volait ils le laissaient et lorsqu'un faible volait ils lui appliquaient la peine prescrite. Je jure par celui qui détient l'âme de Muhammad dans sa main, si Fatima la fille de Muhammad volait je lui couperais la main».Puis Il (PSL) a ordonné que l'on coupe la main de cette femme. Ensuite elle s'est repentie et s'est mariée. Rapporté par Boukhar.

Cette ligne de conduite a été suivie par ses quatre successeurs.

La position du calife Omar ibn khatab au sujet du fils de son gouverneur en Egypte «Amr ibn al-‘As, était claire et juste lorsque son fils a frappé un copte de son fouet et lui dit : «Je suis le fils du plus noble parmi les nobles». Le copte se rendit à Médine et se plaignit au calife. En effet, ‘Omar convoqua son gouverneur et son fils. Il donna un fouet au copte et lui dit : «Frappe le fils du plus noble parmi les nobles». Lorsqu’il finit de le frapper, ‘Omar lui dit : «Tourne-le (le fouet) vers la calvitie de ‘Amr, car c’est par son pouvoir que son fils t’a frappé ». Le copte dit alors : «J’ai frappé celui qui m’a frappé ». ‘Omar se tourna alors vers ‘Amr et lui dit: «Ô ‘Amr ! Depuis quand réduisez-vous les hommes à l’état d’esclavage alors que leurs mères les ont fait naitre libres».

Ce même Calife s’est illustré pour stopper l’ingérence des gouverneurs dans les affaires des juges comme fut son attitude envers Muawiya, son gouverneur au sham, qui voulait imposer son avis sur la décision d’Oubada ibn as-Samit alors juge en Palestine en lui disant : «Tu n’as aucun pouvoir sur ‘Oubada ibn as-Samit». 

Le Calife Imam Ali a comparu en personne devant un tribunal comme plaignant contre un chrétien qui lui avait volé son bouclier. Cette comparution est une parfaite illustration de la séparation du pouvoir en Islam.

Du temps des Abbassides, à la fin du deuxième siècle de l’Hégire, le calife s’est déchargé de nommer les juges mais cesont eux-mêmes qui se désignent.

Le Calife Haroun ar-Rashid désigna Abou Youssouf comme juge suprême, et c’est ce dernier qui nommait les juges.

La juridiction jouit alors d’une indépendance pendant l'ère des Khoulafa As rachidinna et durant le règne de certains califescomme Omar Ben Abdel Aziz.

Quatrièmementla tolérance, avoir  le sens du pardon et la persévérance

Après sa désignation et après avoir consulté la communauté, le guide est appelé à se comporter en vertu des valeurs énoncées dans cette sourate «Tu as été doux à leur égard par la miséricorde d'Allah. Si tu avais été rude et dur de cœur, ils se seraient séparés de toi. Pardonne-leur ! Demande pardon pour eux ; consulte-les sur toute chose et si tu as pris une décision, place ta confiance en Allah. Allah aime ceux qui ont confiance en lui. » S. 3/v.159.

Le guide doit être tendre, modeste comme il est appelé à accepter l'avis des autres comme fut le comportement d'Abû Bakr¸ premier calife du Prophète (PSL), qui dit dans sa première parole comme calife de la communauté musulmane : «Si vous me voyez dans la vérité (le juste), aidez-moi ; si vous me voyez dans l’erreur, reprenez-moi».

Son successeur Omar Ben Khatab a lui aussi prononcé à peu près la même parole dans la déclaration de sa politique générale en disant : « Que Dieu fasse miséricorde à quiconque m’offre mes défauts ». Un homme lui dit un jour : « Crains Dieu, ‘Omar ! » L’un de ses compagnons rétorqua et dit : «Dis-tu cela au Commandeur des croyants ! » ‘Omar dit : « Laisse-le dire cela. Il n’y à point de bien en vous si vous ne le dites pas et aucun bien en moi si je ne l’entends pas ».il dit aussi : « Si vous voyez en moi un écart de comportement alors redressez-moi » Un homme lui répond : « Par Dieu, ô Commandeur des croyants, si nous voyons en toi un écart de comportement nous te redresserons au fil de l’épée ». Cette parole a réconforté Omar et il remercie Allah du fait qu’il existe parmi le peuple des personnes qui le redresseront au fil de l’épée.

Cinquièmement: la droiture et la justice 

Vu les hostilités qui prédominaient et régnaient dans l’Arabieantéislamique, la nouvelle religion révélée avait pour mission principale d'instaurer la droiture, légalité et la justice entre les gens.

Tout guide est appelé à gérer la cité par la droiture, traiter ses sujets en égalité et répandre la justice sociale avec le partage équitable des biens communs.

Le Coran recommande aux musulmans notamment aux guides de rendre la justice dans neuf sourates : s.4/v.58 et 125; s.5/v.8, 42 et 152; s.7/v.29; s.10/v.4, 47 et 54; s.16/v.90; s.11/v.85; s.17/v.25, s.21/v.47; s.42/v.182.

Le chef désigné est sensé rendre compte tout le temps à ceux qui l'ont choisi de sa politique et de ses actions.

 

Les électeurs (ceux qui désignent) ont eux aussi le devoir et le droit de contrôler l'action de leur guide.

