L’Alliance pour la République (APR), principal parti de l’opposition sénégalaise et ancienne formation au pouvoir sous Macky Sall, a sorti un communiqué ce vendredi et dans lequel elle décortique point par point la prestation du Premier ministre Ousmane Sonko devant l’Assemblée nationale, le mardi 24 février 2026. Un réquisitoire sévère, articulé autour de six grandes lignes.
Une loi sur l’homosexualité jugée « dangereuse »
Premier point d’achoppement reste le projet de loi visant à durcir la législation sur l’homosexualité. L’APR, loin d’applaudir cette initiative, y voit une manœuvre politique cousue de fil blanc. Selon le parti, le texte, dans sa rédaction actuelle, constituerait en réalité une protection déguisée des personnes LGBTQ, en contradiction avec les déclarations passées de Sonko, qui prônait leur criminalisation.
Ce qui choque particulièrement l’APR, c’est la disposition introduisant une amende pour toute personne ou communauté qui dénoncerait de tels comportements. « Le gouvernement est-il en train de dire que le Sénégalais n’a plus le droit de s’exprimer sur ce qui se passe sous ses yeux ? », s’interroge le parti. Une mesure qualifiée de « liberticide » et de « prime au silence ».
Presse sous pression : un avertissement jugé inacceptable
L’APR dénonce également ce qu’elle perçoit comme une attaque frontale contre la liberté de la presse. Ousmane Sonko aurait déclaré que tout journaliste publiant le bulletin de santé d’un suspect poursuivi pour transmission volontaire du VIH irait « directement en prison ». Pour l’APR, cette menace est non seulement inconstitutionnelle la décision de poursuivre la presse relevant de l’autorité judiciaire, non de l’exécutif mais aussi paradoxale, venant d’un homme lui-même accusé par le passé d’avoir divulgué des conversations privées et d’avoir annoncé détenir des documents classifiés.
Maroc : un aveu d’impuissance diplomatique
Le cas des 18 supporters sénégalais détenus au Maroc a fourni à l’APR l’un de ses arguments les plus cinglants. En reconnaissant publiquement que le Sénégal ne peut pas « forcer le Maroc » à libérer ces ressortissants, Sonko aurait, selon l’opposition, « avoué son impuissance et l’inefficacité de notre diplomatie ».
L’APR détecte une contradiction: comment le Premier ministre peut-il prétendre peser sur la scène internationale alors qu’il s’est lui-même permis de vilipender la magistrature sénégalaise ? s’interroge l’APR. « Le respect se gagne par la dignité et la cohérence. En piétinant nos propres institutions, le Premier ministre a affaibli notre position diplomatique », écrit le parti, qui réclame des excuses publiques à la magistrature.
Arachide : des chiffres, mais quelle réalité ?
Sur le plan économique, l’APR conteste la lecture optimiste que Sonko a faite de la campagne de commercialisation de l’arachide. Si les chiffres de la Sonacos affichent une hausse, le parti soutient que des milliers de paysans du bassin arachidier se retrouvent dans l’incapacité d’écouler leur production, faute de points de collecte suffisants. Certains seraient contraints de vendre du maïs ou du mil pour survivre.
« Le gouvernement nous parle de “couacs” quand il s’agit de la survie de nos populations rurales », fustige l’APR, qui exige un plan d’urgence pour soutenir le monde agricole.
Mort d’Abdoulaye Ba : des mots sans actes
L’affaire de l’étudiant Abdoulaye Ba, décédé dans des circonstances dramatiques lors d’une intervention policière sur le campus universitaire, reste une blessure vive. Sonko a déclaré « assumer entièrement » la responsabilité de son gouvernement mais aussi qu’il ferait la même chose si c’était à refaire. Des propos qui ont indigné l’APR, qui y voit un aveu d’une gestion par la force plutôt que par le dialogue.
La proposition du Premier ministre d’installer un commissariat à l’intérieur de l’université est, selon le parti, « une dangereuse provocation ». L’APR réclame la vérité sur les circonstances exactes du décès et rappelle que l’université « doit être un lieu de savoir, pas une caserne ».
La crise s’étend par ailleurs à l’Éducation nationale : des enseignants se verraient imposer des ponctions salariales allant jusqu’à 200 000 francs CFA, en contradiction directe avec les promesses de Sonko concernant l’alignement des rémunérations.
En définitive, l’APR brosse le portrait d’un Premier ministre qui « gouverne par l’esbroufe, la menace et la division », sans solutions face aux défis du pays. Le parti réaffirme son opposition « ferme mais digne » et appelle les forces vives de la nation à se mobiliser pour « un Sénégal de justice, de liberté et de prospérité partagée ».
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