A l’heure de l’émergence des économies : Pour une maîtrise du risque lié au faible taux de décaissement des grands projets d’infrastructures.

Introduction:

Les grands projets d’infrastructures dont a besoin plus que jamais le continent africain pour accélérer son développement, constituent un puissant levier de création de valeurs ajoutées et de richesses. Face à la nécessité de maîtriser les potentiels risques qui sont susceptibles de compromettre leur rentabilité, les Etats africains peuvent adopter de solides stratégies de gestion des risques afin de garantir des rendements certains et des retours sur investissements conséquents d’autant plus que ces grands projets d’infrastructures jouent incontestablement un rôle important pour soutenir une croissance économique à la fois forte et récurrente telle que déclinée dans leurs différents plans émergents.


A l’heure de l’émergence des économies  :  Pour une maîtrise du risque lié au faible taux de décaissement des grands projets d’infrastructures.
Pour mieux soutenir, fortifier et pérenniser les politiques d’émergence prônées par les Etats africains, l’adoption de solides systèmes de gestion des risques s’avère être plus qu’une nécessité et a été reconnue comme une étape importante et indispensable  pour l’atteinte des objectifs des projets et programmes prioritaires, en termes de délais, de coûts et de qualité. Dans ce sens, l’instauration de systèmes fiables et rigoureux de gestion des risques doit aider à identifier, classifier, analyser, évaluer, hiérarchiser et proposer des mesures d’atténuation du degré d'impact que ces derniers pourraient avoir sur ces grands projets.
 
Ainsi, dans la perspective d’atténuer les degrés d’impact des potentiels risques inhérents aux grands projets d’infrastructures et en appui aux différents plans émergents africains, l'instauration de systèmes de gestion exigeant la prise en compte de l’ensemble des risques potentiels (préfaisabilité, faisabilité, exécution et exploitation) liés à la mise en œuvre de ces projets et programmes est un des critères clés de succès des projets.
 
Pour une nette amélioration des faibles taux de décaissement des grands projets en Afrique:
Les faibles taux de décaissement notés au cours de l’exécution de ces différents projets dus à une utilisation inefficace des ressources financières disponibles constitue un risque à fort impact qui est à l’origine des retards d’exécution fréquents et des dépassements de coûts constatés au niveau de bon nombre de projets et programmes.
 
Un taux de décaissement adéquat et conforme aux prévisions de sortie des flux financiers est un des facteurs clé de succès de tout projet, susceptible d’influer fortement sur la rentabilité des investissements consentis. Autrement dit, une politique adaptée et dynamique de décaissement des fonds servant à la mise en œuvre des projets, peut avoir un impact bénéfique sur leur rentabilité. C’est dire qu’une parfaite maîtrise des procédures de décaissement conduisant à des taux réels conformes aux prévisions est un levier essentiel de succès des projets.
 
A l’inverse, une politique inappropriée de décaissement produisant un faible taux d’exécution est synonyme d’un potentiel risque qui peut présenter une menace pour la réalisation effective des projets. Cela veut dire qu’un faible taux de décaissement induit une situation de surliquidité et crée des dysfonctionnements pouvant mener à des arrêts récurrents qui impacteraient les projets en termes de délais et de surcoûts.
 
Ces difficultés liées aux faibles taux de décaissement des budgets d’investissement des grands projets et programmes d’infrastructures s’avèrent être un sérieux facteur de blocage provoquant une quasi impossibilité de les exécuter correctement (faible taux d’exécution), d’où la nécessité de remédier à cette situation préoccupante. Aujourd’hui, un bon nombre de projets mis en œuvre sur le continent africain subit ce potentiel risque résultant en partie des difficultés qu’ont les Etats à mettre en œuvre des politiques de décaissement adéquates et appropriées pouvant permettre aux projets et programmes de consommer leurs budgets conformément aux sorties prévisionnelles.
 
Une des raisons de cet état de fait est liée directement à la maîtrise partielle des procédures et mécanismes de décaissement par les gestionnaires financiers des projets. Ce facteur aggravant soutenu par les faibles taux d’exécution a un impact conséquent à court et à long termes aussi bien sur la rentabilité que sur le retour sur investissement des projets et programmes.
 