 

Sixièmement L'éthique

L'éthique est un pilier fondamental pour gérer la communauté. Elle appelle à l'impartialité, écarte le népotisme comme le dit le coran en ses versets 2 et 8 de la sourate Mâ'Ida (5)" : « Que l’aversion que vous ressentez pour ceux qui vous ont empêchés naguère de vous approcher de la Mosquée sacrée ne vous pousse pas à commettre des agressions ! Soyez plutôt solidaires dans la charité et la piété et non dans le péché et l’agression !'', ''…Que l’aversion que vous ressentez pour certaines personnes ne vous incite pas à commettre des injustices ! Soyez équitables, …''.

Le Calife Abû Bakr avait recommandé à ses soldats expédiés pour faire face à la révolte des deux tribus de Hedjaz  et Nejd "Évitez la trahison. Si vous faites du butin, ne dérobez rien. Si vous êtes victorieux, ne tuez ni les femmes ni les enfants sans armes. Ne détruisez rien, ne coupez pas les arbres fruitiers, n'égorgez pas le bétail, à l'exception de ce que vous mangez. Il y a en Syrie, des prêtres chrétiens qui ne cherchent querelle à personne. Ne les inquiétez pas et ne tuez aucun d'entre eux’’.[]

L'islam recommande avec insistance au gouverneur d'être sociable, serviable, simple et souple devant ses gouvernés. Il déteste la tyrannie et l'oppression comme le stipule ce verset : «Pharaon était un tyran sur terre ; il répartit en clans ses habitants, afin d’abuser de la faiblesse de l’un d’eux. Il égorgeait leurs fils et laissait vivantes leurs femmes. Il était vraiment parmi les fauteurs de désordre » (s.28/v :4). L’islam refuse ce genre de gouvernement car il asservit les gens : « Je ne vous montre que ce je vois et je ne vous guide qu’au sentier de la droiture » (s.40/v:29).

Cette attitude rappelle plusieurs Hadiths : "Celui parmi vous qui voit un mal doit le modifier (combattre) par sa main, s'il ne peut pas par sa langue, et s'il ne peut pas par son cœur. Et c'est là la plus faible [chose que requiert la foi’’ et  "Vous verrez après moi un favoritisme et des choses que vous réprouverez.

Les penseurs islamiques se sont intéressés à la question relative à l’obligation d’obéir à un guide même s’il fuit ses responsabilités en se fondant sur le principe qu’un guide est un élu qu’Allah donc personne ne doit lui désobéir "Il n'est ni d'un Croyant ni d'une Croyante, quand Dieu et Son Envoyé ont décrété une affaire, de se décider à traiter cette affaire. Quiconque désobéit à Dieu et à Son Envoyé s'égare en toute évidence", "Ton Seigneur crée ce qu'Il veut et choisit ce qui, pour les Hommes, est le meilleur. Combien Il est plus glorieux et plus auguste que ce qu'ils Lui associent(s.28 / v : 68).

En vertu de cet exposé, nous nous rendons compte que le parrainage est plus ou moins compatible avec l’islam s'il n'y a aucune contrainte, ni corruption, ni achat de conscience.

 

Le parrain est appelé à prendre ses responsabilités devant d’Allah. Il ne doit pas porter son choix sur quiconque rien que pour la vérité et la justice comme le stipule ce verset « ceux qui te prêtent serment d’allégeance ne font que prêter serment à Allah, la main d’Allah est au-dessus de leurs mains, Quiconque viole le serment, ne le viole qu’à son propre détriment, et quiconque remplit son engagement envers Allah, Il lui apportera bientôt une énorme récompense » (S.48/v.10)

L’islam ne cautionne pas qu’une personne s’impose ou qu’il soit imposée pour gouverner la communauté.  A ces derniers revientla liberté de choisir leur guide. 

Je voudrais signaler que les hommes politiques, du pouvoir comme de l'opposition,  ont l'habitude de sillonner les foyers religieux pour demander  l'intervention du guide à leur cause alors que le parti pris lui est interdit formellement par l'Islam parce qu’il est contraire à son statut de régulateur social.

Comme l’islam orthodoxe n’est pas une religion réservée exclusivement au spirituel ni au temporel mais il comble les deux, le rôle du guide religieux n'est pas incompatible avec la politiquesaine, conforme avec les principes de l’Islam.

Cependant, il faut signaler qu’avec la séparation du spirituel et du temporel imposé par la laïcité à la française, le guide religieux ne doit intervenir dans les clivages politiques. Il doit adopter une position neutre, de vérité, d'équilibre, d’éthique, de droiture pour assurer la cohésion sociale.

Certes, certains guides s'ingèrent dans l'affaire de la justice allant jusqu'à demander la libération d'un détenu parce qu'il est gendre de la famille et homonyme de leur père.

En vertu de cette ingérence beaucoup de Sénégalais pensent qu’il faut avoir un marabout pas par conviction religieuse ou un homme politique pas pour la pertinence de son programme mais pour qu’il t’extirpe des griffes de la justice ou pour te placer à un poste de responsabilité.

Sénégalais, Sénégalaises, défendons l’intérêt suprême de la nation, préservons la cohésion sociale pour que nous léguions aux générations futures un Sénégal uni, prospère et émergent. 

Dr El Hadji Ibrahima THIAM

Chercheur 

Ancien secrétaire général

de l’Association Hassan II

pour la culture islamique au Sénégal

Mardi 28 Août 2018
Dakaractu



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