Le Docteur Cheikh Tidiane Gadio, chef de fil du mouvement Luy Jot Jotna, considère que le peuple sénégalais a définitivement tourné le dos au Président sortant, Me Abdoulaye Wade, au pouvoir depuis 2000. Il ne voit pas comment le candidat des FALS pourrait faire pour passer le cap du second tour. Candidat malheureux à la présidentielle, le ministre des affaires étrangères du Sénégal, de 2000 à 2009, justifie le choix porté sur la personne de Macky Sall, le met devant ses responsabilités, évoque les accusations portées sur sa personne quant à ses relations supposées avec les puissances occidentales, les Etats-Unis surtout. M. Gadio se prononce aussi, évasivement, sur la situation qui prévaut au Mali.
Le Sénégal va voter dans 48 heures exactement pour élire son quatrième président, n'avez-vous pas des craintes de voir le processus en cours basculer dans la violence et l'anarchie ?
Tous les Sénégalais et tous les amis du Sénégal préfèrent rester optimistes et croire que le camp du candidat inconstitutionnel [le Président sortant] sera bon perdant et respectera le verdict des urnes. Ce verdict -sauf vote d'une armée d'un million de Djinns pro-Wade- est déjà très prévisible. En effet Macky Sall devrait logiquement obtenir un raz de marée et un score écrasant.
Une telle prédiction est partagée du reste par la communauté africaine et internationale qui, à l'unanimité, a désigné Macky Sall comme étant "le favori du 2ème tour", certains ajoutent même "le grand favori". Un tel constat est fondé sur le bon sens tant le déséquilibre des forces entre les deux camps est criard. Ceux qui, ensemble, ont obtenu près de 66 % du vote affrontent celui qui, en voulant faire le plein pour gagner dès le 1er tour, s'est retrouvé avec un peu plus de 34%. Moins que Diouf avec ses 41% en 2000, ce qui confirme la sévérité du désaveu.
Et comme les 13 candidats, anciennement concurrents, se sont tous retrouvés sans aucune exception pour prêter main forte à Macky Sall, il est difficile de concevoir une victoire même "miraculeuse" de Wade. Ceci d'autant plus que le soutien des anciens candidats n'est pas formel, il est effectif. Mon mouvement, le MPC-Luy Jot Jotna, a tenu le mardi 20 mars un grand meeting à Pété-Gadiobé pour plaider pour une déferlante en faveur de Macky le 25 mars (pas moins de 70% des votes). La menace inimaginable proférée avant hier par WADE contre le Matam et le Podor devra faire le reste!
Ajoutons que l'argument des Djinns électeurs sera neutralisé par le fait que Macky et le M23 ont aussi fait le nécessaire pour que les Djinns favorables à l'opposition ne restent pas les bras croisés. Il nous suffira donc de sécuriser le vote et le peuple indiquera à WADE la chaise pliante d'une retraite au deadline largement dépassé ...
Vous semblez si optimiste…
Non, je n’ai pas fini. Car, en revanche, si Wade a concocté une botte secrète pour créer la zizanie et s'accrocher au pouvoir, aucune stratégie à la Mugabé ou la Moi Kibaki (power-sharing) ne pourra le tirer d'affaire. En plus il portera une lourde responsabilité historique en suscitant une riposte populaire qu'il est loin de s'imaginer. Le peuple sénégalais dans son écrasante majorité non seulement lui a tourné le dos mais lui a indiqué, par des formes variées, que le 25 mars constitue une ligne rouge pour la patience populaire et symbolise l'espérance ferme d'une délivrance et d'une page historique qui se referme en clôturant pour toujours un demi-siècle d'histoire du Sénégal.
Les Etats-Unis ont tiré la sonnette d'alarme, invitant surtout le pouvoir en place à assurer une transparence du scrutin du second tour, comme ce fut le cas au premier tour, qu'est ce qui selon vous, explique ces rappels ? On a l'impression que la communauté internationale ne fait pas trop confiance au Sénégal, malgré les félicitations du premier tour ?
