Lorsque les droits de douane s'accumulent et que la confiance s'effrite, quel rôle peut jouer une instance comme le Forum de Boao pour l'Asie ? La réponse s'esquisse dès l'ouverture de sa conférence annuelle 2026, le 24 mars 2026.
Le thème retenu cette année est éloquent : « Façonner un avenir commun : nouvelles dynamiques, nouvelles opportunités, nouvelle coopération ». En toile de fond, une réalité que personne ne nie : la guerre commerciale a transformé les relations internationales. L'ancien Premier ministre italien Paolo Gentiloni résume le basculement : le commerce mondial continuera, mais la question clé est de savoir s'il reste fondé sur des règles ou s'il devient motivé par la puissance.
Dans ce contexte, Boao change de nature. Ce n'est plus seulement une plateforme d'échanges, mais un espace où se construit une réponse collective. Le secrétaire général du forum, Zhang Jun, le formule clairement : l'objectif est « d'injecter davantage de certitude et d'énergie positive dans un monde en pleine tourmente et transformation ». En réunissant des acteurs de plus de 60 pays et régions, le forum ne se contente pas d'observer la tempête, il tente de construire des digues.
Pourquoi la coopération régionale est-elle devenue la priorité ? Parce que l'alternative – l'action solitaire – mène à l'impasse. L'ancien vice-Premier ministre singapourien Wong Kan Seng le résume : « Aucun pays ne peut faire cavalier seul dans un environnement aussi incertain. » La vice-présidente du Conseil national de l'économie indonésien Mari Pangestu va plus loin : « Face aux tarifs américains, si les pays agissent seuls, ils seront perdants. En renforçant le commerce interrégional, ils peuvent compenser les pertes. »
Les chiffres confirment cette intuition. Selon le rapport phare du forum, la dépendance commerciale intra-asiatique atteint désormais 57,2 %, en hausse constante. La Chine et l'ASEAN constituent les deux « piliers de stabilité » de la région. S'agissant de l'inspiration que le développement de l'Asie peut offrir au monde, Robert Koopman, ancien économiste en chef de l'OMC, a souligné que l'intégration économique régionale constituait l'expérience la plus précieuse. « Ce qui se passe en Asie est un bon modèle pour le monde. »
La coopération régionale ne se limite pas au commerce. Elle s'étend à la finance, à la technologie, aux infrastructures. Le Partenariat économique régional global (RCEP), accord qui couvre 30 % du PIB mondial, est souvent cité comme un modèle. Mais derrière les chiffres se dessine un mouvement plus profond : dans un monde qui se fragmente, l'Asie choisit de se rapprocher.
C'est moins un repli qu'une recomposition. La région ne se ferme pas, elle se consolide pour mieux résister aux chocs extérieurs. À Boao, une conviction s'est affirmée : la guerre commerciale impose de choisir, mais l'Asie répond par l'intégration. Ni repli, ni provocation – la recherche, pragmatique, de sa propre marge de manœuvre.
Par Sun Hongyu, journaliste de CGTN Français
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