Affaire SOFTCARE : Le député Tahirou Sarr met en cause l’ARP et exige des comptes


Dans une note parlementaire adressée à la population sénégalaise, le député Papa Tahirou Sarr, membre de la Commission Santé à l’Assemblée nationale, s’est prononcé sur les dysfonctionnements constatés au sein de l’Agence sénégalaise de Réglementation pharmaceutique (ARP) dans le cadre de l’affaire SOFTCARE. Entre contradictions institutionnelles, opacité des procédures et pressions présumées sur des agents assermentés, le député dresse un tableau alarmant d’un système de régulation mis à rude épreuve.

 

Ce sont avant tout, des constats établis par des pharmaciens inspecteurs assermentés, agissant en vertu de la loi n°2023-06 du 13 juin 2023. Lors d’une inspection conduite en présence de la Gendarmerie nationale, ces agents ont découvert 1300 kilogrammes de matières premières périmées sur le site de production de SOFTCARE, donnant lieu à des rapports officiels signés et à une suspension initiale de commercialisation. Mais c’est ce qui suscite l’indignation du député : un communiqué de la cellule de communication de l’ARP est venu contredire ces constats, sans qu’aucune contre-expertise scientifique publique n’ait été produite à l’appui.

 

Le député dénonce une série d’incohérences troublantes. En effet, le comité ad hoc chargé d’évaluer la situation n’aurait compté aucun inspecteur en son sein, ne comprenant que trois représentants du ministre. Plus grave encore selon l’élu, c’est le Directeur général de l’ARP lui-même qui aurait signé la levée des mesures suspensives, alors qu’il avait auparavant contresigné la suspension initiale, sans qu’un rapport scientifique complet n’ait été rendu public entre-temps. Des fiches de stock attestant de l’utilisation de matières premières après leur date d’expiration auraient par ailleurs été ignorées dans cette réévaluation.

Le ministre de la Santé est lui aussi dans le viseur. Convoqué par la Mission d’information parlementaire sur l’affaire SOFTCARE, il a préféré s’exprimer dans les médias plutôt que de comparaître devant la représentation nationale. Pour Tahirou Sarr, ce refus constitue un manquement au devoir de redevabilité et une atteinte au rôle de contrôle de l’Assemblée nationale. Il s’interroge également sur les raisons pour lesquelles le ministre aurait esquivé les questions relatives à d’éventuels faits de corruption dans la gestion du dossier.

 

Quant aux analyses prétendument réalisées en Allemagne et avancées par le ministre pour justifier la réhabilitation de l’entreprise, Tahirou Sarr en conteste la pertinence et la transparence. Aucun rapport officiel n’aurait été publié, aucune traçabilité des échantillons communiquée. Il souligne de surcroît que ces analyses auraient été conduites sur des produits finis et non sur les matières premières incriminées, et que SOFTCARE ne saurait être considérée comme un opérateur impartial pour mener de tels travaux.

 

Invoquant l’article 225 de la loi du 13 juin 2023, qui réprime la simple détention de matières périmées même sans usage avéré, Tahirou Sarr formule plusieurs exigences : la comparution immédiate du ministre devant la Mission d’information parlementaire, la publication intégrale des rapports techniques et des analyses étrangères, un audit indépendant de la gestion de l’ARP, ainsi que la protection des inspecteurs dans l’exercice de leurs fonctions. En attendant, il appelle par précaution les citoyens sénégalais à éviter provisoirement les produits SOFTCARE.

Vendredi 6 Mars 2026
Dakaractu



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