ITW / Cheikh Diop, SG CNTS/FC : « Le ministre du travail nous ignore royalement… Le travail décent n’est pas encore une réalité au Sénégal »

En ce jour international du travail décent, Cheikh Diop, Sg de la CNTS/FC est monté au créneau pour dénoncer les relations conflictuelles entre le ministre du Travail et la CNTS/FC. Il dénonce une gestion à la carte de Samba Sy. Cheikh Diop a évoqué aussi la nature et les origines du concept emploi décent.


Gestion du ministre du Travail

 

Nous appelons la tutelle, à une gouvernance juste et équitable. En ce qui concerne la CNTS/FC, ce n’est pas le cas. Il nous marginalise, il nous manque de considération. Nous écrivons, nous adressons des correspondances à notre tutelle qui ne nous répond pas. Nous adressons un mémorandum à notre tutelle qui l’invite à des échanges, à des rencontres pur une meilleure gestion des relations professionnelles, il ignore ce mémorandum.

 

Notre ministre de tutelle nous ignore royalement

 

Dans le cadre de la gestion des centrales syndicales, le ministre ignore royalement nos droits. Ce qui est constant, le ministère ne répond plus depuis un an  à nos correspondances, ne répond plus à toutes les préoccupations posées la CNTS/FC, et à  cela s’ajoute à la privation de nos droits, tels la subvention du 1er mai depuis deux ans. La part de la CNTS/FC s’élève annuellement à plus de cinq millions. En 2019, cette subvention ne nous a pas été versée pendant qu’elle a été versée à tout le monde. En 2020, c’est la même chose. Quand on a protesté, il a libéré une subvention sur deux. Il nous ignore royalement. Il le libère sans nous parler. Il ne nous reçoit pas. 

 

Les origines du concept de « accès au travail décent »

 

Au lendemain de la crise économique de 2008 pour éviter la récession totale, des milliards de dollars ont été injectés pour faire des millionnaires à tous les habitants de la planète. Ils ont soutenu qu’il faut travailler pour que l’économie mondiale ait une croissance économique soutenue, durable et partagée. Et éradiquer la pauvreté. Nous avons porté ce projet auprès de l’OIT. Nous avons été rejoints par les États.

La notion de travail décent ce sont les aspirations des êtres humains au travail, à l’accès à l’emploi, au travail productif, à une rémunération convenable, la sécurité sur le lieu de travail, une protection sociale pour les familles, une liberté syndicale de négociation, une égalité entre homme et femme. C’est l’ensemble qui regroupe le travail décent.

 

Les efforts du pacte du dialogue social

 

Tous les mandats de l’OIT se sont entendus sur l’agenda décent que l’OIT a décrété. L’agenda est à l’horizon 2030. C’est le travail pour tous. Il repose sur la création d’emploi, le droit au travail, la protection sociale et le dialogue social, l’équité… Au Sénégal, on peut considérer qu’il y a des efforts qui ont été faits. Un pacte de stabilité nationale a été signé et d’émergence économique en 2014. Il stabilisé le secteur privé. Il a produit des institutions comme le Haut conseil du dialogue social (HCDS).

 

Les secteurs sociaux à problème

Il y a des secteurs qui sont constamment perturbés : l’éducation et la santé. Il s’y ajoute les établissements privés comme l’Aps où le feu est en train de couver. Le Sg du Synpics est injustement suspendu d'activité comme de salaire depuis bientôt sept mois. Deux femmes licenciées de façon abusive à l’Aps. La coalition des centrales s’est érigée en médiateur mais nous avions été éconduits par le directeur. Même au niveau du « Soleil » où nous avons mené une médiation et nous attendons l’application de ces conclusions. Tous ces secteurs doivent être apaisés pour qu’on puisse parler de travail décent au Sénégal.

 

Le travail décent n’est pas encore une réalité au Sénégal.

 

Dans le travail décent, il y a le dialogue social productif, le dialogue social de progrès. Or nous vivons au Sénégal un dialogue social de restitution c’est-à-dire des accords signés pas respecté et des engagements pas du tout respectés. Les organisations syndicales courent toujours derrière des accords signés, violation des libertés syndicales telles qu’à l’APS, violation des libertés syndicales dans le privé à Grands Moulins, des difficultés dans le secteur de la justice. Le travail décent n’est pas encore une réalité au Sénégal

 

Le combat des organisations syndicales

 

La coalition des centrales syndicales est à pied-d'œuvre pour prendre à bras le corps cette situation. Nous nous organisons pour que ces violations cessent, pour que ce dialogue social soit réorienté vers un dialogue social porteur de progrès qui porte sur des conquêtes sociales, des revendications de conquête, les salaires sont faibles, il faut les réviser, les conditions de travail sont précaires, il faut mettre en place des politiques d’emploi. Il y a un passif social dans le secteur de l’éducation et de la santé. Le système de rémunération est jugé inéquitable.  Ce dialogue social favorise l’essor économique.

 

La différence entre le dialogue social de restitution et le dialogue social de progrès

 

Mais un dialogue social de restitution est un dialogue conflictuel qui appelle à la grève, à la confrontation. À l’opposé un dialogue social de progrès appelle à la négociation, à la discussion et à l’apaisement du climat social.

 

Le problème du système de rémunération

 

En ce qui concerne le système de rémunération de la fonction publique, tout le monde est convaincu qu’il y a problème. La question se pose à tous les acteurs : les syndicats, l’État, nous devons être souples pour engager la discussion du système de rémunération, y apporter des solutions. Il faut que État ait la volonté d’engager ce débat. Que les syndicats aient la souplesse d’accepter de s’inscrire dans un échéancier pour redresser le système de rémunération mais également pour résorber le passif social.

Nous ne pouvons pas exiger à l’État de régler définitivement cette question. Mais nous voulons une volonté politique de l’Etat. Ce système ne peut pas durer. Il génère des conflits. Autant engager le débat et se projeté dans l’avenir pour redresser totalement le système. Nous sommes conscients que nous ne pouvons pas tout régler tout de suite et maintenant.

 

Ils doivent comprendre que les revendications sont des facteurs de progrès

 

Il faudrait que le travail soit couvert par une protection sociale intégrale y compris sa famille, il faudra que les lieux de travail soient sécurisés, il faudrait que les producteurs de richesse comprennent que ce sont les deux éléments qui produisent la richesse qui doit être équitablement répartie. Ce n’est qu’ainsi qu'on peut assurer à l’humanité une croissance durable, juste et équitable. Et arrêter de penser que nous les syndicalistes, sommes des maitres chanteurs. Ils doivent comprendre que les revendications sont des facteurs de progrès. Une fois que cet état d’esprit entrera dans les relations professionnelles, on peut évoluer.

 

Le combat des organisations syndicales

 

Les organisations syndicales depuis 2000 ont intégré dans leurs revendications la mobilité urbaine et rurale, l’assainissement de nos cités ceci à la suite des inondations qui ont empêché le fonctionnement correct des travailleurs mais qui ont affecté les populations. Ça été aussi les préoccupations des organisations syndicales. Les organisations, les travailleurs doivent être considérés comme des partenaires et la revendication comme des facteurs de développement. 

Mercredi 7 Octobre 2020
Dakaractu




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