L'Afrique de l'Ouest peut ouvrir un nouveau chapitre dans la lutte contre la pêche illégale


L'Afrique de l'Ouest peut ouvrir un nouveau chapitre dans la lutte contre la pêche illégale
Depuis des générations, l’océan façonne l’identité, la prospérité et la résilience de l’Afrique de l’Ouest. De Saint-Louis et Joal, au Sénégal, aux économies maritimes du golfe de Guinée , l’océan est depuis des générations un pilier de subsistance, de sécurité alimentaire et de développement pour l’Afrique de l’Ouest. Cette vaste région concentre les principales routes maritimes internationales, les ressources pétrolières offshore et les flottes de pêche industrielle. Aujourd’hui, alors que nos populations augmentent et que la demande en produits de la mer progresse, l’avenir de millions d’Ouest-Africains demeure étroitement lié à la santé et à la productivité de l’océan. Mais cet avenir repose sur un élément fondamental : savoir ce qui se passe en mer.

Pendant trop longtemps, une grande partie des activités menées sur l’océan mondial est restée invisible aux yeux du public. Une étude publiée en 2024 dans la revue Nature par Global Fishing Watch a révélé qu’environ 75 % des activités de pêche industrielle ne sont pas visibles via les systèmes de suivi accessibles au public. Ce manque de transparence a des conséquences bien
réelles pour l’Afrique de l’Ouest.

La pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) continue de priver les États côtiers d’Afrique de l’Ouest — et au-delà — de revenus précieux, tout en pénalisant les pêcheurs respectueux des règles et en affaiblissant les efforts de gestion durable des ressources marines. Dans certaines régions d’Afrique, près de 40 % des captures de poisson seraient issues d’activités de pêche illégales .

Les répercussions dépassent largement le seul secteur de la pêche. Elles se propagent à l’ensemble des économies et des sociétés, menaçant la sécurité alimentaire, réduisant les possibilités d’emploi local et privant les économies régionales de ressources essentielles.

Lorsque les gouvernements ignorent qui opère dans leurs eaux, où les activités de pêche sont menées ou si la réglementation est respectée, une gestion efficace devient plus qu’un défi : elle compromet notre capacité à garantir un avenir durable pour l’océan et les communautés qui en dépendent.

Pourtant, ce que j’observe aujourd’hui en Afrique de l’Ouest est porteur d’espoir. Partout dans la région, les pays démontrent qu’une plus grande transparence peut renforcer les communautés côtières et les moyens de subsistance, améliorer la gouvernance, accroître les capacités de contrôle et favoriser des pêcheries plus durables.

Au Sénégal, par exemple, les autorités ont pris des mesures importantes pour renforcer la redevabilité dans le secteur de la pêche. Une analyse menée avec l’appui de Global Fishing Watch et de ses partenaires a permis de révéler que des navires de transport de poisson entraient dans le port de Dakar pour s’y ravitailler en carburant sans avoir préalablement soumis de demande d’entrée. En réponse, le Sénégal a renforcé ses mécanismes de contrôle en étendant les obligations de déclaration à tous les navires liés au secteur halieutique entrant dans le port. Les autorités sénégalaises ont également intensifié la lutte contre la pêche INN en rendant obligatoire l’attribution d’un numéro de l’Organisation maritime internationale (OMI) aux navires de pêche industrielle battant pavillon sénégalais et en publiant la liste des navires autorisés à pêcher dans ses eaux. Il s’agit de réformes concrètes qui contribuent à garantir que tous les acteurs respectent les mêmes règles.

L’expérience de la Guinée-Bissau illustre également les bénéfices concrets d’une plus grande transparence. Des activités de suivi soutenues par Global Fishing Watch ont mis au jour une opération transfrontalière de production de farine de poisson, révélant des faiblesses dans les dispositifs de contrôle et d’application de la réglementation. Le gouvernement a réagi avec détermination en interdisant les activités de production de farine de poisson, tant à terre qu’en mer, démontrant ainsi comment un meilleur accès à l’information peut soutenir des décisions politiques plus robustes.

De son côté, le Gabon s’appuie sur les données et les outils de suivi, notamment la carte de Global Fishing Watch , pour renforcer ses efforts de conservation marine, améliorer la gestion des aires marines protégées et affiner sa capacité de réponse face aux activités en mer. Ces initiatives illustrent toute la puissance de la transparence, qu’il s’agisse de renforcer l’application de la réglementation ou de favoriser la gouvernance systémique et la gestion proactive nécessaires à la préservation des ressources océaniques.

Plus important encore, ces exemples reflètent une réalité essentielle : la transparence n’est plus une ambition pour l’avenir. Elle produit déjà des résultats concrets à travers le continent africain, à mesure que les gouvernements franchissent cette étape décisive consistant à faire de la transparence la norme.

Chez Global Fishing Watch , nous estimons que la transparence commence par quelques questions fondamentales : qui est propriétaire d’un navire ? Où opère-t-il ? Quelles activités est-il autorisé à exercer ? Respecte-t-il la réglementation en vigueur ? Les systèmes modernes de suivi des navires, tels que le système d’identification automatique (AIS) et les systèmes de surveillance des navires (VMS), combinés à l’imagerie satellitaire et à des outils d’analyse avancés, permettent d’apporter des réponses à ces questions. Ensemble, ces technologies rendent possible l’élaboration d’une vision plus complète des activités humaines en mer et permettent de relier les comportements des navires aux personnes et aux entreprises qui en sont responsables.

Cela est essentiel, car la transparence profite à toutes et tous. Elle permet aux gouvernements de mieux cibler leurs ressources limitées en matière de contrôle et d’application de la réglementation. Elle soutient les entreprises de pêche responsables en garantissant des conditions de concurrence équitables. Elle renforce la confiance des investisseurs. Et elle contribue à protéger les millions de personnes qui vivent de la pêche artisanale et dont les moyens de subsistance dépendent de pêcheries saines et durables.

Toutefois, la technologie ne constitue qu’une partie de la solution. Le leadership politique demeure le facteur décisif.
Alors que des dirigeants gouvernementaux et des représentants de la société civile du monde entier se réunissent cette semaine à Mombasa, au Kenya, à l’occasion de la 11e édition de la conférence Our Ocean , les gouvernements ouest-africains ont l’occasion de capitaliser sur la dynamique déjà engagée. En renforçant les exigences relatives au suivi des navires , en modernisant les registres des flottes, en publiant les autorisations de pêche, en améliorant la transparence sur les bénéficiaires effectifs ultimes et en renforçant la coopération transfrontalière, les pays peuvent considérablement accroître leur capacité à gérer durablement le secteur de la pêche et à lutter contre la pêche illégale.

L’Afrique de l’Ouest abrite certains des espaces halieutiques les plus productifs au monde. Elle dispose également d’un autre atout tout aussi important : une communauté grandissante de dirigeantes et dirigeants, d’institutions, ainsi que de citoyennes et citoyens déterminés à les protéger.

L’avenir de l’océan ne devrait pas se décider à huis clos ni échapper à l’exigence de redevabilité publique. Aucun navire ne devrait pouvoir exploiter les ressources des eaux africaines tout en demeurant invisible aux pays et aux communautés qui en dépendent.

Lorsque nous rendons l’océan plus transparent, nous prenons de meilleures décisions. Et de plus en plus, l’Afrique de l’Ouest montre la voie.

Par Dame Mboup , responsable de programme pour l'Afrique, Global Fishing Watch
Mercredi 17 Juin 2026
Dakaractu



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