Les Etats-Unis, la France et l'Union européenne ont montré leur grande amitié pour le peuple sénégalais en choisissant très tôt dans ce processus (depuis au moins le fameux 23 juin 2011) le camp du peuple, de la Constitution, de la transparence et du transfert pacifique du pouvoir et ce contre le bras de fer engagé par Wade contre son peuple et pour son projet surréaliste de dévolution dynastique du pouvoir.
Certains sont même allés jusqu'à indiquer de façon non équivoque leur agacement pour un homme de près de 90 ans qui refuse de céder la voie aux générations suivantes. Générations dont la compétence, la rigueur et le désir de servir l'Afrique et le Sénégal ne font l'objet d'aucun doute à leurs yeux. Hommage appuyé devra ici être rendu au Congrès américain et surtout à cet illustre fils de la Diaspora, feu congressman Donald Payne, qui a aimé et servi le Sénégal et l'Afrique jusqu'à son dernier souffle.
Il faut qu’on en revienne à notre question…
Ce n'est pas à notre pays que la communauté internationale n'accorde pas sa confiance, au contraire notre peuple a séduit comme à son habitude le monde entier lors du vote du 1er tour, par son calme surprenant et sa majestueuse sérénité. Non honnêtement ; c'est Wade qui inquiète et "qui ne rassure pas" contrairement à son slogan de campagne. Ethnicisme, confrérisme, achat sans gène des consciences, déclarations fracassantes (menaces proférées contre les départements du Fouta s'ils ne votaient pas pour lui et révélations sur ses rapports avec le maquis du Sud "c'est moi qui les nourris"), gaaruwaalés incessants (contre moi et d'autres), tout y passe et inquiète forcément d'abord le peuple sénégalais et ensuite les amis du Sénégal!
Je salue en ce qui me concerne la superbe mobilisation de la communauté internationale qui, apparemment, a pris très au sérieux notre appel à la vigilance et à la stratégie de prévention d'un conflit potentiel. Tant mieux si rien ne se passe de grave et que Wade accepte sa défaite qui est inscrite dans le sens de l'histoire et Dieu sait que l'Histoire connait le bon sens et sait s'y conformer.
Mr Gadio, on a estimé que votre score était trop faible par rapport à ce qu'on attendait de vous, au premier tour de l'élection présidentielle. Qu'est ce qui s'est donc passé. N'avez-vous pas surestimé vos forces ?
Mon score n'était pas que faible, il était surprenant et décevant. Je considère qu'il est loin de traduire l'estime que les Sénégalais nous portent, à moi, à mes camarades citoyens et à nos alliés. On peut toutefois faire une lecture non subjective et respectueuse de l'histoire et de la volonté populaire. C'est ce que mes camarades de la Coalition "Gadio-Président" et moi avons choisi de faire en acceptant sans aucune tergiversation les résultats.
Cependant on peut observer que le suffrage des Sénégalais a été faussé dans l'ensemble par la présence d'un candidat inconstitutionnel qui a quand même dérobé 34% du vote. Que serait le scrutin dans son esprit et dans ses résultats si Wade avait eu la sagesse de laisser les générations suivantes s'affronter en termes de programme et de vision pour le Sénégal et pour l'Afrique?
Dans un tel cas de figure, notre vision déclinée dans un programme jugé "le meilleur ou parmi les meilleurs" par de grands cadres sénégalais de la finance internationale et des institutions de développement, aurait provoqué une adhésion très massive de nos compatriotes. Notre slogan "Nourrir, éduquer, soigner et libérer les énergies" est entré dans l'histoire du Sénégal pour ne plus en sortir, comme disait l'autre d'un vers de Mallarmé "on y entre pour ne plus en sortir".
Le vote des Sénégalais nous a indiqué que l'enjeu cette fois-ci était de régler une urgence: barrer la route au coup d'état constitutionnel et au projet de dévolution dynastique. De là que le vote utile en faveur des candidats qui ont réellement battu campagne a favorisé la Coalition Macky 2012 et les deux branches majeures du Benno.
Outre les achats de conscience, certaines anomalies inévitables ont fait le reste: des coordonnateurs de nos bastions ont été accusés d'avoir été reçus au Palais la veille du vote, des bureaux de vote où une vingtaine de sympathisants MPCL et des membres de la famille ont voté ensemble notre coalition a obtenu zéro vote dans le PV. Mais à dire vrai, le comportement dans l'ensemble de notre peuple était tellement remarquable qu'on s'est interdit d'entrer dans des polémiques sur des petits larcins électoraux qui ne sont pas trop significatifs pour changer le fait essentiel qui est que nos résultats étaient décevants et méritent simplement un bilan autocritique courageux!
