La notation WARA qui confirme le redressement du Port autonome de Dakar.


West Africa Rating Agency (WARA) est l’une des deux agences de notation que compte l’espace UEMOA. Elle a été créée en 2012 suite à un agrément du Conseil Régional de l’Epargne Publique et des Marchés Financiers (CREPMP) qui est l’autorité de régulation du marché financier de notre économique. Comme toute agence de notation, la mission de WARA consiste à répondre aux requêtes des entreprises publiques ou privées mais aussi des états membres de l’espace, en leur délivrant des notes destinées à évaluer leurs capacités leur permettant d’émettre des titres, de lever des fonds ou tout simplement d’emprunter pour financer leurs activités ou leurs plans d’investissements. 

 

A ce titre, WARA bénéficie d’une très bonne crédibilité au vu de l’architecture de sa clientèle dont la majeure partie est constituée d’une part des états membres de l’UEMOA et d’autre part des entreprises les plus en vue. Cette crédibilité a valu à WARA d’être classée par le magazine économique Forbes comme membre du quarto des agences de notations africaines, et pionnière dans le domaine en Afrique francophone.

 

Pour rappel, la notation financière d’une entreprise peut être définie comme l’appréciation faite par une agence de notation financière agrée sur la crédibilité, la solvabilité et la capacité d’emprunt d’une entreprise publique ou privée sur un marché financier. Sous ce rapport, l’agence de notation délivre des notes correspondant aux perspectives de remboursement des engagements d’une entreprise vis-à-vis de ses créanciers.

 

En effet, la relation entre le Port autonome de Dakar et Wara a démarrée en 2013, lorsque la direction d’alors avait saisie l’agence d’une requête pour diagnostiquer la solvabilité du PAD. Ce dernier s’était projeté dans une perspective d’ouverture sur le marché financier de l’UEMOA pour la levée de fonds en vue du financement de son programme d’investissement de l’époque.

 

Cette première expérience avec le port autonome de Dakar s’était soldée par une notation de la classe BBB+ en 2014, qui signifie en langage financier : que le PAD avait une capacité de solvabilité moyenne. Seulement, cette euphorie sera de très courte durée, puisqu’en 2016, cette notation sera très vite rétrogradée, d’un cran, à la classe BBB, du fait de la conjugaison de plusieurs facteurs connus des principaux acteurs et dont il n’est pas opportun d’y revenir, tout simplement parce que c’est une gestion derrière nous.

 

En septembre 2017, l’Etat du Sénégal duquel dépend entièrement le Port autonome de Dakar a décidé de prendre le taureau par les cornes comme si la deuxième notation de WARA prouvait à suffisance que le navire PAD tanguait gravement. Ainsi, venait de s’ouvrir une nouvelle vie ou un nouveau souffle pour le Port autonome de Dakar avec la mise en place d’une équipe de direction, qui à sa prise de fonction, trouvera une entreprise dans une situation financière préoccupante, avec une trésorerie négative de -7,9 milliards et une dette financière de l’ordre de 56 milliards entre autres.

 

Devant une telle situation, la nouvelle direction après une période normale d’écoute, d’observation et de constations s’est dotée en 2018, d’un plan de relance dénommé : plan stratégique 2019-2023, avec le soutien et l’adhésion du management de l’entreprise, du personnel et des différents acteurs sociaux dans le seul but de redresser et de stabiliser le navire PAD. Déjà, dans le courant de l’année 2018, la direction générale dans le souci de réussir sa mission de sauvetage, prendra des mesures courageuses et de hautes portées comme, la réduction de certaines charges et la renégociation ou l’arrêt de certains contrats.

 

En outre, une nouvelle politique hardie et offensive de recouvrement a permis un renflouement des caisses du Port autonome de Dakar en un temps record.

 

L’autre élément important qui mérite d’être soulevé est l’optimisation des recettes avec à la clef une refonte de la facturation mais aussi une revalorisation du domaine portuaire qui était jadis donné à des prix dérisoires. De même, il faut aussi relever la réduction de certaines charges, ainsi que les mesures draconiennes prises pour la résorption de la problématique de la congestion par la mise en place et pour la première foi d’un parking d’attente pour les gros porteurs. Sans compter la réhabilitation presque achevée de la voirie intérieure qui était une vielle doléance des usagers et un facteur bloquant de la mobilité intérieure.

