Keur Madiabel : Le déplacement du « loumë »suscite des inquiétudes sur la mobilité et le manque de concertations


Depuis des générations, le « loumë » et de Keur Madiabel n’est pas qu’un simple lieu d’échanges commerciaux. Il est un cœur battant, un espace de rencontre entre les villages environnants, un repère dans le temps qui rythme la semaine des femmes transformatrices, des petits commerçants, des éleveurs et des paysans venus vendre le fruit de leur labeur. Le déraciner de son emplacement historique, c’est bousculer un équilibre social autant qu’économique, notent les acteurs commerciaux dans la zone estimant que nul ne conteste la légitimité d’une commune à vouloir se moderniser. « La Zone Économique de Développement (ZED) portée par la municipalité relève d’une ambition que l’on pourrait saluer. Mais une ambition, aussi noble soit-elle, ne peut se construire en tournant le dos à ceux qu’elle est censée servir », alertent-ils. 
 
Sur le terrain, les échos qui remontent des quartiers et des villages environnants concernent l’éloignement du site pose de réelles difficultés de mobilité, notamment pour les femmes et les personnes âgées qui n’ont pas toujours les moyens de financer un transport supplémentaire. Pour de nombreux petits vendeurs, dont la marge tient à quelques centaines de francs, chaque kilomètre ajouté est une charge de plus sur une activité déjà fragile. Certains évoquent aussi le manque de concertation en amont : une décision de cette ampleur, qui touche au gagne-pain de centaines de familles, méritait un dialogue franc et une appropriation collective avant sa mise en œuvre.
 
Le véritable développement territorial ne se mesure pas seulement à la superficie d’une zone aménagée ou à la modernité d’une infrastructure. Il se mesure à la capacité d’une gouvernance locale à porter ses administrés avec elle, à les écouter, à ajuster ses projets à leurs réalités quotidiennes. Certains habitants considèrent qu’un marché hebdomadaire déplacé sans accompagnement piste d’accès digne de ce nom, de moyens de transport adaptés, de période de transition suffisante risque de fragiliser précisément ceux que la ZED prétend faire prospérer.
 
Il ne s’agit pas ici, selon eux, de s’opposer au progrès, mais de rappeler qu’aucun progrès ne saurait se construire dos tourné à la voix de ceux qui en subissent les premiers effets. « Le maire Abdoulaye Diatta, qui s’est fait le porte-étendard d’une gouvernance moderne et digitalisée, gagnerait à faire preuve de la même exigence en matière d’écoute populaire : organiser des concertations de quartier, ajuster le calendrier de transition, accompagner les commerçants les plus vulnérables », s’est exprimé un des habitants qui fait partie de ceux qui rejettent la posture du maire. Selon lui, Keur Madiabel mérite son développement. Mais ce développement doit se faire avec ses fils et ses filles, et non malgré eux. C’est là, et seulement là, que la Zone Économique de Développement pourra véritablement porter son nom.
 
Samedi 1 Août 2026
Dakaractu



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