Mali : trois Casques bleus tués dans le centre, les groupes armés mobilisent dans le nord


Trois Casques bleus sénégalais de la mission de l'ONU au Mali ont été tués mardi par l'explosion d'une bombe artisanale dans le centre du pays, mettant à mal les assurances de la junte au pouvoir sur l'ascendant repris contre les jihadistes.

Au même moment, des groupes armés se passaient de toute implication de l'Etat central pour regrouper des centaines d'hommes dans le nord en vue d'une opération de sécurisation des populations civiles contre les groupes affiliés à l'organisation Etat islamique.

Le gouvernement dominé par les militaires au pouvoir depuis 2020 a cependant réaffirmé que des "progrès" étaient accomplis sur le terrain.

Le Mali est plongé dans une crise sécuritaire et politique profonde depuis le déclenchement d'insurrections indépendantiste et salafiste dans le nord en 2012.

Si les indépendantistes ont signé en 2015 le fragile accord de paix dit d'Alger, les agissements des groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda ou à l'organisation Etat islamique se sont propagés au centre, puis au Burkina Faso et au Niger voisins. Le déploiement de la force de paix de l'ONU Minusma, créée en 2013, et de forces étrangères n'a pas endigué ces violences qui vont de pair avec le banditisme et les représailles entre communautés.

Trois Casques bleus ont été tués et cinq grièvement blessés lundi dans le centre quand leur convoi a heurté un engin explosif improvisé, a dit la Minusma sur Twitter. Ils appartenaient au contingent sénégalais, a précisé un responsable onusien sous le couvert de l'anonymat.

La Minusma, qui comptait environ 15.800 personnes dont 12.400 soldats de multiples nationalités en décembre, est la mission la plus meurtrière de l'ONU ces dernières années.

Le secrétaire général de l'Organisation, Antonio Guterres, indiquait dans un rapport en janvier que 165 Casques bleus de la Minusma avaient été tués et 687 blessés dans des actes hostiles depuis juillet 2013.

M. Guterres rendait compte des difficultés d'une "opération de maintien de la paix déployée dans un pays où il n’y a pas de paix à maintenir". Aux obstacles comme la taille du pays, l'état de ses routes ou l'absence de mandat de combat et de moyens se sont ajoutés ces derniers mois le retrait des soldats français et de leurs alliés européens, l'annonce par un certain nombre de pays de leur désengagement de la Minusma et les restrictions imposées aux déplacements de la mission par les militaires au pouvoir depuis 2020, disait-il.

"La situation actuelle est intenable", disait-il.

Les colonels qui ont pris le pouvoir par la force en 2020 ont mis fin à la coopération militaire antijihadiste avec la France et ses partenaires européens et se sont tournés militairement et politiquement vers la Russie.

 

- Accord essentiel et menacé -

La junte assure régulièrement avoir inversé la tendance depuis. Elle a vivement protesté lundi contre des propos du président du Conseil européen Charles Michel qui déclarait la semaine passée que l'Etat malien était "en train de s'effondrer".

Les mots de M. Michel "omettent les progrès tangibles réalisés par les forces armées maliennes", a dit le ministère des Affaires étrangères.

Le secrétaire général de l'ONU parlait pour sa part en janvier de situation "extrêmement préoccupante", surtout dans le nord-est et le centre où, selon lui, "l’État n’est présent qu’à 22%".

Dans le nord-est, les régions de Gao et Ménaka sont le théâtre depuis des mois d'une poussée de l'Etat islamique au grand Sahara (EIGS). Elle génère d'intenses batailles avec les groupes armés implantés dans ces immenses étendues désertiques et avec les rivaux affiliés à Al-Qaïda, ainsi qu'au massacre de civils et des déplacements massifs de population.

Les groupes armés signataires de l'accord d'Alger rassemblent actuellement des centaines d'hommes et un grand nombre de véhicules dans les régions de Kidal et Tombouctou, a dit à l'AFP Mohamed Elmaouloud Ramadane, l'un des porte-parole de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA).

L'opération projetée consistera davantage en des patrouilles destinées à sécuriser les populations civiles qu'en une offensive généralisée contre l'EIGS.

Interrogé sur une approbation ou non de l'Etat central, il a répondu par la négative : "Non pas du tout. Nous intervenons dans les zones que nous contrôlons".

L'opération en vue illustre l'absence de contrôle exercé par l'Etat sur de vastes parties du territoire, mais aussi la dégradation des relations entre les groupes armés du nord et Bamako, et les menaces pesant sur l'accord de 2015.

L'application de ce dernier est considérée comme un facteur important de stabilité. Or la CMA et la quasi totalité des groupes signataires, y compris loyalistes, ont suspendu leur participation à sa mise en oeuvre.

Un responsable malien prédisait récemment une reprise prochaine des hostilités entre l'Etat et les groupes armés du nord.

Mardi 21 Février 2023
Dakaractu




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