LETTRE OUVERTE À SON EXCELLENCE MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE


LETTRE OUVERTE À SON EXCELLENCE MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
L’année 2017 agonise. Dans quelques jours, surgira sa mort ponctuelle et programmée. Pointe l’année 2018. À cet effet, je voudrais  me faire un devoir de rappel. Rappel au peuple de la culture, à la Nation sénégalaise, et partant à Monsieur le Président de la République, Protecteurs des Arts et des Lettres que  l’artiste musicien Cheikh Tidjane TALL a rendu l’âme le 10 mars de cette même année 2017, alors qu’il venait de boucler soixante dix ans et trente six jours d’existence.   
Excellence Monsieur le Président de la République, vous aviez décrété l’année 2017 : « année de la culture ». La justesse du calendrier divin l’amène à percer le mystère du repos eternel. Quittant physiquement le monde de la Culture où il demeure virtuellement, sans doute, jusqu’à la fin des temps du fait de son œuvre grandiose que nul ne peut effacer de l’histoire culturelle de notre pays, sinon de l’histoire, parce qu’indifférente à l’usure du temps.
Excellence Monsieur le Président de la République, après son pèlerinage à la Mecque, El Hadj Cheikh Tidjane TALL a quitté ce bas – monde, ce vendredi 10 mars 2017. Au soir d’une vie professionnelle bien remplie. Nul ne l’ignore dans ce pays, ce maitre de la guitare a rendu à cet instrument ses plus belles lettres de noblesse pour avoir écrit des pages de notre histoire culturelle, pour avoir travaillé avec tous les acteurs de cet art. Il a réussi à être le pont entre la musique moderne  et celle dite traditionnelle. C’est ainsi que la réussite de cette osmose culturelle propulsera nos chanteurs traditionnels vers des horizons musicaux jusque là non explorés. Cheikh a dévoilé d’autres facettes des talents de nos références traditionnelles ; je cite Ndiaga MBAYE, Khar MBAYE Madiaga, Kiné LAM, Dial MBAYE, Daro MBAYE, Ndeye SECK « Signature » et j’en passe. Il a réussi a faire découvrir ce cocktail musical nouveau au grand public qui appréciera la richesse de ce patrimoine culturel exportable, à force de travail et de recherches.
Excellence Monsieur le Président de la République, la virtuosité du guitariste Cheikh Tidjane TALL est connue de tous. Sa maestria a fait florès dans la famille des  musiciens qui lui vouent un culte, mais aussi dans le monde des arts et dans le peuple de la Culture. Master Cheikh Tidjane TALL, pour parler comme des musiciens jazzistes allemands qu’il a émerveillés lors d’un concert nocturne organisé au stade Iba Mar DIOP, dans les années 80, est de la trempe des instrumentistes américains BB King, Albert King, Chuck Berry…  Cette comparaison ne fait l’ombre d’aucun doute pour peu que l’on côtoie les méandres de la musique. 
Excellence Monsieur le Président de la République, l’intrinsèque cursus professionnel de ce génie de la guitare, qui plus est, arrangeur, claviériste et producteur, qui a joué dans nombre d’orchestres : « Xalam », «  Xalam 1 », « Xalam 2 », « Question de temps », « Sahel », qui a accompagné tout un aréopage de musiciens dans leurs productions, lui attribue le mérite des honneurs de la Nation tout entière. Parce qu’il a servi partout où le devoir l’a appelé pour la cause de l’éclosion de ce secteur de notre Culture. De la musique afro – cubaine, au jazz, en passant par le « mbalax » et toutes sortes de variétés, l’artiste s’est sublimé. 
Excellence Monsieur le Président de la République, si le titre de docteur d’État ou de Professeur agrégé existait dans l’art du maniement de la guitare, du clavier ou de l’arrangement musical, j’affirmerais avec force qu’il en était titulaire. Pour parler comme un éminent enseignant du droit, « s’il n’est pas agrégé dans cet art, il a réussi à l’agréger ». 
