Culture rattachée au Tourisme et à l'Artisanat : les avis partagés des acteurs sur le choix d’Amadou Ba


La nouvelle architecture gouvernementale a apporté un changement majeur. En effet,  la Culture, jusque-là logée au ministère de la Jeunesse et des Sports, est désormais rattachée au Tourisme et à l’Artisanat. Un portefeuille confié à Amadou Ba, député et juriste de formation. Un choix qui suscite à la fois espoirs et réserves chez les acteurs des secteurs concernés.
 

Un ministère « lourd » mais stratégique

 

Pour l’expert en tourisme, Mouhamed Faouzou Dème, la combinaison est audacieuse mais exigeante.  « Techniquement, c’est un ministère très lourd. Même si les secteurs concernés sont interconnectés, il faudra une machine administrative rodée, des conseillers techniques et des directeurs compétents. La culture est devenue une industrie, de même que le tourisme et l’artisanat, qui à lui seul regroupe 150 corps de métiers. Cela veut dire que ce ministère gère trois industries qui emploient une main-d’œuvre massive, souvent informelle, et qui constituent un pilier de notre économie. »

Il adhère à la vision de « tourisme intégré et de valorisation du patrimoine » mais insiste sur la nécessité d’un management transversal rigoureux.
 

"Retour à la grappe TICAA"

 

Pour Souleymane Ngom, conseiller culturel et enseignant à l’UGB, la décision du gouvernement corrige une erreur d’orientation.  « C’est une très bonne chose d’avoir rattaché l’Artisanat et le Tourisme à la Culture. On revient ainsi au projet initial de la grappe TICAA (Tourisme, Industries culturelles et Artisanat d’art). Cela montre que l’État est attentif aux débats du secteur. Quant à Amadou Ba, même s’il n’est pas issu du sérail culturel, son profil de juriste et son influence politique lui permettront de diriger avec de la poigne, sur la base d’une approche participative et inclusive. »
 

« La mayonnaise peut prendre forme..»

 

De son côté, l'acteur culturel interpellé par Dakaractu et qui a requis l'anonymat estime que la fusion des trois secteurs est logique et porteuse d’avenir.  « Dans tous les pays du monde, la culture donne du contenu au tourisme. La culture doit être le moteur, on ne peut pas parler de tourisme sans parler de culture. Quant à l’artisanat, il est intimement lié à la culture : il suffit de consulter le Répertoire des Arts et Métiers de la Culture (RMAC) pour s’en rendre compte. Je pense que la mayonnaise va prendre forme, à condition d’une bonne articulation entre les trois secteurs. »

S’il rappelle que le nouveau ministre n’est pas un spécialiste de ces domaines, il souligne toutefois que « le rôle d’un ministre est avant tout celui d’un manager et coordonnateur », et qu’il pourra s’appuyer sur les nombreux techniciens compétents du secteur.

 

" Il sera un ministère très technique avec beaucoup de sous-secteurs..."

 

De son côté, Alioune Badara Mané, président de l’Association de la Presse Culturelle du Sénégal, accueille favorablement la nouvelle configuration . « C’est un soulagement de voir la Culture détachée de la Jeunesse et des Sports pour avoir un département entier. [...] il faut savoir qu'il sera un ministère très technique avec beaucoup de sous-secteurs notamment dans la musique, le patrimoine entre autres. Les priorités sont nombreuses : infrastructures culturelles, statut de l’artiste, copie privée, fonds dédiés aux arts… Mais il faudra aussi régler la question de l’insertion des animateurs culturels et chargés d’affaires culturelles formés à l’École des arts et métiers de la culture. C’est un dossier sensible que le ministre Amadou Ba doit traiter rapidement. »
 

Toutefois, le journaliste, président de l'APCS reste prudent, « il est trop tôt pour juger le nouveau ministre. La communauté artistique lui accorde un moment de grâce et d’observation avant de faire des jugements, car la culture est un ministère à la fois technique et complexe dans la forme comme dans le fond. »
 

Entre enthousiasme et prudence, tous les acteurs s’accordent sur une chose : le portefeuille confié à Amadou Ba est vaste et stratégique. Sa réussite dépendra de sa capacité à fédérer, à écouter et à mettre en place une gouvernance participative pour transformer la culture, le tourisme et l’artisanat en véritables leviers de développement économique et social.

Dimanche 7 Septembre 2025
Dakaractu




Dans la même rubrique :