« Les Stratèges de l’indépendance » : Massène Guèye met à nu le destin virevoltant d’un unijambiste en terre d’accueil


« Les Stratèges de l’indépendance » : Massène Guèye met à nu le destin virevoltant d’un unijambiste en terre d’accueil
Dans un contexte de crise mondiale marquée par la pandémie de Covid-19, la science s’est penchée sur les voies et moyens pour vaincre l’ennemi commun. Une occasion privilégiée par les hommes de culture pour plonger les citoyens du monde à sortir de leur torpeur et libérer toutes les énergies positives. La plume vient ainsi apporter une cure et pas des moindres, pour toute une génération en lui faisant transcender son époque. Témoin de l’époque coloniale, durant son enfance, Massène Guèye conte pour la postérité « les Stratèges de l’indépendance ».
 
Fils d’un ancien militaire officiant dans le centre-ville de Dakar, ancienne capitale de l’Afrique occidentale française (AOF), Mamadou, comme l’appelle affectueusement ses proches, décrit dans cet ouvrage, l’histoire d’une compétition ayant opposé deux contremaîtres pour prendre les rênes d’une entreprise en BTP. Un challenge orchestré à leur insu, par leur employeur qui devait rentrer en France à l’orée du soleil des indépendances qui pointait au Sénégal. L’un d’entre eux, du nom de Ibrahima fut victime d'un accident du travail, au cours duquel il perdit une jambe.
 
Cette situation le poussa à se retrancher à  Deuk Boubess et à se reconvertir dans un métier plus salvateur. L’unijambiste entama alors l'alphabétisation des ouvriers attirés par les grands chantiers dans cette banlieue dakaroise. Son étonnement fut aussi grand lorsqu’il perça tous les mystères que cachait son terreau d’accueil. Un quartier où les personnes avec leurs jambes avaient plus de chance de conquérir les cœurs des habitants et trouver l’âme sœur.
 
Suivant les conseils d’une vieille connaissance, une française pleine d’humanisme, l’auteur prit goût à la littérature dont l’esquisse apparaît clairement dans ce livre de 354 pages paru récemment, le 14 février 2020 aux Editions Saint Honoré Paris. Ayant grandi à la Médina, Massène se remémore les affinités nouées avec les européens qui empruntaient avec fierté les avenues mythiques (William Ponty, Albert Sarraut, entre autres), témoins de la toute puissance coloniale tricolore.
 
Dans un style particulier dont il détient le secret, il narre une autre compétition sociale en ligne de mire de l’unijambiste face à deux stars de Deuk Boubess dont le talent repose sur des performances sur le terrain pour l’une et sur les sonorités rythmiques sur scène pour l’autre.
 
Le danseur de pachanga et le footballeur convoitaient Rama, une jeune fille que tous les hommes du quartier appréciaient. Même le riche entrepreneur n’a pas pu résister à son charme. Ibrahima va-t-il essuyer un second revers devant des concurrents favorisés par la force des choses? Gare aux prétendants, la jeune fille n'était pas obnubilée par les choses mondaines et recherche des valeurs cardinales que son père lui avait inculquées avant de quitter ce bas-monde.  
 
Sa finesse envoûtante incitant le lecteur à parcourir le récit en toute délicatesse et avec subtilité, le narrateur donne au personnage principal son heure de gloire. L’enseignant réussit à gagner la confiance des populations, qui le désignent citoyen modèle attitré lors d’une initiative du Maire consistant à décorer les meilleurs citoyens. Il parvient à redresser une entreprise au bord de l’implosion quand il fut désigné modérateur par ses auditeurs qui sont par ailleurs les ouvriers de ladite entreprise. Et pour corréler le tout, la charmante Rama finit par s’apercevoir que Ibrahima, malgré son handicap, correspond parfaitement à la description que son père faisait de son futur gendre.
 
Entre les stratagèmes d’un employeur pour préserver un héritage ancestral, la reconversion spectaculaire d’un homme face à un milieu hostile qui dépeint de facto ses modèles de réussite où règne marginalisation et mépris des couches souvent minoritaires, l’ouvrage renseigne sur le fait qu’un dénouement est toujours possible tant que l’opiniâtreté est accompagnée d’une dose d’objectivité...
Mardi 1 Juin 2021
Dakaractu




Dans la même rubrique :