Le parrainage de tous les désordres (Par Sheikh Alassane Sène)


Il est important de souligner que ce parrainage est finalement favorable à l’opposition à laquelle j’appartiens. En effet, pourquoi semer autant d’écueils si on a une croyance certaine de sa force victorieuse? Est-on réellement aussi serein que peut le laisser penser les sourires enjolivés dans les rangs du pouvoir? Le baron ne s’est-il pas au bout du compte noyé dans son schéma?


Un homme loyal, attentionné et respectueux ne se permettrait jamais d’installer un si grand désordre au sein de la population même qu’il administre. Quand sa simple volonté entraine de profondes fissures, une sérieuse remise en question s’avère indispensable, fut on monarque au pouvoir absolu. 


Avec le parrainage, les rivalités sont exacerbées. Des familles se déchirent, des clans se forment et se battent, la corruption s’insinue partout. Pourquoi assigner son peuple à une telle frénésie mal orientée? Les sénégalais s’observent, mais ne se font plus confiance entre eux. La loi sur le parrainage a fini de débrider le peu de confiance ou de crédit que le peuple accordait encore au système. La collecte de signatures s’est révélée une rude épreuve très malsaine, à la limite vicieuse, à laquelle tout le monde s’est retrouvé contraint. 


Le Sénégal vit au rythme du parrainage, ceux qui ont soifs sont acculés, ceux qui ont faim le sont aussi. Que dire de ceux qui sont malades, emprisonnés ou marginalisés par la société?

Les écarts s’élargissent avec ce parrainage. 


J’ai vu sur la route de Mbam à côté de Thiaré, dans le Saloum, une dame de la mouvance présidentielle, qui porte son fils au dos, cherchant des parrains sous le feu torride de la chaleur hivernale pour son candidat. J’avais le cœur meurtri, j’étais blessé de voir qu’un homme bien installé dans les salons huppés du palais, faisait souffrir volontairement ses sympathisants, qui bravaient chaleur et embûche sans se soucier de leur lendemain, pour son bon plaisir. J’ai vu à Saldé, dans le Fouta, à plusieurs kilomètres de Ndiayène Pendao, une autre dame, qui a cherché le bois le matin en traversant le fleuve qui sépare le Sénégal et la Mauritanie, puis de l’eau à quelques centaines de mètres de chez elle, pour les besoins domestiques, puis préparer la nourriture, faire la vaisselle et ensuite sans répit, se lancer dans la collecte de signatures pour son candidat.


Seul un homme sans humanité peut se permettre d’imposer à son pays un tel rythme avec des règles tout aussi draconiennes: la prison pour tout électeur qui aura volontairement parrainé deux candidats, et une amende; et pour le candidat et ses collecteurs astreints à un peu plus de 65.000 signatures. Cela est loin de refléter ce, pourquoi nos grands hommes s’étaient battus. Le Sénégal en souvenir de ses figures emblématiques ne mérite pas d’être ramené à cette position de si grande bassesse, qui rappelle la jungle, où les plus forts avilissent sans ménagement, ni état d’âme les plus fables. 


Tout ce qui nous reste, est de tendre la main à Dieu, d’invoquer ses majestueux noms, en ces temps où un homme que nous avons élus, ait décidé de nous combattre, de nous haïr, de nous faire souffrir comme si le cadeau que nous lui avions offert un 25 Mars 2012 ne devrait pas être dénoué par des mains reconnaissantes. 

À méditer


Sheikh Alassane Sène 

Président Mouvement Daj Dëpp 

Candidat à la présidentielle de 2019
Mercredi 19 Septembre 2018
Dakaractu



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