Les importants investissements financiers consentis dans les projets et programmes ne seront rentables que si et seulement si ils sont utilisés efficacement et avec efficience. Dès lors, ils seront susceptibles de générer des bénéfices significatifs (retour sur investissement) sachant qu’une politique de décaissement adaptée et dynamique stimule et impacte positivement la rentabilité attendue des projets. 
 
Ce facteur potentiel de risque lié aux faibles taux de décaissement paralyse l’activité des projets, induit des surcoûts et pèse lourdement sur les délais de livraison des projets. Par ailleurs, le risque de non-achèvement des travaux reste fortement corrélé aux investissements en capital humain (des ressources humaines qualifiées), capable de gérer efficacement les fonds mis à la disposition des projets et programmes ; s’il n’est pas maitrisé, ce facteur de risque pourrait atténuer la rentabilité des grands projets d’infrastructures.
 
Dans un contexte de globalisation et d'externalisation, l'Afrique de l'Ouest devra se doter de bonnes pratiques en management de projets, susceptibles de créer de la valeur ajoutée, pour pouvoir jouer son véritable rôle économique en attirant, fructifiant et pérennisant les investissements directs étrangers.
 
Ainsi, pour une émergence effective et un développement durable, trois déterminants capitaux sont à la fois indispensables et nécessaires:
  • Un capital humain et/ou une main d’œuvre hautement qualifiée;
  • Des moyens de transport modernes et en suffisance;
  • Des moyens de communication performants.
 
  1. Un capital humain et ou une main d’œuvre hautement qualifiée:
L’investissement sur un capital humain qui exigerait une formation professionnelle d’excellence est incontournable dans la mise en œuvre des différents plans émergents du continent. Afin de soutenir un rythme de développement acceptable, il s’avère indispensable de disposer d’une main d’œuvre de qualité et motivée. Pour ce faire, une formation professionnelle adaptée au contexte des marchés de l’emploi des différents pays africains, basée sur l’employabilité et un savoir-faire technique et pratique, sont indispensables. Certes, il convient de souligner qu’il existe une forte corrélation entre le développement des infrastructures et la disponibilité d’un capital humain compétitif. Ainsi les Etats africains gagneront plus à investir davantage dans le potentiel humain c’est à dire l’expertise.
 
b. Des moyens de transport modernes et denses:
Etant l’un des plus vastes parmi les cinq continents, l’Afrique  ne  possède que le plus petit réseau d’infrastructures.  L’insuffisance de routes, de réseaux électriques et  de «Systèmes de Télécommunications», constitue un véritable handicap susceptible de  ralentir le développement économique du continent.
 
L’acquisition d’infrastructures modernes en termes  d’équipements, de distribution d’énergie et de communication fiables etc., constitue un défi majeur pour les différents plans émergents. L’atteinte des objectifs économiques et sociaux des «projets prioritaires», est plus que nécessaire pour réduire ce déficit et combler ainsi le retard du continent dans ce domaine précis.
 
Cependant, la vétusté des infrastructures du continent constitue un obstacle et un frein au développement et à l’émergence. Le coût financier associé aux embouteillages, aux retards de livraison, aux accès et liaisons difficiles de certains sites industriels, a un fort impact sur la croissance économique des pays du continent.
 
Dès lors, il convient de s’accorder que la modernisation et le développement des réseaux d’infrastructures tels que déclinés dans les plans de développement économiques constituent des voies royales pouvant mener à l’émergence économique du continent en ce sens qu’un réseau d’infrastructures performant constitue un vecteur clé du développement foncier, du développement humain (à travers la mobilité qui facilite l’accès à la connaissance), de l'amélioration des conditions de vie et de la réduction de la pauvreté (désenclavement, commerce et échanges, etc.).
 
cDes moyens de communication performants:
Le développement et le dynamisme des télécommunications sont des catalyseurs d’une émergence économique au bénéfice des Etats africains. Avec une globalisation de l’économie et un développement vertigineux de l’E-commerce, l’Afrique demeure le continent qui possède le plus faible taux de couverture et ce, malgré les nombreux efforts consentis dans ce secteur.
 
