Reprise de publications sur les réseaux sociaux : La ligne de crête que doivent tracer les médias


Face à la prolifération de l'information en temps réel sur les réseaux sociaux, le journaliste perd son monopole de la collecte mais trouve sa légitimité dans la vérification. Dans cette analyse, Dakaractu a donné la parole à Mamadou Thior, président du CORED qui rappelle que mieux vaut être le dernier à donner une information vraie que le premier à diffuser une fausse nouvelle. Cette exigence de prudence s'impose avec d'autant plus de force lorsque la parole émane d'un élu, dont le statut ne protège pas le média qui la relaie sans discernement. Le journaliste Daouda Mine alerte sur les risques pénaux: reprendre une accusation sans vérification expose le diffuseur, professionnel ou citoyen, aux mêmes sanctions que son auteur initial. La fonction parlementaire ne couvre pas la reprise extérieure des propos. Dans ce contexte, la seule valeur ajoutée et le seul rempart juridique du journaliste réside dans un travail rigoureux de recoupement et de mise en perspective, seul capable de distinguer l'information du bruit.

 

La vérification, seule valeur ajoutée du journaliste face aux réseaux sociaux

 

Le constat de départ, posé par Mamadou Thior, président du CORED, est sans ambages. Le journaliste n’a visiblement plus le monopole de la collecte de l’information. N’importe quel citoyen, n’importe quel élu, peut aujourd’hui publier un contenu qui touche des milliers de personnes avant qu’aucune rédaction ne s’en soit saisie. Face à cette réalité, la valeur du journaliste ne se mesure plus à sa capacité à être le premier, mais à sa capacité à vérifier avant de diffuser. Thior le formule sans détour : il vaut mieux être le dernier à donner une information vraie que le premier à propager une information fausse. La rétractation, dit-il, est catastrophique pour la crédibilité d’un média et demeure un aveu de faiblesse que la course à l’exclusivité ne compense jamais.

 

Ce travail de vérification n’est pas qu’une posture défensive. Il est en réalité ce qui distingue le journalisme de la simple republication. Solliciter la réaction des autorités visées, chercher d’autres témoignages, recouper les faits sur le terrain; c’est cette valeur ajoutée, cette capacité à aller au-delà de ce que chacun a déjà vu passer sur son téléphone, qui justifie encore l’existence d’une rédaction face à un citoyen équipé d’un smartphone. Sans cela, le journaliste ne fait que prêter sa signature, et parfois sa responsabilité pénale, à une parole qui n’est pas la sienne.

 

Le statut de l’élu ne protège jamais le média qui le relaie

 

Cette exigence de prudence prend une dimension particulière lorsque la publication émane d’un responsable politique. La fonction électorale confère à la parole une apparence d’autorité, un vernis de légitimité qui peut faire oublier qu’il ne s’agit, la plupart du temps, que d’une allégation. C’est là que l’éclairage juridique de Daouda Mine devient indispensable. Un député, rappelle-t-il, ne bénéficie pas d’une immunité absolue : hors session parlementaire, des poursuites contre lui nécessitent en principe l’autorisation du bureau de l’Assemblée nationale, sauf en cas de flagrant délit. Mais l’enjeu le plus important, pour un journaliste, ne concerne pas tant la protection dont bénéficie l’élu que celle, très relative, dont bénéficie le média qui reprend ses propos. Selon Mine, la loi ne fait aucune différence entre l’auteur initial d’une accusation diffamatoire et celui qui la diffuse ensuite : l’article 255 du Code pénal s’applique à l’un comme à l’autre.

 

L’exemple de la publication récente sur le poste de contrôle frontalier illustre bien ce mécanisme, sans qu’il soit besoin de s’attarder sur son contenu précis . Ce terme à consonance pénale, employé par un représentant du peuple pour qualifier le comportement de policiers, suffit à transformer une question parlementaire ou un acte politique parfaitement légitime, en accusation dont la reprise non vérifiée expose le média qui la diffuse. Le choix des mots devient alors central. Reformuler une accusation au conditionnel, l’attribuer explicitement à son auteur, éviter les qualifications juridiques tranchées. Par exemple, ces réflexes, loin d’être de simples précautions stylistiques qui constituent la seule protection dont dispose un journaliste face à une parole qu’il n’a pas lui-même vérifiée.

 

Un risque qui dépasse les rédactions professionnelles

 

Ce risque ne se limite d’ailleurs pas aux médias. Daouda Mine le souligne implicitement en rappelant que la loi ne distingue pas selon le statut de celui qui diffuse. Il indique qu’un citoyen ordinaire qui partage ou commente une publication accusatoire sur ses propres réseaux s’expose, en théorie, aux mêmes conséquences qu’un média qui la reprendrait dans un article. La viralité d’un contenu, portée par la notoriété de son auteur, ne dispense donc personne du devoir de prudence.

 

Il faut savoir, en substance, que rappelle ce type de publication, au-delà du cas particulier qui l’a suscitée, c’est que le statut de l’auteur ( élu, activiste, personnalité publique) ne protège jamais le média qui le relaie sans discernement. La fonction parlementaire couvre la parole tenue dans l’enceinte de l’Assemblée nationale ; elle ne couvre pas sa reprise à l’extérieur. Le seul rempart, pour le journaliste comme pour le citoyen qui partage l’information, reste la vérification préalable. Et ce n’est non par excès de prudence, mais parce que la loi elle-même ne fait guère de différence entre celui qui accuse et celui qui répète l’accusation sans la questionner.

 
Mercredi 8 Juillet 2026
Cheikh Sadibou Fall



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