Doudou Wade et Pape Ngagne Ndiaye convoqués : le pouvoir à fleur de nerfs ( Par Ibrahima Thiam )


Il fallait oser. Convoquer Doudou Wade, cest un peu comme reprocher à un maçon davoir trop solidement posé les fondations. Dans le Sénégal daujourdhui, lengagement démocratique au long cours semble être devenu une circonstance aggravante. À force de prétendre protéger la République, on finit par sen prendre à ceux qui lui ont donné chair, souffle et endurance.

 

Le décor est désormais familier : une atmosphère politique saturée de susceptibilités, où la critique est aussitôt rangée dans la catégorie de lhostilité, la parole libre assimilée à une offense, et lexpérience confondue avec limpertinence. L’érosion démocratique ne se manifeste plus par des ruptures brutales, mais par une succession de gestes administratifs, méthodiquement banalisés. Rien de spectaculaire — juste assez pour rappeler qui parle, et surtout qui devrait se taire.

 

Dans ce théâtre de la vigilance excessive, la convocation de Doudou Wade apparaît presque comme un automatisme. Penser publiquement, analyser, recourir à lallégorie ou à la métaphore : cest déjà trop. Son tort ? Disposer dune mémoire politique, dune parole structurée, et avoir le mauvais goût de rappeler que la démocratie nest pas une propriété privée, mais un bien commun.

 

On aurait pu répondre par des arguments. On a préféré lintimidation feutrée. Car convoquer nest jamais un acte neutre. Cest une manière policée de dire : « nous entendons, mais nous ne tolérons pas ». Une pédagogie de la dissuasion soigneusement enveloppée dans le vocabulaire de lordre public.

 

Dans le même mouvement, on sindigne du ton des journalistes. Comme si le journalisme devait être tiède pour être acceptable. Comme si poser des questions insistantes relevait désormais de la transgression. Pape Ngagne Ndiaye, à travers Faram Facce, na pourtant rien inventé : un style frontal, éprouvé, qui dérange précisément parce quil refuse la complaisance. Le lui reprocher aujourdhui revient à réclamer un journalisme décoratif, inoffensif, presque reconnaissant davoir droit à la parole.

 

Ce qui est visé, au fond, nest ni un homme ni une émission. Cest lidée même que la parole ne se domestique pas par convocation, et que le débat ne se régule pas à coups de rappels à lordre. Car une démocratie qui commence à sagacer de ses contradicteurs finit toujours par se lasser delle-même.

 

À ce rythme, il faudra bientôt instaurer une police de la métaphore, un service de contrôle de lironie et un registre officiel des opinions autorisées. Et lon appellera cela — sans ciller — la consolidation démocratique.

 

Mais quon se rassure : lhistoire politique est têtue. Elle retient rarement ceux qui convoquent. Elle se souvient surtout de ceux qui parlent, même lorsque cela dérange.

 

Ibrahima Thiam

Président du parti ACT

Samedi 31 Janvier 2026
Dakaractu



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