Sans un essor dynamique des télécommunications par le biais d’investissements conséquents, le continent ne pourra  répondre présent au rendez-vous mondial de l’économie du numérique et jouer ainsi pleinement sa partition. Pour soutenir et accompagner les différentes stratégies tendant vers l’émergence économique du continent, une politique de développement  et d’impulsion du secteur des télécommunications demeure  capitale.
 
Toute tentative d’émergence ou de développement économique nécessite forcément une bonne politique de conception, de mise en œuvre et d’exploitation de projets et programmes. C’est pourquoi nous convenons que des taux de décaissement si faibles notés dans l’exécution des projets et programmes d’infrastructures de certains pays africains ne peuvent que rendre les politiques et les mécanismes de financement mis en œuvre par les différents gouvernements partiellement inefficaces et fragiles.
 
Ces faibles taux de  décaissement sont l’une des causes principales de la contre-performance des projets et programmes entrepris dans divers pays du continent. Ce potentiel facteur de risque induit d’importants dysfonctionnements matérialisés par des révisions budgétaires récurrentes, des investissements additionnels à solliciter et provoquent ainsi des retards de livraison et des surcoûts conséquents.
 
Aujourd'hui, il devient de plus en plus nécessaire d'inclure dans l’investissement initial des projets, un budget dédié à l'entretien et au fonctionnement afin de fortifier la phase d’exploitation et nous mettons ici l'accent sur la gouvernance des projets et programmes d’infrastructures. Le financement hybride des grands projets (capitaux propres et dettes)  peut  par conséquent influencer directement le rapport coût-efficacité attendu de ces derniers. 
 
Ainsi toute fluctuation du taux d'actualisation pouvant être occasionnée par la variation du taux de la dette, du taux des capitaux propres, du montant additionnel, du montant de la dette et des capitaux propres, peut entraîner un prolongement du délai de récupération des capitaux et impacter négativement la rentabilité des projets.
 
Dans la plupart des cas, le financement provient du secteur privé ou d’un financement mixte entre les Etats et les Privés. Dans ce cas de figure, en raison de la variation des taux (dettes et actualisation), du faible taux de décaissement, il est souhaitable d'adopter des politiques d’investissement adéquates capables d’atténuer les risques engendrés par ces deux phénomènes.
 
Conclusion:
Le financement de grands projets et programmes procède, avant tout, d’une science exacte visant à créer de la valeur ajoutée pour les actionnaires en répartissant les risques associés à de gros investissements entre les parties.  Les grands projets d’infrastructures sont souvent complexes et trop coûteux ; ils exigent de lourds investissements et requièrent un  management basé sur des bonnes pratiques. 
 
L’ingénierie financière des grands projets d'infrastructures fait, dans la plupart des cas, recours aux capitaux privés, publics ou mixtes, pour la planification, la conception et la mise en œuvre d’un projet donné. Malgré les outils de gestion offerts par cette science de gestion, un grand nombre de grands projets et programmes d’infrastructures du continent est aujourd’hui confronté à ce potentiel risque de décaissement qui est fort présent durant la phase de mise en œuvre.
 
Les lenteurs et retards constatés dans les mécanismes de décaissement en sont la conséquence; ils aboutissement aux dysfonctionnements qui finissent par inhiber la rentabilité de ces projets. Une politique corrective à travers une formation pointue des financiers et des gestionnaires de projets et programmes sur les principes des décaissements et une harmonisation des procédures doivent probablement être entreprises pour garantir une rentabilité et un taux de succès acceptables des grands projets d’infrastructures.
 
Cette politique permettra dans le long terme, aux gestionnaires, de mieux encadrer les flux financiers des projets et programmes et de faciliter ainsi la mise en place de règles de gouvernance spécifiques afin d'éviter les conflits d'intérêt, les retards, les surcoûts et les investissements inefficaces.
 
Ph.D., Doctorant Papa Momar Fatime AW, en Sociologie de Grands Projets
Pr. Hamdouraby SY, Ph.D., Professor of Advanced Risk Management
CASR 3PM ACADEMY®_ RISK _INSTITUTE® N°06_RI7_Mars_2018/ www.casr3pm.sn
 
Dimanche 18 Mars 2018
Dakar actu



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