 

En outre dans le soucis d’une meilleure prise en charge de l’hinterland et particulièrement du Mali, le port autonome de Dakar grâce à un financement de la JICA d’un montant de 21 milliards s’est lancer dans un ambitieux programme de réhabilitation, d’extension et de modernisation du Mole 3 spécialement dédié à ce trafic.

 

Et enfin, la décision patriotique et visionnaire du management de l’entreprise de travailler pour le reprofilage d’un partie de la dette, qui a permis d’en tirer une économie de près de 8 milliards.

 

Ce travail a permis d’atteindre et d’obtenir les résultats suivants :

• Une progression du chiffre d’affaires du PAD de + de 12 milliards, soit une augmentation de 25%,

• Une stabilisation des coups d’exploitations à 43 milliards,

• Une progression de la marge nette de -14 à + de 13 milliards, grâce à la nouvelle force de recouvrement du PAD

Avec de tels résultats, le PAD dans le cadre du second volet de ce plan stratégique s’est fixé à l’horizon 2023, les objectifs suivants :

• Projection d’augmentation du chiffre d’affaires à 100 milliards,

• Engagement de lourds investissements pour des projets structurants, permettant à l’entreprise de faire face à la rude concurrence de certains ports avec lesquels il partage la côte ouest africaine.

 

C’est conscient de l’immense travail abattu, mais aussi confiant de soi au vu des résultats records obtenus en un temps court que la Direction générale du Port autonome de Dakar s’est à nouveau adressée par requête à l’agence WARA après la rupture de 2016.

Ainsi comme le recommande la méthodologie de notation appliquée par Wara, les experts de l’agence après plusieurs rencontres et auditons avec le management du PAD, mais aussi après avoir consulté toutes les sources officielles, a délivré dans le courant du mois d’avril 2020 au PAD la note long terme A-/stable/w-3 pour le marché régional de l’UEMOA et iB+/Stable/iw-5 en devises internationales.

 

Il est bon de relever deux choses importantes : d’une part, cette note se situe au même niveau que celle souveraine de l’état du Sénégal et d’autre part, elle est bien supérieure d’un cran aux anciennes notes BBB+ de 2014 et BBBde 2016 précédemment obtenu par le port autonome de Dakar.

Cette notation signifie en langage financier que le PAD présente tous les indicateurs verts avec la présence d’un faible risque pour s’ouvrir au marché financier de l’UEMOA pour lever des fonds en vue de financer son programme d’investissement pour sa modernisation, son développement, mais aussi pour être, sans partage, le véritable hub portuaire de la sous-région. Rôle qui lui est ravi par des ports comme ceux de Lomé et d’Abidjan, qui ont injecté d’importants capitaux pour se faire une place au niveau des ports leaders, sièges où ils trônent en ce moment.

 

En effet, cette notation augure l’espoir, car elle prouve à suffisance que le navire PAD a retrouvé la stabilité et se trouve sur la bonne voie de son repositionnement comme port leader.

 

Cette notation est une consécration d’abord pour l’ensemble du personnel, qui malgré les privations, difficultés et incompréhensions a su gardé la sérénité en faisant confiance à sa direction générale et l’équipe de management pour le travail abattu en quelques temps et dont les résultats sont visibles.

 

Cette notation est aussi une invite à l’ensemble des collègues et acteurs portuaires à encore faire mieux, car nous devons à tout prix et par tous les moyens éviter le risque de chute ou de recul, comme ce fut, malheureusement, le cas, durant les périodes 2014 et 2016. Des lors, il urge pour la direction générale de relever le défi de la réduction du délai d’attente des navires en rade, ainsi que du temps de séjour des marchandises et navires dans le port. 

 

A cela, il faudra ajouter une bonne exécution du plan stratégique surtout en ce qui concerne la mise en œuvre de son deuxième composant, mais aussi une finalisation des négociations avec l’opérateur DPW pour la mise en forme du projet de port du futur de Ndayane.

 

Ainsi, la barre tenue et le cap indiqués par cette présente notation de WARA doivent être maintenus et/ou améliorés afin de permettre au port autonome de Dakar de demeurer le poumon économique du Sénégal en continuant à assurer 95% des échanges extérieurs du pays et près de 90% de ses recettes douanières.

 

Pour ce faire, tous ensemble, nous devons aller en avant pour continuer à faire voguer le navire du PAD !

 

El Hadji Alinard NDIAYE

Cadre Portuaire

Spécialiste des Concessions Portuaires

Lundi 11 Mai 2020
Dakaractu




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