Pensez-vous avoir un avenir en politique ? Le cas échéant, comment allez-vous désormais vous organiser, surtout avec les Législatives qui arrivent ?
Le MPCL et son leader ont fait le choix d'un avenir politique radieux car comme dit un éminent professeur membre de notre comité d'experts sur le programme du MPCL: "la prospective moderne nous enseigne que les humains font constamment face à plusieurs futurs possibles: les futurs radieux, les futurs quelconques et les futurs catastrophes. Heureusement qu'il est possible de choisir le futur que l'on désire et d'éviter le futur que l'on ne souhaite".
Le MPCL et son leader ont choisi le futur que nous désirons: celui de faire du Sénégal un pays qui règle vite les fondamentaux du développement (nourrir, éduquer, soigner) pour passer vite à la modernisation et à l'émergence (libérer les énergies), le tout dans la perspective d'une Afrique fédérée et candidate à la Renaissance et au statut de puissance mondiale à coté de l'Inde, de la Chine, des Etats Unis, du Brésil, et de l'Europe.
Oui nous souhaitons fortement aller aux législatives dans une coalition porteuse de valeurs et d'idéaux novateurs ayant comme moteur l'esprit grass-roots pour une véritable alternative politique citoyenne
Sur quoi vous êtes-vous entendus avec le candidat Macky Sall pour lui apporter votre soutien?
Nous avons dit à Macky lors de son aimable visite de courtoisie à notre coalition après le 26 février que notre soutien était "sans préalable et sans conditions", dès lors qu'il s'est ouvertement prononcé et de façon satisfaisante sur les indispensables réformes institutionnelles et constitutionnelles (dont le retour au mandat de cinq ans renouvelable une seule fois et l'équilibre des institutions sont des éléments-clé); et dès lors qu'il a décrété la Casamance comme étant la priorité N° 1 de tout gouvernement crédible et sérieux et avancé des propositions pour l'emploi des jeunes et un traitement digne et juste des banlieues et du monde rural.
N y-a-t-il pas de craintes d'en faire un Président pris en otage par les nombreux partis et forces politiques qui l'ont soutenu ?
Notre coalition, en ce qui le concerne, ne fera pas partie des preneurs d'otage. Macky a été choisi par les Sénégalais après les primaires du 1er tour, en plus il a eu l'élégance d'en appeler aux contributions des Assises nationales, il serait décent et respectueux de la volonté populaire de ne pas lui attacher une corde au cou et de le laisser lui-même imprimer son leadership sur la nation. Et soit de l'accompagner dans sa mission s'il vous y invite ou de lui souhaiter sincèrement bonne chance et réussite dans l'intérêt bien compris de notre pays! Après le temps de la rivalité saine, est venu le temps de retrousser les manches et d'attaquer les chantiers de la construction nationale. Nous sommes confiant que Macky ne dira jamais comme l'autre "mes chantiers" mais bien les chantiers de la nation et de la république!
A contrario, y a-t-il assez de garanties pour éviter que le syndrome Wade en 2000, ne se reproduise en 2012 ?
La seule garantie, à mon avis, est que les citoyens votent pour Macky et non contre Wade. En 2000 l'alternance a pu souffrir de ce déficit de confiance au départ ou de cette tare congénitale qui est que certains aiment voter contre pour marquer leur désapprobation et non pour par crainte d'engager leur responsabilité. Ne votons pas pour Macky parce que on est contre Wade, votons pour Macky parce que c'est un candidat du M23, héritier de toutes nos batailles et porteur tous nos espoirs dans le combat en cours qui a vu des martyrs donner leur vie pour que le Sénégal reste une république et ne soit pas un émirat wadien.
On vous accuse d'être le relais des puissances occidentales qui passeraient pas vous très souvent pour déstabiliser le pays. Me Wade en personne a porté ces accusations, suivi en cela par ses partenaires que répondez-vous par rapport à ces accusations...
