Vendetta à l’italienne dans l’affaire Sarkozy : Karim Wade est-il en sécurité au Qatar ?


La chute de Mouammar Kadhafi est une saga où s’entrechoquent d’obscurs intérêts politiques, économiques et diplomatiques dans une « République des mallettes », qui emprunte à la mafia sicilienne ses codes.

A cet égard, les sous-entendus et non-dits de Ziad Takieddine, réputé proche de la famille Kadhafi, qui avertit les Sénégalais quant à d’éventuelles attaques terroristes en cas d’élection de Karim Wade, donnent froid dans le dos.

Pour mémoire, Kadhafi, puissamment armé par la Russie et blacklisté élément de l’Axe du Mal théorisé par George Bush, était le parrain de groupes subversifs, ayant repris service entre le Mali et l’Algérie. Bandes dangereuses qui peuvent être tentées aujourd’hui de renvoyer l’ascenseur. 

Me Abdoulaye Wade, pour avoir apporté une caution africaine à sa liquidation, doit-il, au lendemain du retour de Saïf al-Islam sur la scène politique, craindre pour sa sécurité et pour celle de son fils si tant est qu’on accepte que les révélations contre Nicolas Sarkozy ne constituent qu’une pièce d’un puzzle monté pour se venger de la mort du tyran ? 

Que dans ce faisceau d’hypothèses, la tentative d’assassinat de Béchir Saleh et la disparition mystérieuse dans le Danube de Choukri Ghanem visent à empêcher une manifestation de la vérité et, par ricochet, à susciter une riposte musclée de la part du clan Kadhafi.

Ce débat est d’autant plus intéressant que le Qatar est le seul État du Golfe à avoir béni l’opération. On peut être prédisposé à penser que Takieddine a lancé un ballon de sonde annonçant des déballages qui vont, à la suite de la CREI, davantage salir la candidature de Karim en direction de la présidentielle de 2019. 

Entre 2000 et 2012, le pape du Sopi a été reçu plusieurs fois à Tripoli alors qu’avant de s’attacher les services de Ahmed Khalifa Niasse (principal personnage de l’affaire des Armes libyennes évoquées dans les années 80), l’opposant, puis néo-chef d’Etat, peinait à rencontrer Kadhafi. Cette relation intime entre le Sénégal et la Libye n’est pas perceptible en termes de réalisations ; là où des pays de la sous-région comme le Mali, le Niger ou le Togo, ont bénéficié des investissements du jadis très convoité fonds souverain du guide de la Jamahiriya. « Abdoulaye Wade a reçu 20 millions d'euros pour son fils Karim. C'est le Qatar qui a payé, nos espions nous disent tout », cette phrase prononcée par Saïf al-Islam le 4 juillet 2011 montre que l’homme ne voit pas d’un bon œil la présence de Karim Wade à Doha et qu’il pourrait opter d’étaler sur la place publique tous les secrets qui ont pu exister entre l’ancien président de la République du Sénégal et son père. 

En définitive, pour toutes ces raisons et pour d’autres raisons historiques évidentes, le candidat désigné du Parti démocratique sénégalais a intérêt à surveiller ses arrières. Les Kadhafi et leur suppôt franco-libanais Takieddine, qui en veut à Nicolas Sarkozy, sont loin d’être des enfants de chœur. 
Samedi 24 Mars 2018
Dakaractu




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