Restructuration de la dette publique / Le Sénégal dos au mur face à ses créanciers : Quand Paris et Pékin font cause commune…


Le Sénégal traverse une période de tensions financières inédites. Selon Africa Intelligence, la situation s’est considérablement détériorée depuis la révélation, fin 2024, de l’ampleur réelle de sa dette publique. Initialement estimée à 99,6 % du PIB fin 2023, celle-ci a été réévaluée à 132 % fin 2025 par l’État sénégalais et le Fonds monétaire international, qui a gelé son programme d’aide dès octobre 2024.

 

En effet, le changement de position de la France constitue un tournant majeur. En décembre 2025, en marge de la visite du président Emmanuel Macron à Pékin, le directeur général du Trésor français Bertrand Dumont a rencontré les dirigeants de la China Exim Bank. Selon toujours Africa Intelligence, lors de cet entretien discret, le cas du Sénégal s’est invité à l’ordre du jour aux côtés de dossiers plus anciens comme la Zambie ou l’Éthiopie.

 

Dumont aurait sondé ses homologues chinois sur la création d’un comité de créanciers officiels pour le Sénégal, que la France et la Chine coprésideraient. Cette structure s’inscrit dans le cadre commun du G20, un mécanisme de réduction coordonnée de la dette des pays à faibles revenus. La France et la Chine figurent parmi les deux principaux créanciers bilatéraux du Sénégal, d’après une étude du Finance for Development Lab publiée en décembre 2025.

 

Une résistance gouvernementale persistante

 

Contrairement à la Zambie et à l’Éthiopie qui ont accepté de restructurer leur dette, Dakar se montre réticent à cette option. Le Premier ministre Ousmane Sonko, qui dirige l’opposition à cette démarche au sein de l’exécutif, a critiqué début janvier qu’on veuille « imposer une restructuration » au Sénégal, rapporte Africa Intelligence. Ces déclarations publiques auraient crispé les cadres du FMI, qui lui reprochent d’avoir divulgué des éléments de négociations censés rester confidentiels.

 

 

Le porte-parole du FMI a réagi une semaine plus tard en rappelant que l’institution se limite à fournir des analyses et que le choix de restructurer ou non la dette reste « une décision souveraine des autorités sénégalaises ». 

 

La stratégie du « Sud global »

 

Pour échapper à la restructuration, le gouvernement sénégalais s’inspire du modèle égyptien. L’Égypte, malgré une dette publique à 100 % de son PIB, a récemment évité cette étape en mobilisant des fonds d’Arabie saoudite, du Qatar et des Émirats arabes unis, en échange d’actifs collatéraux incluant d’importants titres fonciers. Dakar tente de reproduire cette approche en sollicitant des financements auprès des États du Golfe.

 

Des négociations toujours en cours

 

Malgré ces tensions, Africa Intelligence indique que les discussions avec le FMI se poursuivent. L’institution a désigné une nouvelle cheffe de mission, l’Espagnole Mercedes Vera-Martin, qui remplace le Libano-Américain Edward Gemayel. Elle a effectué son premier déplacement au Sénégal du 19 au 23 janvier 2026. Son expérience est notable : elle pilotait jusqu’ici le dossier zambien, où elle a supervisé la restructuration de la dette.

 

Paris cherche à ménager ses relations avec Dakar dans ce contexte diplomatique délicat, tout en poussant discrètement vers une restructuration qui permettrait notamment au Trésor sénégalais de régler les importants arriérés accumulés auprès d’entreprises françaises. Les officiels français évitent d’ailleurs d’employer le terme « restructuration », préférant évoquer un « rôle de coordination » avec les autres créanciers.

Lundi 26 Janvier 2026
Dakaractu



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