Félix Tshisekedi s'est dit prêt mercredi soir pour un troisième mandat, si les Congolais le demandent. Les réactions de l'opposition n'ont pas tardé, en RDC et à l'étranger.
Hervé Diakiesé, porte-parole du parti Ensemble pour la République, joint par Patient Ligodi, dénonce : « Il prétend qu'il va rester sans organiser les élections [dont la présidentielle, prévue en 2028, NDLR] parce que le Nord-Kivu et le Sud-Kivu ne sont plus sous le contrôle sécuritaire du pouvoir central. Mais en même temps, il dit qu'il peut quand même rester en fonction en changeant la Constitution pour avoir un pseudo troisième mandat, sur base d'un référendum qui sera organisé en dehors du Nord-Kivu et du Sud-Kivu [provinces dont des pans sont contrôlés par le groupe politico-militaire AFC/M23, NDLR]. Donc, déjà, ces paradoxes-là démontrent la mauvaise foi et le caractère anticonstitutionnel de sa démarche. »
« Il est dans un paradoxe »
L'opposant, membre du parti de Moïse Katumbi, poursuit : « De la même manière, il prétend que la Constitution devrait de toute façon être changée parce qu’il y a le contrat avec les Américains qui l'y obligerait, ce qui est un mensonge total. Il est dans un paradoxe : un pouvoir qui s'est présenté comme souverainiste en disant que la Constitution que nous avons est une constitution des étrangers, va maintenant accepter de changer la Constitution parce qu'on a signé un contrat avec des étrangers. Aucune disposition de la Constitution n'est modifiable du simple fait qu'on signe des accords commerciaux. »
En RDC, les précédentes modifications de l’actuelle Constitution ont été adoptées par le Parlement. Mais elles ne concernaient pas les articles dits « verrouillés », notamment ceux liés à la durée et au nombre de mandats présidentiels. D’où l’idée, dénonce l’opposition, de passer cette fois par le référendum.
« Une contradiction »
Francine Muyumba Nkanga, ancienne sénatrice et cadre du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) – la formation de l'ex-président Joseph Kabila, sanctionné fin-avril par les États-Unis et condamné à mort par contumace en septembre 2025 à Kinshasa – estime également que les déclarations de Félix Tshisekedi sont pleines de paradoxes et de contradictions. « La Constitution de la RDC a été présentée par l’UDPS [Union pour la démocratie et le progrès social, parti de Félix Tshisekedi, NDLR] comme une constitution de l'étranger qu'il fallait, selon eux, congoliser. Aujourd'hui, le président Tshisekedi évoque un processus constitutionnel sous impulsion extérieure. Donc cette contradiction traduit une véritable cacophonie politique, à mon humble avis », souligne-t-elle au micro d’Alexandra Brangeon.
« S'agissant des élections de 2028, on nous explique aujourd'hui qu'il serait impossible de les organiser parce que le pays est en guerre. Pourtant, il convient de rappeler que le deuxième mandat du président Tshisekedi a été obtenu précisément dans ce même contexte de guerre en 2023. Sans oublier qu'il a également évoqué l'organisation éventuelle d'un référendum constitutionnel. Mais comment organiser un tel processus en excluant une partie des Congolais ? Si un référendum peut être organisé en période de guerre concernant la Constitution, pourquoi les élections destinées à permettre l'alternance démocratique deviendraient elles impossibles ? », interroge-t-elle.
La RDC et le Rwanda ont signé début décembre à Washington un fragile accord de paix sous l'égide du président américain Donald Trump, qui n'a pas mis fin aux combats dans l'est où une myriade de groupes armés sont parfois utilisés comme intermédiaires par les belligérants. Cet accord comporte une contrepartie économique visant à assurer à l'industrie de pointe américaine un approvisionnement en minerais stratégiques dont les sous-sols congolais regorgent.
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