Éruption volcanique dans les îles Canaries – conséquences pour l’Afrique et le volcan des Mamelles : l’expert Pape Goumba Lo dit tout

L’éruption volcanique de Cumbre Viejo, une des îles Canaries a attiré l’attention des volcanologues du monde. Les spécialistes pour calmer la peur et dissiper les inquiétudes ont pris la parole pour expliquer ce phénomène naturel qui n’est pas un effet de surprise parce qu’ils s’y attendaient. Pour voir plus clair, Dakaractu a donné la parole au Géologue et expert en prévention des risques naturels pour comprendre davantage. Très à l’aise, le professeur Pape Goumba Lô a expliqué le phénomène. Il est revenu sur la relation entre les différents volcans qui sont dans l’Atlantique avec celui qui dort tranquillement dans les Mamelles de Dakar. Toutefois il rassure que cette éruption n’a aucune incidence sur ce volcan qui poursuit son sommeil profond.


Quelles sont les causes de cette éruption volcanique ?

 

C’est un phénomène naturel, comme celui qui se passe actuellement à la République du Cap-Vert à Fogo. En réalité, il s’agit de manifestations consécutives à l’ouverture de l’Océan Atlantique. Les îles Canaries sont presque sur la même ligne que les îles du Cap-Vert. Donc ce sont des manifestations volcaniques liées à l’existence d’un point chaud qui est entre le centre de l’Atlantique où se trouve la zone d’expansion, la zone où l’Atlantique est en train de s’agrandir entre l’Afrique et l’Amérique du Sud. Et donc cette zone des îles du Cap-Vert et des îles Canaries et si on descend un peu au sud vers les îles de Sainte Hélène, sont sur la même ligne. C’est une ligne en compression, parce qu’il y a une ouverture de l’Atlantique, qui continue à s’ouvrir et il des mouvements tectoniques à l’intérieur de l’atlantique et ça crée des phénomènes volcaniques.

 

Toutes les îles qui se trouvent sur cette ligne sont-elles menacées de disparition ?

 

Non pas de disparition ! Au contraire, il va y avoir des îles qui vont se former de plus en plus. Quand le volcan se met en éruption, il y a de la lave, du liquide qui était à l’intérieur et quand ce liquide arrive à la surface, il se refroidit, et ça donne de nouvelles terres. Donc ce sont des îles en expansion, qui sont en train de grandir. Si je prends aujourd’hui l'exemple de l'île de Brava en République du Cap-Vert, qui est le plus à l'ouest des îles du Cap-Vert, cette île n’existait pas il y a vingt ans trente ans. Donc elle est née suite à une éruption volcanique, tout comme le Cap-Vert c’est-à-dire, Dakar, là où se trouvent  le Plateau, les Mamelles, les Almadies, Mermoz. Tout ça n’existait pas avant l’éruption volcanique  du tertiaire qui a donné, l'île de Gorée, les Madeleines et Cap Manuel et plus tard au quaternaire, il y a eu les mamelles, donc Ouakam, la Pointe des Almadies, Mermoz, tout ça sont formées à la suite d'une éruption volcanique. À chaque fois qu’il y a des éruptions volcaniques, il y a de nouvelles terres qui se 

forment dans la mer.

 

Pourquoi la lave est fluide ?

 

Elle est fluide parce qu’il y a plusieurs types de lave. Il y a des laves qui sont acides, qui coulent très peu, qu’on appelle visqueuses, il y a très peu de gaz. Mais dans le cas de ces éruptions volcaniques que nous voyons actuellement dans les îles Canaries, ce sont des laves de types intra plats et c’est des laves qui sont très riches en gaz, notamment en soufre et gaz carbonique. Ces laves quand elles renferment beaucoup de gaz, elles sont fluides. C'est-à-dire qu'elles coulent plus vite, elles ont des vitesses qui vont de 60 à 120 Km, alors que les laves qui sont acides et visqueuses font à peine 250 à 300 mètres par heure. 

 

Ce sont des laves qui entraînent de grandes distances en quelques heures. Tous ces phénomènes étaient prévisibles. Ce ne sont pas des surprises parce que pour nous les volcanologues, c’est prévisible et on sait quelles sont les zones qui vont être en éruption dans les semaines ou mois à venir.

 

Peut-on dire que nous sommes à l’heure des éruptions volcaniques ?