L'adversité au Sénégal méne parfois à des absurdités et des enfantillages. Je n'ai plus à faire mes preuves en termes de patriotisme au Sénégal et d'engagement pour l'Afrique. Je suis, depuis au moins 1976, dans la posture de répondre à l'injonction de Fanon: "chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir!". Moi j'ai choisi de remplir ma mission, et ce depuis que j'ai découvert Cheikh Anta et Kwamé Nhrumah et par la suite Mao et Marcus Garvey.
Je confirme que je les ai fortement interpellés sur la situation de mon pays et la nécessité de nous appliquer une démarche préventive. Je suis heureux que mon action et celle d'autres camarades du M23 nous aient attiré l'attention bienveillante de la communauté internationale.
Je laisse à Wade qui est allé à Benghazi offrir un triste spectacle d'allégeance aux Occidentaux continuer à se plaindre de mon travail sur l'international pour défendre mon pays, sa stabilité et son intégrité. Travail qu'il assimile à un dénigrement de sa personne donc du Sénégal, puisqu'il est le Sénégal. On verra s'il a acquis le titre foncier du Sénégal le 25 mars prochain.
Quant à moi, je reconnais et salue son mérite et son service pour le Sénégal et pour l'Afrique malgré certaines erreurs, et lui réitère mes souhaits de bon repos et de retraite paisible et bien méritée!
Les évènements qui se passent au Mali, pays voisin du Sénégal confirment qu'il s'agit d'un coup d'Etat. Que vous inspire cette situation, en tant qu'ancien ministre des Affaires étrangères et leader de parti ?
Je suis avec une immense tristesse l'évolution de la situation au Mali. Le Mali pour moi n'est pas une seconde patrie, c'est l'autre patrie! ATT a fait partie de la belle histoire de l'Afrique et je prie que son intégrité physique et celle de sa famille soient préservées. Je m'aligne de toute évidence derrière les positions de la Cedeao et de l'Union africaine contre les changements anti-constitutionnels et prie les soldats mutins d'ouvrir immédiatement un dialogue avec leur grand frère ATT et de trouver ensemble des solutions aux graves problèmes du Mali, pays que tous les Africains aiment tant et plus!
Si malheureusement ce que nous craignons tous (un coup d'Etat) se confirme, le Sénégal voisin et toutes les démocraties africaines devraient en tirer tous les enseignements quant à la fragilité de nos processus de maturation démocratique. Rien n'est définitivement acquis, tout est à consolider et chaque jour.
Le Sénégal va voter dans 48 heures exactement pour élire son quatrième président, n'avez-vous pas des craintes de voir le processus en cours basculer dans la violence et l'anarchie ?
Tous les Sénégalais et tous les amis du Sénégal préfèrent rester optimistes et croire que le camp du candidat inconstitutionnel [le Président sortant] sera bon perdant et respectera le verdict des urnes. Ce verdict -sauf vote d'une armée d'un million de Djinns pro-Wade- est déjà très prévisible. En effet Macky Sall devrait logiquement obtenir un raz de marée et un score écrasant.
Une telle prédiction est partagée du reste par la communauté africaine et internationale qui, à l'unanimité, a désigné Macky Sall comme étant "le favori du 2ème tour", certains ajoutent même "le grand favori". Un tel constat est fondé sur le bon sens tant le déséquilibre des forces entre les deux camps est criard. Ceux qui, ensemble, ont obtenu près de 66 % du vote affrontent celui qui, en voulant faire le plein pour gagner dès le 1er tour, s'est retrouvé avec un peu plus de 34%. Moins que Diouf avec ses 41% en 2000, ce qui confirme la sévérité du désaveu.
Et comme les 13 candidats, anciennement concurrents, se sont tous retrouvés sans aucune exception pour prêter main forte à Macky Sall, il est difficile de concevoir une victoire même "miraculeuse" de Wade. Ceci d'autant plus que le soutien des anciens candidats n'est pas formel, il est effectif. Mon mouvement, le MPC-Luy Jot Jotna, a tenu le mardi 20 mars un grand meeting à Pété-Gadiobé pour plaider pour une déferlante en faveur de Macky le 25 mars (pas moins de 70% des votes). La menace inimaginable proférée avant hier par WADE contre le Matam et le Podor devra faire le reste!
