Société : Le triste récit d’une veuve qui a perdu son mari dans les eaux, lors des inondations de 2020


Les fortes pluies enregistrées dans la nuit du Vendredi 04 au Samedi 05 septembre 2020 resteront gravées dans les mémoires de beaucoup de Sénégalais. Durant cette soirée où le ciel Sénégalais avait ouvert ses vannes et que des précipitations excédentaires par rapport à la normale allant de 100 à 1 900 mm ont été enregistrées, des pertes en vie humaine ont été enregistrées. C’est le cas pour un chef de famille dont la veuve retrace les derniers instants, au fond d’une fosse septique où celui-ci est tombé en tentant de sauver un sac de riz à moitié rempli.
« Au courant des pluies diluviennes du mois de septembre, mon mari était sorti pour amener le sac de riz rangé dans ce qui sert de cuisine ici (...pleurs), car, l’endroit est étroit sans porte ni fenêtre et les zincs qui servent de toiture sont troués. Il voulait sauver un sac de riz dans lequel il restait moins de quinze kilos, en pleine tempête. C’est petit, mais c’était précieux pour nous. Malheureusement, il est passé au-dessus de la fosse septique qui s’était fissurée avant et devenue molle à cause des eaux. Il est tombé avec le sac de riz dans la fosse. Après environ trente minutes, son absence devenait inquiétante, je suis sortie avec ma grossesse sous la forte pluie et les vents violents, pour aller le chercher avec une torche. Forte était ma douleur quand je l’ai entendu agoniser au fond de la fosse, bloqué par le sac de riz et les débris issus des fissures de la fosse ».
 
Son identité protégée par les enquêteurs, son récit de vie est partagé dans le rapport intitulé « Impact des inondations de 2020 au niveau des ménages sinistrés » rendu public en février 2021 et établi dans le cadre d’une ‘’Enquête de base pour l’évaluation des besoins post-catastrophes (Pdna) initiée par la Direction de la Protection civile (Dpc). Loin d’avoir tout dit, elle ajoute : « Dans la maison, il n’y avait ce jour que moi et mes 3 filles. Dans la maison il n’y a que 2 chambres, on en avait 4 avant mais les autres étaient tombées avec les précédentes pluies. Par conséquent, mes garçons passent souvent la nuit chez leurs copains. Oh, je ne sais même pas à vrai dire où ils passent la nuit. Je suis partie alerter les voisins, mais tu sais, il n’y a plus le sens de l’entraide dans ce pays. Mon voisin d’en face m’a demandé d’attendre que la pluie s’arrête pour venir à son secours. Alors, je me suis mise à crier dans la rue jusqu’à ce que le boutiquier du quartier sorte. Je l’ai conduit dans la maison. Il a essayé de le secourir mais, il m’a dit que c’était trop risqué pour lui et qu’il fallait appeler les sapeurs-pompiers. Moi, je ne savais pas par quel canal faut-il passer pour appeler ces gens. Toutefois, il l’a fait lui-même. Mais, compte tenu de la distance et de l’étroitesse de nos rues (la zone n’est pas urbanisée), ils sont arrivés très tard et ont sorti mon mari déjà mort et couvert de déchets ».
Après le décès de son vieil époux, suivi de l’occupation par les eaux de toute la maison, les autorités, dit-elle, les ont amenés, ses enfants et elle, dans une école. « Là-bas aussi on a été déguerpi à la veille de l’ouverture des classes. Arrivée à la maison, j’ai constaté que tout ce qui nous restait comme bien a été volé, nos portes et fenêtres enlevés. Le robinet était utilisé par le voisinage comme une borne fontaine. Je me suis retrouvée avec une facture de 500 000 F Cfa et la Sde m’a coupé le robinet. Devant cette situation, j’ai eu une crise et je viens de sortir d’un Avc (Accident cardiovasculaire). D’ailleurs, je ne pense pas repartir à l’hôpital. Je n’ai même pas le billet pour m’y rendre et encore moins effectuer l’achat des tickets et les ordonnances ».
Le défunt qui fut pour sa famille, le « seul pourvoyeur de ressources dans cette maison était à la retraite, mais on se débrouillait avec les 50 000 F Cfa qu’il gagnait. Depuis son décès, tout a basculé dans cette maison. Je ne cuisine qu’une seule fois dans la journée et pour l’essentiel c’est de la bouillie composée de riz et d’eau, souvent sans sucre. Mes enfants ne sont pas encore inscrits à l’école et on est au mois de février et je ne pense pas qu’ils vont aller à l’école cette année. Ma famille me fuit maintenant. Mes propres frères et sœurs ne prennent plus mes appels par peur que je les sollicite. Ma fille aînée n’a que 15 ans et elle commence à sortir la nuit depuis quelques jours, je pense qu’elle se prostitue ».
Ce récit de vie qui n’est ni une anecdote encore moins un épiphénomène, renseignerait, selon ledit rapport, sur le vécu précaire des femmes cheffes de ménage issues des zones inondées. La quadrature du cercle vicieux dans lequel évoluent les chefs des ménages sinistrés est surtout caractérisée par la taille des personnes vivant au sein des ménages.
Mardi 17 Août 2021
Dakar actu



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