RÉPONSE AU PROFESSEUR HAMIDOU DIA : Colère, vous avez dit colère !

J'ai lu le texte de Hamidou Dia publié par Dakaractu à 02 heures, j'ai perdu le sommeil depuis.

Ma réaction au propos tendancieux, dangereux, décevant du conseiller du Président de la République.


Une colère primaire qui traduit un ressentiment primaire, voilà ce qui traverse en filigrane le texte de Hamidou Dia paru dans le site d’information Dakaractu. Une autre façon de dire que le sieur Dia qui pourtant, à l’entrée, qualifie fermement les dires de Penda Ba et de Amy Collé Dieng de « nettement intolérables, inacceptables », semble, du moins dans la première partie de son propos, reprendre à son compte pour les corroborer, mais dans une version plus soft, les propos de Penda Ba qui, ont au premier chef, suscité la colère et l’indignation de son père. Aussi, si les propos de la dame Ba méritent l’épithète « ethnistes », ceux de la chanteuse sont clairement politiques, quoique excessifs. Pas de confusion ! Quand le Président Senghor raillait le Président Wade, alors opposant à son régime, en l’appelant « Ablaye Njomboor », personne n’a pensé « ethnisme », tout le monde a compris « pique politique ».
 
« yëré wolof », « weeru wolof » « dëgg Njaay », j’ajouterais « nit Njaay », et voilà que Hamidou Dia parle de wolof – centrisme en citant feu le professeur Amady Aly Dieng dont il n’ignore sans doute pas quelle serait la réaction à son propos s’il était encore de ce monde. Pourtant, le sieur Dia, avec sa réputation d’homme de culture, ne peut ignorer le fait que chaque groupe pense et dit le monde dans le paradigme de son univers culturel. Il en est du peul comme du sérère, du diolas et du wolof, etc.. 

L’identité , elle-même, n’est pas une donnée rigide, absolue. Elle est toujours définie relativement à l’autre. Ainsi, je me définis comme africain face à l’européen. Je me définis comme africain du Sud du Sahara face au maghrébin. Je m’identifie comme sénégalais face au malien. Je m’identifie comme Al Pulaar face au diola, comme « tooroodo » face au « Maccudo ». 

Je passe, pour ne pas être long, sur les expressions « sama tukulóor bi », « sama naar bi », ou encore « sama soose bi », qui traduisent plus l’idée d’hospitalité, de proximité, qu’autre chose. On ne pardonnera pas à Hamidou Dia, comme on peut le faire pour Penda Ba ou celui à qui elle dit répondre dans sa vidéo. Hamidou Dia ne doit pas parler comme le vulgaire !  Ñoom da ñoo xamadi. On ne peut pas penser la même chose du conseiller spécial du Président de la République à qui il incombe de susciter et / ou de raffermir notre commun vouloir vivre ensemble. N’avez – vous pas parlé de la parenté à plaisanterie comme ciment de notre vivre ensemble ?

Ouf, Hamidou Dia en vient finalement, dans la seconde partie de son texte à ce qui est attendu de lui, l’intellectuel : transcender les particularismes et hisser ceux qui y restent vautrés par ignorance  (ndax xamadi) vers l’universel, dans lequel se subsument nos particularismes. Ce qui nous unit vient de plus loin, de plus longtemps que le Tekruur. Faisons le voyage jusqu’en Égypte ! D’ailleurs, comment parler de l’Égypte sans entendre en écho la parole du nègre universel Cheikh Anta Diop ? Lui nous dit : « «Le sang qui est dans nos veines est un mélange de sang sérère, toucouleur, peul, laobé, congolais, sarakolé».  

Et voici exactement l’idée à laquelle il faut élever wolof, joolaa, soose, Al pulaar, seeréer, etc., : « Le wolof est plus une réalité culturelle, linguistique et commerciale qu’une ethnie au sens propre. Tout enfant qui naît par exemple à Dakar va acquérir cette culture wolofo-urbaine qu’il soit sérère ou peulh. Cette culture n’est pas le seul apanage des wolofs »

L’ethnisme existe partout comme un sentiment naturel lié à l’identité. En soi, ce n'est pas négatif. Cela ne pose pas de problème tant que ça ne fait pas l’objet d’une instrumentalisation à des fins cryptopersonnelles, politiciennes notamment.  

Senghor était Seeréer et catholique, ce débat sur l’ethnie ou sur la religion n’a pas été entretenu. Abdou Diouf, d’une mère Al pulaar et d’un père seeréer,  lui a succédé, ce débat n’a pas été posé. Avec Wade que Hamidou Dia définit comme un métisse, qui ne l’est pas finalement ?, le débat sur l’instrumentalisation d’une confrérie pour des visés électoralistes s’est posé avec acuité. L’actuel Président Macky Sall est un Al pulaar  ( qu’entend Hamidou Dia par l’expression « bon teint » ? Il faut qu’il nous dise !), et le débat, non point sur l’ethnisme, mais sur l’instrumentalisation politicienne de la fibre ethnique se pose avec une acuité décuplée par ceux qui entendent ou voient une telle pratique dans le dire ou le faire du Président et de certains membres de sa formation politique. On peut dire ce qu’on veut, essayer de relativiser ou de nier, mais les faits sont têtus.

Pour finir, pour peu qu’on fasse l’idiosyncrasie morale de l’auteur de l’article , suivant une exigence nietzschéenne, on peut se demander quelle est la volonté de puissance qui se cache derrière le contenu de ce texte. Celui qui parle, qu’est ce qu’il VEUT ? Quel est le pré - texte derrière ce texte ? Monsieur Hamidou Dia chercherait – il a dresser ceux qu’il appelle « les minorités » contre les wolofs, à des fins électoralistes, politiciennes ? Et oui, pour rester dans le registre nietzschéen du soupçon !

Dans la seconde partie du texte l’intellectuel universaliste a tenté avec beaucoup de mal de reprendre le dessus, sur le politicien manipulateur ethniste de la première partie. Mais pour la paix et la préservation de notre vivre – ensemble, vivement que triomphe le second Hamidou Dia !
Personne ne brûlera ce pays !

Daouda Guèye de Pikine 
Professeur de Philosophie 
Convention des cadres du Grand parti
Vendredi 18 Août 2017
Dakaractu




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