Ajoutons que l'argument des Djinns électeurs sera neutralisé par le fait que Macky et le M23 ont aussi fait le nécessaire pour que les Djinns favorables à l'opposition ne restent pas les bras croisés. Il nous suffira donc de sécuriser le vote et le peuple indiquera à WADE la chaise pliante d'une retraite au deadline largement dépassé ...
Vous semblez si optimiste…
Non, je n’ai pas fini. Car, en revanche, si Wade a concocté une botte secrète pour créer la zizanie et s'accrocher au pouvoir, aucune stratégie à la Mugabé ou la Moi Kibaki (power-sharing) ne pourra le tirer d'affaire. En plus il portera une lourde responsabilité historique en suscitant une riposte populaire qu'il est loin de s'imaginer. Le peuple sénégalais dans son écrasante majorité non seulement lui a tourné le dos mais lui a indiqué, par des formes variées, que le 25 mars constitue une ligne rouge pour la patience populaire et symbolise l'espérance ferme d'une délivrance et d'une page historique qui se referme en clôturant pour toujours un demi-siècle d'histoire du Sénégal.
Les Etats-Unis ont tiré la sonnette d'alarme, invitant surtout le pouvoir en place à assurer une transparence du scrutin du second tour, comme ce fut le cas au premier tour, qu'est ce qui selon vous, explique ces rappels ? On a l'impression que la communauté internationale ne fait pas trop confiance au Sénégal, malgré les félicitations du premier tour ?
Les Etats-Unis, la France et l'Union européenne ont montré leur grande amitié pour le peuple sénégalais en choisissant très tôt dans ce processus (depuis au moins le fameux 23 juin 2011) le camp du peuple, de la Constitution, de la transparence et du transfert pacifique du pouvoir et ce contre le bras de fer engagé par Wade contre son peuple et pour son projet surréaliste de dévolution dynastique du pouvoir.
Certains sont même allés jusqu'à indiquer de façon non équivoque leur agacement pour un homme de près de 90 ans qui refuse de céder la voie aux générations suivantes. Générations dont la compétence, la rigueur et le désir de servir l'Afrique et le Sénégal ne font l'objet d'aucun doute à leurs yeux. Hommage appuyé devra ici être rendu au Congrès américain et surtout à cet illustre fils de la Diaspora, feu congressman Donald Payne, qui a aimé et servi le Sénégal et l'Afrique jusqu'à son dernier souffle.
Il faut qu’on en revienne à notre question…
Ce n'est pas à notre pays que la communauté internationale n'accorde pas sa confiance, au contraire notre peuple a séduit comme à son habitude le monde entier lors du vote du 1er tour, par son calme surprenant et sa majestueuse sérénité. Non honnêtement ; c'est Wade qui inquiète et "qui ne rassure pas" contrairement à son slogan de campagne. Ethnicisme, confrérisme, achat sans gène des consciences, déclarations fracassantes (menaces proférées contre les départements du Fouta s'ils ne votaient pas pour lui et révélations sur ses rapports avec le maquis du Sud "c'est moi qui les nourris"), gaaruwaalés incessants (contre moi et d'autres), tout y passe et inquiète forcément d'abord le peuple sénégalais et ensuite les amis du Sénégal!
Je salue en ce qui me concerne la superbe mobilisation de la communauté internationale qui, apparemment, a pris très au sérieux notre appel à la vigilance et à la stratégie de prévention d'un conflit potentiel. Tant mieux si rien ne se passe de grave et que Wade accepte sa défaite qui est inscrite dans le sens de l'histoire et Dieu sait que l'Histoire connait le bon sens et sait s'y conformer.
Mr Gadio, on a estimé que votre score était trop faible par rapport à ce qu'on attendait de vous, au premier tour de l'élection présidentielle. Qu'est ce qui s'est donc passé. N'avez-vous pas surestimé vos forces ?
Mon score n'était pas que faible, il était surprenant et décevant. Je considère qu'il est loin de traduire l'estime que les Sénégalais nous portent, à moi, à mes camarades citoyens et à nos alliés. On peut toutefois faire une lecture non subjective et respectueuse de l'histoire et de la volonté populaire. C'est ce que mes camarades de la Coalition "Gadio-Président" et moi avons choisi de faire en acceptant sans aucune tergiversation les résultats.
