Présence de Wagner au Mali: Quand le journaliste est privé d’infos sur la milice russe (Rapport RSF)


Dans son rapport intitulé « Dans la peau d’un journaliste au Sahel », Reporters sans frontières établit la relation entre le journaliste et l’information qui doit être détenue. Le cas particulier au Mali a été souligné avec la présence du groupe Wagner depuis 2021. En effet, RSF à travers les interviews et les études faites dans le cadre de la production de ce rapport qui met en exergue la privation des libertés des journalistes, leur privant d’informations, considère que jouir d'une liberté de ton ou d'expression dans les médias qui se trouvent aujourd'hui entre le marteau des terroristes, qui vont jusqu'à contrôler les programmes des radios dans certaines localités, et l'enclume de la junte et de ses partenaires russes», n’est pas du tout aisé. 
Dans le rapport, un journaliste malien évoque la double contrainte avec laquelle doit désormais composer la profession. Pour lui, le rapprochement des autorités maliennes avec la Russie s'accompagne d'une rhétorique de communication qui surfe sur un sentiment anti-français et sur la valorisation des relations avec les «partenaires russes». En sus, une stratégie de communication, notamment sur les réseaux sociaux, qui doit beaucoup à l'influence de la société militaire privée russe Wagner, dont la présence au Mali est significative depuis fin 2021.
L'ensemble des journalistes contactés par RSF font le même constat : « Au Mali en général, dans le nord et le centre en particulier, aucun média n'ose parler de Wagner par peur de représailles ». D’ailleurs, l’un de ces journalistes interrogés considère que « Depuis la suspension de France 24 et de RFI, les médias nationaux évitent d'évoquer les mots 'mercenaires russes ou Wagner ». 
 
Tout le monde se conforme aux termes du gouvernement et parle de nos 'partenaires russes' ou de nos 'instructeurs russes' Les médias locaux se contentent de relayer les informations officielles. Seuls les médias internationaux évoquent les rapports des ONG parlant des exactions commises par les militaires blancs. En revanche, aucun journaliste sur place n'ose enquêter sur la présence de Wagner. « C'est donc l'autocensure qui prévaut, pour éviter des ennuis ». 
«Dans la peau d’un journaliste au Sahel», RSF précise que des campagnes en ligne ont vu le jour pour encourager la diffusion de contenus complaisants relatifs aux relations entre le Mali et la Russie. Dans une étude intitulée «La Russie au Mali, une présence bicéphale», parue en septembre 2022 et publiée par l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (IRSEM), les chercheurs Maxime Audinet et Emmanuel Dreyfus analysent «l'accompagnement informationnel du déploiement du groupe Wagner au Mali». Ils le définissent comme « un soutien informationnel apporté à cette présence non officielle de la Russie pour forger des représentations favorables aux paramilitaires de Wagner. Mais aussi pour  cautionner son action par des moyens médiatiques et culturels, nouer des liens avec des soutiens locaux potentiels et, à plus grande échelle, légitimer la coopération russo-malienne tout en discréditant ses détracteurs ». 
Parmi ces soutiens identifiés, l'étude aborde le cas du site d'information Mali Actu20, fondé en 2007 par le journaliste Séga Diarrah. Alors que le rapprochement entre la Russie et le Mali se précisait, les médias russes Sputnik et RT ont approché Séga Diarrah pour lui proposer de signer un partenariat et de prendre des parts dans le capital du média. Contacté par RSF, Séga Diarrah assure que Mali Actu a «décliné la proposition de participation » et a montré sa « réticence à toute participation extérieure». Mais il confirme, comme il l'avait déjà fait en mai 2022 lors d'un entretien sur la chaîne qatarienne Al Jazeera"', que Mali Actu, dans un contexte de suspension de médias français comme RFI, cherche à diversifier ses sources d'information et qu'il peut, à ce titre, reprendre des informations publiées sur les chaînes russes.
Lundi 3 Avril 2023
Dakaractu




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