Depuis trois jours, la mer frappe sans relâche la côte de Thiaroye sur Mer. Les vagues géantes ont avalé maisons, pirogues et commerces, laissant derrière elles un paysage de désolation. Si d’autres localités comme Yarakh, Bargny ou Mbao sont également touchées, notre enquête s’est concentrée sur ce village de pêcheurs où la colère de l’océan a pris une tournure dramatique. « On ne dort plus, on vit avec la peur au ventre », lâche Aly Diop, regard perdu vers l’horizon.
Un village rétréci par la mer
À Thiaroye-sur-Mer, l’eau a avancé de près de deux mètres, grignotant la bande de sable qui séparait les maisons des vagues. Les quartiers les plus exposés, Ndoyène, Seckène et Ndiobène, ressemblent à un champ de ruines. Les habitants, épuisés, tentent de sauver ce qui peut l’être. Mamadou Kabir, mareyeur, a déplacé ses pirogues jusqu’à Yarakh. Pathe Beye, mécanicien, a vu son magasin englouti : « On m’a appelé en urgence, j’ai tout laissé pour sauver mon matériel. »
La lutte de dix heures contre l’océan
Sur la plage, des silhouettes se relaient, creusant, empilant sacs de sable et morceaux de bois. Certains, comme Youssou Sène, avaient anticipé et mis leur pirogue à l’abri avant la tempête. D’autres ont passé plus de dix heures à ériger des barrières précaires. Mais tous savent qu’une nouvelle houle est attendue dimanche. « Si elle est plus violente, on ne tiendra pas », souffle Samba, pêcheur aux mains crevassées par l’eau salée.
Mémoire d’une mer capricieuse
Pour les anciens, la mer a toujours dicté le rythme de la vie ici, mais jamais avec une telle brutalité. Babacar Samb, assis devant la mosquée rescapée, se souvient de 2015 : « On avait refait les fondations et renforcé les murs. C’est ce qui l’a sauvée cette fois. Mais autour, tout s’écroule. » Dans le regard des aînés, la crainte que le village disparaisse n’est plus un simple cauchemar.
Les déchets, dernier rempart
Surprise amère : certains habitants utilisent les déchets rejetés par la mer comme protection. Bakary en fait un mur devant sa maison, qu’il recouvre ensuite de sable. « Sans ça, ma maison serait déjà partie », affirme-t-il. Mais ce rempart improvisé ne cache pas la réalité : la plage est devenue une décharge où eaux usées et ordures s’entassent.
Un SOS lancé à l’État
Les habitants accusent l’inaction des autorités et pointent du doigt les travaux du port de Dakar, qui selon eux, ont aggravé l’érosion. « L’État est aussi responsable », tranche un pêcheur. Pendant que les vagues continuent leur assaut, Thiaroye sur Mer se bat pour ne pas disparaître de la carte. Ici, on vit dans l’attente : celle d’une aide qui tarde… et celle de la prochaine tempête qui pourrait tout emporter.
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