Cependant on peut observer que le suffrage des Sénégalais a été faussé dans l'ensemble par la présence d'un candidat inconstitutionnel qui a quand même dérobé 34% du vote. Que serait le scrutin dans son esprit et dans ses résultats si Wade avait eu la sagesse de laisser les générations suivantes s'affronter en termes de programme et de vision pour le Sénégal et pour l'Afrique?
Dans un tel cas de figure, notre vision déclinée dans un programme jugé "le meilleur ou parmi les meilleurs" par de grands cadres sénégalais de la finance internationale et des institutions de développement, aurait provoqué une adhésion très massive de nos compatriotes. Notre slogan "Nourrir, éduquer, soigner et libérer les énergies" est entré dans l'histoire du Sénégal pour ne plus en sortir, comme disait l'autre d'un vers de Mallarmé "on y entre pour ne plus en sortir".
Le vote des Sénégalais nous a indiqué que l'enjeu cette fois-ci était de régler une urgence: barrer la route au coup d'état constitutionnel et au projet de dévolution dynastique. De là que le vote utile en faveur des candidats qui ont réellement battu campagne a favorisé la Coalition Macky 2012 et les deux branches majeures du Benno.
Outre les achats de conscience, certaines anomalies inévitables ont fait le reste: des coordonnateurs de nos bastions ont été accusés d'avoir été reçus au Palais la veille du vote, des bureaux de vote où une vingtaine de sympathisants MPCL et des membres de la famille ont voté ensemble notre coalition a obtenu zéro vote dans le PV. Mais à dire vrai, le comportement dans l'ensemble de notre peuple était tellement remarquable qu'on s'est interdit d'entrer dans des polémiques sur des petits larcins électoraux qui ne sont pas trop significatifs pour changer le fait essentiel qui est que nos résultats étaient décevants et méritent simplement un bilan autocritique courageux!
Pensez-vous avoir un avenir en politique ? Le cas échéant, comment allez-vous désormais vous organiser, surtout avec les Législatives qui arrivent ?
Le MPCL et son leader ont fait le choix d'un avenir politique radieux car comme dit un éminent professeur membre de notre comité d'experts sur le programme du MPCL: "la prospective moderne nous enseigne que les humains font constamment face à plusieurs futurs possibles: les futurs radieux, les futurs quelconques et les futurs catastrophes. Heureusement qu'il est possible de choisir le futur que l'on désire et d'éviter le futur que l'on ne souhaite".
Le MPCL et son leader ont choisi le futur que nous désirons: celui de faire du Sénégal un pays qui règle vite les fondamentaux du développement (nourrir, éduquer, soigner) pour passer vite à la modernisation et à l'émergence (libérer les énergies), le tout dans la perspective d'une Afrique fédérée et candidate à la Renaissance et au statut de puissance mondiale à coté de l'Inde, de la Chine, des Etats Unis, du Brésil, et de l'Europe.
Oui nous souhaitons fortement aller aux législatives dans une coalition porteuse de valeurs et d'idéaux novateurs ayant comme moteur l'esprit grass-roots pour une véritable alternative politique citoyenne
Sur quoi vous êtes-vous entendus avec le candidat Macky Sall pour lui apporter votre soutien?
Nous avons dit à Macky lors de son aimable visite de courtoisie à notre coalition après le 26 février que notre soutien était "sans préalable et sans conditions", dès lors qu'il s'est ouvertement prononcé et de façon satisfaisante sur les indispensables réformes institutionnelles et constitutionnelles (dont le retour au mandat de cinq ans renouvelable une seule fois et l'équilibre des institutions sont des éléments-clé); et dès lors qu'il a décrété la Casamance comme étant la priorité N° 1 de tout gouvernement crédible et sérieux et avancé des propositions pour l'emploi des jeunes et un traitement digne et juste des banlieues et du monde rural.
N y-a-t-il pas de craintes d'en faire un Président pris en otage par les nombreux partis et forces politiques qui l'ont soutenu ?
