Retour annoncé de Macky Sall à Dakar : l’APR se mobilise et prépare un accueil « avec éclat » à la hauteur de son leadership, Seydou Guèye décrypte les tensions au sommet

Alors que le retour de Macky Sall au Sénégal est annoncé pour le 17 juillet 2026, l’Alliance pour la République entend réserver à son ancien président un accueil à la hauteur de son bilan et de son leadership. Dans un entretien accordé à L’Observateur, Seydou Guèye aborde également les rumeurs de rapprochement avec le président Bassirou Diomaye Faye, l’invalidation de la révision constitutionnelle et les divergences qu’il juge désormais manifestes entre le chef de l’État et Ousmane Sonko.


Un retour qui suscite une forte attente au sein de l’APR
 
Le retour annoncé de Macky Sall à Dakar mobilise déjà l’Alliance pour la République. Selon Seydou Guèye, ancien ministre-conseiller et porte-parole de l’APR, cette perspective suscite un « vif intérêt » auprès d’une large partie des responsables et militants de l’ancien parti au pouvoir.
 
Dans l’entretien publié par L’Observateur, il explique que cette visite s’inscrit principalement dans le cadre de la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies. L’ancien président sénégalais serait ainsi engagé dans une série de déplacements destinés à élargir et consolider les soutiens autour de sa candidature, tout en partageant sa vision d’une organisation internationale adaptée aux mutations du monde.
 
Seydou Guèye considère que le Sénégal ne peut rester à l’écart de cette dynamique. À ses yeux, Macky Sall demeure une personnalité qui place son pays au-dessus de toute autre considération.
 
L’APR, assure-t-il, se prépare donc à l’accueillir « avec éclat », à la hauteur de ce qu’elle présente comme sa grande œuvre, son leadership et la fierté de nombreux compatriotes de voir un Sénégalais briguer la direction de l’ONU.
 
Un programme encore entouré d’incertitudes
 
Interrogé sur la durée du séjour de Macky Sall et sur son programme d’activités, Seydou Guèye reconnaît ne pas encore disposer de toutes les informations.
 
Il indique toutefois que cette séquence pourrait comprendre des rencontres avec des chefs d’État et d’autres autorités. Le déplacement pourrait également conduire l’ancien président dans plusieurs pays voisins, frères et amis du Sénégal.
 
Le porte-parole de l’APR insiste cependant sur le caractère diplomatique et institutionnel de cette tournée. Selon lui, elle ne devrait pas avoir de « relents politiques », compte tenu des exigences liées à une campagne pour le poste de secrétaire général de l’ONU.
 
Cette précision vise manifestement à dissocier la visite de Macky Sall des recompositions politiques internes et des spéculations sur son éventuel rôle dans le jeu national.
 
Seydou Guèye écarte l’idée d’un rapprochement politique avec le pouvoir
 
Les rumeurs d’un possible rapprochement entre Macky Sall et le président Bassirou Diomaye Faye sont également évoquées dans l’entretien. Cette hypothèse est notamment alimentée par le soutien annoncé de l’État sénégalais à la candidature de l’ancien chef de l’État à l’ONU.
 
Seydou Guèye tient néanmoins à réaffirmer le positionnement de son parti. Selon lui, l’APR reste un « parti pivot de l’opposition politique » et conserve une ligne clairement dirigée contre le pouvoir de Pastef.
 
Il évoque notamment les prochaines échéances électorales, affirmant que sa formation politique travaille à combattre le parti au pouvoir lors des élections territoriales de 2027, avant de contribuer à son remplacement en 2029.
 
Le soutien institutionnel à une candidature sénégalaise à l’ONU ne signifierait donc pas, dans son analyse, la disparition des lignes de fracture politiques.
 
La réception d’élus de l’APR au Palais au cœur des soupçons
 
L’APR avait récemment dénoncé ce qu’elle qualifiait d’« arnaque de haute voltige », après la réception au Palais de plusieurs maires issus de ses rangs par la coalition Diomaye Président.
 
Interrogé sur une possible stratégie de Bassirou Diomaye Faye pour élargir sa base en attirant des élus de l’ancien régime, Seydou Guèye reconnaît au chef de l’État le droit de rechercher une majorité politique susceptible d’accompagner sa vision et ses politiques publiques.
 
Il estime qu’une telle majorité peut être recherchée dans l’objectif de garantir la stabilité et le fonctionnement harmonieux des institutions. Cette reconnaissance ne l’empêche cependant pas de maintenir l’APR dans une posture d’opposition au régime en place.
 
Révision constitutionnelle : une proposition jugée « régressive »
 
L’invalidation de la procédure de révision constitutionnelle occupe une part importante de l’entretien. Selon Seydou Guèye, cette crise s’est jouée au sommet du pouvoir, à l’Assemblée nationale, sur fond de confrontation entre deux institutions.
 
Il accuse un groupe de députés de s’être emparé d’avant-projets pour les transformer en proposition de loi. Une démarche qu’il juge « inélégante » et « inacceptable » sur le plan éthique.
 
Le responsable de l’APR présente la proposition comme une initiative régressive pour la République et l’État de droit. Il se félicite ainsi de la décision du Conseil constitutionnel, estimant que celle-ci a permis de « remettre le fleuve dans son lit ».
 
Avant l’adoption du texte, rappelle-t-il, l’APR avait demandé son rejet pur et simple. Selon lui, la réforme n’apportait rien à la consolidation d’une démocratie inclusive ou participative et semblait plutôt destinée à satisfaire les intérêts personnels d’un homme.
 
Des risques d’usurpation et de déséquilibre institutionnel dénoncés
 
Seydou Guèye dresse un réquisitoire sévère contre le projet. Il évoque des risques d’usurpation, de forcing partisan, de changement de régime et de mise en péril de l’équilibre des institutions.
 
Il y voit également une volonté de fragiliser le président de la République et de rendre plus difficile le fonctionnement normal des institutions. La force de la loi, se réjouit-il, aurait finalement stoppé cette dynamique partisane.
 
Le recours introduit par Bassirou Diomaye Faye devant le Conseil constitutionnel est présenté comme une réaction conforme à son serment de défendre la République et de garantir le fonctionnement régulier des institutions.
 
D’après Seydou Guèye, la majorité Pastef à l’Assemblée nationale voulait « tailler la Constitution à la mesure d’un homme ». Face à une telle situation, le président de la République devait, selon lui, utiliser tous les instruments juridiques à sa disposition.
 
« Les divergences sont réelles » entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko
 
L’ancien ministre-conseiller se montre particulièrement catégorique sur les rapports entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. À ses yeux, les divergences ne sont ni artificielles ni exagérées : elles sont réelles.
 
Il affirme même que « le ver est dans le fruit », estimant que le chef de l’État s’émancipe progressivement et entend désormais s’affirmer comme président de la République et acteur politique central.
 
Seydou Guèye appelle néanmoins l’opposition à rester vigilante, à poursuivre son travail de terrain et à renforcer son unité avec les populations confrontées aux difficultés économiques et sociales.
 
Il reproche enfin à Pastef d’avoir promis une rupture avant de reproduire, une fois au pouvoir, les pratiques qu’il dénonçait. Selon lui, les Sénégalais assistent désormais à une lutte interne pour le contrôle du pouvoir, éloignée de leurs véritables priorités.
Lundi 13 Juillet 2026
Dakaractu



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