 

Oui ! Chaque année, partout dans le monde, il y a des zones qui sont sous risque d’éruption volcanique. On le sait. Vous avez entendu à côté de ces éruptions qui sont dans les îles Canaries et il y a eu des éruptions en Italie et tout autour de la méditerranée en Grèce, en France et au Nord de l’Afrique, il y a des éruptions volcaniques qui sont prévues. On ne sait pas pour quand, mais il y a des surveillances qui se font. Et quand on étudie l’augmentation des gaz et on regarde les mouvements de terrains, soit en hauteur ou en latéral, on peut savoir l’évolution du magma à l'intérieur  de la chambre antique et on peut aller jusqu’à dire que dans quelques années, dans quelques mois ou dans quelques jours, ça peut venir. Je me rappelle lors de l’éruption du volcan de Fogo en 1995, je terminais ma thèse en 1988 sur l’éruption des Mamelles est-ce possible, on avait convenu que les Mamelles dormaient de plus en plus et ce sont les volcans de Fogo et de Braga qui vont se réveillenouvelle r. Parce que c’est le même système volcanique. Il y a un point chaud qui est parti de l’Afrique et qui continue à l’intérieur des îles du Cap Vert. 

 

Nous nous sommes dits, comme celui des mamelles dort tranquillement alors c’est quelque part en Afrique, dans les îles du Cap Vert qu’il y a quelque chose qui est en train de se préparer. On a vu que le « volcan de Fogo » est en train de changer en termes de morphologie, en termes de chaleur. On fait de la géothermie pour voir la chaleur de la terre, c’était en train d’évoluer vers une physio-éruption. Mais e 1988, on avait dit que le volcan de Fogo allait se réveiller avant l’an 2000. On a commencé à surveiller et en 1989-1990, on s’est rendu compte qu’il allait se réveiller vers 1995-1996. C’est en 1993, que nous sommes rassurés qu’il va se réveiller en 1995. Et le 1er janvier 1995, après plusieurs surveillances jours et nuits, on s’est rendu compte qu’il allait se réveiller et le 22 septembre 1995 à partir de 16 heures les premiers gaz ont commencé à sortir.

 

Il y a des éléments d’analyse de suivi qui permettent de suivre la terre, de prévoir les changements climatiques, les inondations, c’est le suivi des sciences de la terre.

 

Quelles sont les conséquences que peuvent produire la lave une fois en mer ?

 

Non, il n’y a pas de problème. Une fois en mer, la lave c’est 1200 degrés, la température de l’eau va monter très rapidement, l’eau va se transformer très rapidement en gaz. C’est ce qu’on appelle des explosions de cendres volcaniques. L’eau va pulvériser et elle va se refroidir très rapidement à l’air se transformant en gouttelette de gaz qui vont retomber sur la côte. C’est ce qu’on appelle de la terre noire. Ça sera quelque chose de très explosif au sens de dire, on passe de la phase liquide à la phase gazeuse.

 

Vu l’évolution et la progression de la lave, peut-on s’attendre à un méga-tsunami dévastateur ?

 

Non, non, non. Les tsunamis généralement sont projetés par un tremblement de terre et non par des volcans. Sauf si le volcan est sous-marin qui peut créer des tremblements de terre. Mais ici, à ma connaissance c’est un volcan continental qui est sorti d’une colline et qui coule vers la mer.

 

Quels sont les conséquences pour l’Afrique, plus précisément pour le Sénégal ?

 

Il n’y a pas de conséquences directes. À ma connaissance,  la conséquence la plus directe c’est vers le Maroc qui est en face des Îles Canaries. Il peut avoir de légères secousses sismiques dues aux failles enregistrées dans les îles Canaries, le Maroc, le Sahara occidental. Comme il y’en a eu vers les années 1984-1990 dans les îles du Cap-Vert qui étaient en éruption. On sentait le mycrosismique au Sénégal que les gens n’ont pas senti sauf les chercheurs qui avaient des appareils.

 

Donc le volcan qui sommeille dans les Mamelles n’est pas inquiété ?

 

Non, non  non, il n’est pas inquiété. Au contraire, il se repose de plus en plus, et il n’y a pas d’inquiétude en terme de volcan. Mais si c’était les îles du Cap Vert qui étaient en éruption jusqu’à un certain niveau, on pourrait sentir les secousses jusqu’ici. Généralement c’est des secousses qu’on sent le long de la côte et ça affecte les maisons, surtout les édifices qui sont sur la corniche, etc... Au Sénégal, il n’y pas lieu de s’inquiéter.

 

J’ai étudié le volcan de Dakar durant 4 ans et j’ai traversé pour étudier ceux des îles du Cap-Vert pour voir leurs relations, j’ai dit plus les irruptions sont fortes aux îles du Cap-Vert, et plus nous devons être rassurés pour dire que c’est la même lave, c’est le même point chaud qui est en train de s’exprimer à l’ouest. Et ce sont les volcans qui sont à l’ouest des Îles du Cap-Vert qui bougent. C’est des volcans qui étaient en éruption avant celui de Fogo qui dort petit à petit et c’est celui de Brava qui prend le relais.

 

Par contre si la Méditerranée était en train de bouger, tous les volcans, l’Etna, le stromboliens, si tous les volcans d’Italie et de la France bougeaient, on pourrait avoir chez nous des mouvements de tremblements de terre...

Samedi 25 Septembre 2021
Dakaractu



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