Notre coalition, en ce qui le concerne, ne fera pas partie des preneurs d'otage. Macky a été choisi par les Sénégalais après les primaires du 1er tour, en plus il a eu l'élégance d'en appeler aux contributions des Assises nationales, il serait décent et respectueux de la volonté populaire de ne pas lui attacher une corde au cou et de le laisser lui-même imprimer son leadership sur la nation. Et soit de l'accompagner dans sa mission s'il vous y invite ou de lui souhaiter sincèrement bonne chance et réussite dans l'intérêt bien compris de notre pays! Après le temps de la rivalité saine, est venu le temps de retrousser les manches et d'attaquer les chantiers de la construction nationale. Nous sommes confiant que Macky ne dira jamais comme l'autre "mes chantiers" mais bien les chantiers de la nation et de la république!
A contrario, y a-t-il assez de garanties pour éviter que le syndrome Wade en 2000, ne se reproduise en 2012 ?
La seule garantie, à mon avis, est que les citoyens votent pour Macky et non contre Wade. En 2000 l'alternance a pu souffrir de ce déficit de confiance au départ ou de cette tare congénitale qui est que certains aiment voter contre pour marquer leur désapprobation et non pour par crainte d'engager leur responsabilité. Ne votons pas pour Macky parce que on est contre Wade, votons pour Macky parce que c'est un candidat du M23, héritier de toutes nos batailles et porteur tous nos espoirs dans le combat en cours qui a vu des martyrs donner leur vie pour que le Sénégal reste une république et ne soit pas un émirat wadien.
On vous accuse d'être le relais des puissances occidentales qui passeraient pas vous très souvent pour déstabiliser le pays. Me Wade en personne a porté ces accusations, suivi en cela par ses partenaires que répondez-vous par rapport à ces accusations...
L'adversité au Sénégal méne parfois à des absurdités et des enfantillages. Je n'ai plus à faire mes preuves en termes de patriotisme au Sénégal et d'engagement pour l'Afrique. Je suis, depuis au moins 1976, dans la posture de répondre à l'injonction de Fanon: "chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir!". Moi j'ai choisi de remplir ma mission, et ce depuis que j'ai découvert Cheikh Anta et Kwamé Nhrumah et par la suite Mao et Marcus Garvey.
Je confirme que je les ai fortement interpellés sur la situation de mon pays et la nécessité de nous appliquer une démarche préventive. Je suis heureux que mon action et celle d'autres camarades du M23 nous aient attiré l'attention bienveillante de la communauté internationale.
Je laisse à Wade qui est allé à Benghazi offrir un triste spectacle d'allégeance aux Occidentaux continuer à se plaindre de mon travail sur l'international pour défendre mon pays, sa stabilité et son intégrité. Travail qu'il assimile à un dénigrement de sa personne donc du Sénégal, puisqu'il est le Sénégal. On verra s'il a acquis le titre foncier du Sénégal le 25 mars prochain.
Quant à moi, je reconnais et salue son mérite et son service pour le Sénégal et pour l'Afrique malgré certaines erreurs, et lui réitère mes souhaits de bon repos et de retraite paisible et bien méritée!
Les évènements qui se passent au Mali, pays voisin du Sénégal confirment qu'il s'agit d'un coup d'Etat. Que vous inspire cette situation, en tant qu'ancien ministre des Affaires étrangères et leader de parti ?
Je suis avec une immense tristesse l'évolution de la situation au Mali. Le Mali pour moi n'est pas une seconde patrie, c'est l'autre patrie! ATT a fait partie de la belle histoire de l'Afrique et je prie que son intégrité physique et celle de sa famille soient préservées. Je m'aligne de toute évidence derrière les positions de la Cedeao et de l'Union africaine contre les changements anti-constitutionnels et prie les soldats mutins d'ouvrir immédiatement un dialogue avec leur grand frère ATT et de trouver ensemble des solutions aux graves problèmes du Mali, pays que tous les Africains aiment tant et plus!
Si malheureusement ce que nous craignons tous (un coup d'Etat) se confirme, le Sénégal voisin et toutes les démocraties africaines devraient en tirer tous les enseignements quant à la fragilité de nos processus de maturation démocratique. Rien n'est définitivement acquis, tout est à consolider et chaque jour.
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