Covid-19 : une guerre de Blouses blanches ! (Hommage aux professionnels de santé) Par Ahmadou Lamine Touré


On aurait dit la 3ème guerre mondiale. Pas façon 14-18 ou 39-45. Mais tout de même. Une croisade qui engage le monde dans sa totalité, dans un format de « Tous contre Un ». Tous les pays en un seul bloc, en réaction à une invasion étrangère, une présence virale d’une perversité mortelle. Toute l'humanité mobilisée en un seul contingent contre un virus de taille infinitésimale.
Son nom : Covid-19.
De la Chine, son berceau, à l’Afrique, en passant par l'Europe et l'Amérique, son expansionnisme forcené suggère éloquemment que sa forme en couronne n'a rien de fortuit.
Sur son passage, des ravages morbides et macabres. A la pelle ! Alors que la crise sanitaire s’enlise, l'économie mondiale est elle aussi à genoux. C'est une déroute sans exclusive. Et dans une parfaite unanimité, les dirigeants du monde, d’un ton grave et martial, ont claironné la riposte. Une guerre mondiale est ainsi menée depuis bientôt un semestre à un ennemi invisible à l’œil nu !
Cette fois, la confrontation tranche avec la coutume des bruits de bottes, des mitrailleuses, des chars de combat, des hélicoptères de bombardement pour lesquels on n’a jamais lésiné sur les moyens. Signe des temps, cette guerre relève du domaine des Blouses blanches des systèmes de santé envers qui on s'est constamment montré si parcimonieux en traitements et en considération.

C'est à elles, sans esprit revanchard ni ressentiment, avec une motivation presque tirée du néant, de préserver le monde au péril de leurs vies, en attendant un vaccin qui tarde à voir le jour.

Ainsi, partout les professionnels de santé ont engagé le bras de fer contre la propagation et la mortalité de ce virus dans un risque d'autant plus élevé d'y passer l’arme à gauche que celui-ci est dangereusement vicieux et qu'aucun préalable satisfaisant de sûreté n'a été accompli par les gouvernements dans l'éventualité d'une telle crise.

Qu'à cela ne tienne, les agents de santé ont comme choisi de préserver nos vies en priorité, en parfaite symbiose avec la générosité immense et le sens élevé du sacrifice et du don de soi qui irriguent le champ de leur noble métier. Ils mènent ainsi le combat sans dérobade. Avec un courage et une abnégation qui les hissent au panthéon de toutes les dignités et, désormais à jamais, au sommet de l'estime collective universelle.

A la différence des armées auxquelles les civils peuvent venir en aide en temps de guerre armée, ces soldats de la santé doivent aller seuls au front et se débrouiller en rangs clairsemés, puisqu’en l’occurrence nul ne sait s'inventer médecin, infirmier voire aide-soignant. Cette épreuve dans laquelle ils payent - eux aussi - un lourd tribut pour préserver nos vies, ne leur pardonne ni sommeil, ni repos.

Pourtant, tant de fois on les a oubliés, ignorés, dévalués. Tant de fois on leur a manqué d’écoute. Leurs services quotidiens ô combien vitaux auprès de tous depuis la nuit des temps passaient pour des banalités indignes de toute attention. Souventes fois, la santé émarge au titre des parents pauvres des budgets nationaux, malmenée par un libéralisme aveugle qui rogne par gros morceaux les restes de l'Etat providence.

Eh bien, c'est la santé elle- même qui rappelle l'importance du "point" sur le "i" par cette pandémie qui paralyse tout au-delà des hommes. Le slogan « La santé avant tout » ne doit nullement passer pour un vocabulaire creux relevant d'un lyrisme avenant sans lendemain factuel. Bien au contraire, il doit tenir d'une conscience politique universelle de la dimension centrale des enjeux sanitaires traduite en actes de gouvernement.

La santé est la soupape d'un monde prospère, stable, en marche et sûr. C'est ce qu'elle démontre par A+B à travers cette pandémie. L'humanité ne commerce plus, ne voyage plus, ne travaille plus. Elle est assignée à résidence !

Le système capitaliste dominant, obnubilé par les logiques marchandes, doit tirer toutes les conséquences de cette crise sanitaire qui le plonge lui aussi dans une sombre tourmente, en s'inscrivant résolument dans la prise en compte et la promotion de cette économie non-marchande (santé, environnement, climat) dont le poids s’avère de plus en plus décisif pour l'avenir. Il y va de sa propre survie. En tout état de cause, les Etats doivent s’employer à apprivoiser le système néolibéral et conjurer à tout prix ce passage au forceps en voie d’aboutir du Léviathan Public au Léviathan Privé, locomotive de toutes les dérives déshumanisantes.

Par ailleurs, l'état sérieusement déficient des systèmes de santé à l’échelle globale, pour l’essentiel démasqué sous l'effet de la vague pandémique, a partout révélé des carences en ressources humaines, financières, logistiques et infrastructurelles. Un paradoxe d’autant moins acceptable que notre époque connaît une augmentation vertigineuse des dépenses militaires mondiales.

Elle est de 3,6% en 2019 par rapport à 2018, pour une enveloppe monstrueuse de 1917 milliards de dollars, soit 249 dollars par personne.

Pendant ce temps, les Objectifs de développement durable (ODD) relatifs à la santé, nécessitant des investissements estimés à 371 milliards de dollars par an soit 58 dollars par personne pour 75% de la population mondiale concernés, traînent un gap de financement qui hypothèque leur réalisation à l'horizon 2030, comme défini. Ce, pour dire que cette crise vient aussi en piqûre de rappel.

Le monde devrait en sortir vacciné, conscient de l'ordre de ses priorités, de l’urgence de la résilience des systèmes sanitaires, en donnant leurs lettres de noblesse aux professionnels de santé et des moyens importants aux systèmes sanitaires en général. Au bas mot, à hauteur du financement des armées et des visées géostratégiques des Etats./.
Ahmadou Lamine TOURE
Economiste, Conseiller des Affaires étrangères
Dimanche 17 Mai 2020
Dakaractu



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