De la famille idéologique de Macky Sall / « Sénégal de tous, Sénégal pour tous » ou le communisme au service du pragmatisme


Hier, à l’occasion de la présentation de la Déclaration de politique générale du Premier ministre, l’expression « Un Sénégal de tous, un Sénégal pour tous », est revenue comme une anaphore, au point de se poser en trame du discours de Boun Abdallah Dionne.

 Ce concept aux résonnances maoïstes, à la lumière du recentrage post-législatives des politiques publiques sur le social, rappelle les années communistes de la prime jeunesse militante de Macky Sall, qui vient de décréter « 2018, année sociale ». Ce dernier a très tôt lu le Livre rouge sous la dictée de Landing Savané et Cie avant d’adhérer aux thèses libérales et panafricanistes théorisées dans « Un destin pour l’Afrique » de Me Abdoulaye Wade. Ce changement d’optique intervint dans un contexte marqué par l’émiettement, électoralement contre-productif, des partis de Gauche. Division exacerbée par les lendemains uniformisés de la Conférence de La Baule, qui ne cessait de différer l’avènement du Grand Soir à Pâques et à la Trinité. C’est dire que chez l’actuel président de la République, dont l’entourage de premier cercle conserve la marque de cette expérience communiste, l’option idéologique cède vite du terrain au réalisme.

Ainsi, ce pragmatisme mackyen incline à faire attention à la nature cosmétique et non cosmique du manteau des vagues bleues par le reflet du ciel, qui nous cache la nature intime des ondes. Le régime Apr-Benno Bokk Yakaar, à l’instar de ses prédécesseurs, applique à la lettre les injonctions du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale qui constituent les deux fourches de la canne sur laquelle s’appuie ce vieillard qu’on appelle Occident, qui ne compte plus que sur les économies africaines pour dompter son agonie et endiguer la concurrence des pays émergents.    

D’ailleurs, pas plus tard que ce mois de novembre 2017, le chef de l’Etat, présidant une rencontre sur les mécanismes de financement de la Santé, a écarté « le tout gratuit », rappelant avoir renié depuis longtemps ses idées communistes, malgré la promesse d’une Couverture maladie universelle qui n’arrive pas à atteindre l’objectif propagandiste que lui assigne le « Yonou Yokuté ». Le disant, il n’a fait que désigner un lieu commun. Car, la signature des Accords de partenariat économique, le retour en force des multinationales françaises et le surendettement caractéristique de son régime sont assez révélateurs de cet ultra-libéralisme sous le vernis rougeâtre, tirant vers le marron, des Bourses de sécurité familiale.

En réalité, à part le socialisme africain de Léopold Sédar Senghor, à limpide définition, aucun autre régime politique n’a projeté une idée claire de son appartenance idéologique, ni par la composition des hommes d’Etat qui l’incarnent, ni par la nature des solutions socio-économiques apportées aux problèmes des Sénégalais.  

Le pseudo-socialiste Abdou Diouf, (ex-étudiant communiste en France), a mis en œuvre les Ajustements structurels et fermé les yeux devant la fermeture ou la privatisation de plusieurs entreprises nationales dans les années 80-90.

Abdoulaye Wade, qui a milité à l’Ups de Senghor, avant d’opter pour le travaillisme, et ensuite pour le libéralisme, se présentait comme un « libéral-social ».  Paradoxalement, c’est sous sa présidence supposée libérale que la SENELEC a été renationalisée.   

En définitive, au Sénégal, l’idéologie qui compte est celle qui convient le mieux à la conjoncture politique du moment. Soucieux de briguer un second mandat, Macky Sall, dont la coalition n’a pu obtenir que 49 % aux dernières élections, à travers ce concept de « Un Sénégal de tous, un Sénégal pour tous », cherche, à juste raison, à toucher le maximum de Sénégalais par la constitution d’un électorat arc-en-ciel, qui transcende « Macky 2012 » (créditée de seulement 25 % des suffrages au premier tour de la présidentielle de 2012).
Mercredi 6 Décembre 2017
Dakaractu



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