Excellence Monsieur le Président de la République, le pape de la guitare a fait siennes durant sa vie de septuagénaire, les valeurs qui ont nom : rigueur, professionnalisme, virtuosité, générosité, être au service de son pays, par la mise à contribution de son talent dans toute la sphère culturelle nationale sans exclusive ; ce qui est une lapalissade. Je voudrais, encore une fois, me faire humblement le devoir de rappel à votre autorité qu’El Hadj Cheikh Tidjane TALL, bien que vivant au panthéon de la Culture, mérite des honneurs nationaux dus à son rang. Je parle de parrainage d’un édifice culturel, en sus de celui d’un grand prix  pour les Arts ou de la Culture, ou que sais – je ? N’est ce pas monsieur le ministre de la Culture ?  N’est ce pas monsieur le ministre – conseiller Youssou NDOUR ?
Excellence Monsieur le Président de la République, ce n’est pas par fatuité ou par ignorance des actes posés par l’État à l’endroit de la communauté artistique, surtout ces dernières années, que j’appelle à cette réflexion, loin s’en faut, mais c’est parce que l’œuvre de ce grand Sénégalais, au – delà des valeurs qu’il portait, mérite d’être immortalisée. Ce faisant, vous enseignerez que la musique est une chose trop sérieuse pour être l’affaire d’amateurs. 
Excellence Monsieur le Président de la République, non ! Cheikh Tidjane TALL ne doit pas être oublié. Pour dire vrai, on a fait table rase de l’œuvre de grands acteurs culturels pour ne citer que Lalo Kéba DRAMÉ, Soundioulou CISSOKHO, Laba Socé. Le Géant de notre culture qu’est Doudou NDIAYE Rose avait, de son vivant fulminé qu’il ne pardonnerait à personne de le célébrer post mortem. Un choix à respecter ! Mais, à mon humble avis, tel n’a pas été le cas du pape de la guitare avant qu’il ne casse ses cordes. L’artiste Samba Diabaré SAMB a été élevé au grade de « trésor vivant  de l’humanité» par l’UNESCO. Un mérite que je salue ! Cheikh n’en est pas moins un trésor national, voire international. 
Excellence Monsieur le Président de la République, cette lettre ne saurait être qu’un rappel de la part d’un simple citoyen qui pense s’inscrire dans l’optique de rendre à César ce qui appartient à César. Oui, parce que je l’ai suivi en tant que mélomane. Je l’ai suivi en tant que Sénégalais. Je l’ai suivi en tant qu’observateur du landerneau musical. 
Excellence Monsieur le Président de la République, le fait d’avoir récemment érigé dans le Gouvernement un ministère de la Culture, dans toute sa plénitude, me laisse humer le baume d’un optimisme béat quant à la concrétisation de ce souhait. Afin que la lumière de sa virtuosité scintille éternellement ! Et que son héritage soit dignement perpétué !
Excellence Monsieur le Président de la République, il est vrai qu’à l’image de toute votre génération, la nôtre, celle de nos ainés et celle de nos cadets, vous avez été, quelque part, marqué par le savoir – faire de cet éminent instrumentiste qui a égayé tout Sénégalais pour peu qu’il se soit intéressé, de près ou de loin, à la musique sénégalaise. 
Excellence Monsieur le Président de la République, par souci d’objectivité, je ne me permettrai pas de passer sous silence l’appui à lui apporté par la Première Dame de la République, durant sa maladie. C’est aussi un des mérites du grand Sénégalais qu’il fut. Que dis – je ?  Oui, de l’icône qu’il fut. À tout seigneur, tout honneur !
Excellence Monsieur le Président de la République, sachant compter sur votre sensiibilité et votre profond respect pour la Culture, comme l’illustre l’année culturelle qui meurt, je vous prie, de bien vouloir, agréer, l’expression de ma très haute considération. 
                                                                                       


Mame Abdoulaye TOUNKARA
Citoyen sénégalais
SICAP Dieuppeul
Mercredi 6 Décembre 2017
Dakaractu



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