Chers camarades enseignants, de la mesure en toute chose !


L’implication personnelle du Chef de l’Etat dans la crise scolaire s’est traduite par une audience au Palais le 30 mars 2018. Cette rencontre, à la demande pressante du G6, s’est déroulée dans une ambiance conviviale marquée, par moment,  de rires.  Aucune tension ni crispation n’a été notée tout au long de la rencontre. Du côté de la partie syndicale comme du côté du Gouvernement tout le monde était détendu. En somme, l’esprit était positif. Les résultats de la rencontre ont été remarquables. Le Président de la République a pris la décision bienveillante et ultime de revaloriser l’indemnité de logement des enseignants qui passe de 60 000 à 85 000 FCFA. Pour les corps émergents, le Chef de l’Etat a décidé d’ajouter 10 000 francs à leur salaire. Cette décision entrera en vigueur à partir d’octobre 2018 à l’issue de la loi de finance rectificative qui sera soumise à l’Assemblée nationale très prochainement. En l’espace de 4 mois, le cumul des augmentations au profit des enseignants va se chiffrer à 35 000 FCFA. Ceci constitue une avancée sans précédent dans le partage des fruits de la croissance économique au bénéfice des travailleurs que sont les enseignants. S’agissant du paiement des rappels de validation, d’avancement et d’intégration, le Président de la République a retenu un plan d’apurement de tous les dossiers en instance sur 3 ans à raison de 20 à 25 milliards de francs CFA par ans. A cela s’ajoute la baisse de l’impôt sur les salaires évaluée à 40 milliards de francs CFA. S’agissant de l’habitat social, une enveloppe de 3,5 milliards est prévue pour l’aménagement des ZAC afin de permettre aux enseignants de disposer de leurs terrains. Pour le crédit DMC, une enveloppe mensuelle de 2 milliards sera débloquée chaque mois pour régler les conventions signées jusqu’en 2016.
 
Au terme de la rencontre, les syndicalistes avaient remercié le Chef de l’Etat pour l’audience qu’il leur a accordée, pour l’écoute attentive et pour les décisions majeures qu’il venait de  prendre et qui allaient dans le sens d’une décrispation et d’un apaisement de l’espace scolaire. Ils avaient aussi reconnu les efforts fournis par le gouvernement et remercié le Premier Ministre pour les diligences apportées à certaines questions notamment celles relatives aux maîtres d’éducation physique et sportive et aux administrateurs scolaires. A la demande de lever le mot d’ordre de grève, le G6 avait simplement indiqué qu’il allait rendre compte à la base qui l’avait mandaté. Cette démarche était logique du point de vue syndical. Cependant, pour quelqu’un qui connait la dynamique des luttes syndicales, cette posture des secrétaires généraux des syndicats du G6 était une fuite en avant et du dilatoire pour entretenir le suspense et la confusion. Les propos du secrétaire général du SUDES rapportés par le journal Enquête du 12 avril 2018 confortent cette thèse. Voici ce que disait Amadou Diaouné : « Un leader syndical doit assumer ses responsabilités. Mais on voit une nouvelle tendance qui consiste à tout renvoyer à la base. Du temps d’Iba Ndiaye Diadji, quand on devait négocier, on demandait les minimums acceptables. De ce fait, on prenait des décisions en toute responsabilité.» Sous ce rapport, on se demande pourquoi les secrétaires généraux des syndicats du G6 n’ont pas rejeté les propositions du Chef de l’Etat et ont choisi de les renvoyer à leurs mandants alors qu’ils avaient toujours rejeté celles du gouvernement sans l’aval de la base. C’est parce que justement ils n’ont pas eu le courage de décider. Par conséquent, il fallait faire porter la décision à la base pour mieux continuer les manœuvres. Nous savons tous que dans la lutte syndicale, la stratégie est l’affaire des dirigeants. La base, quant à elle, fixe des objectifs et attend des résultats. Quand des résultats sont atteints on les sécurise et on prépare d’autres luttes. La stratégie du tout ou rien n’a jamais été une forme de lutte syndicale pertinente. Elle est même suicidaire !
 
Ainsi, l’hypothèse d’une nouvelle stratégie concoctée dans d’autres espaces est une forte probabilité dans la mesure où certains enseignants avaient déjà annoncé la poursuite du 6ème plan d’action même si la grève devait être arrêtée. Les radicaux du mouvement avaient donc donné le ton bien avant l’assemblée générale prévue le mercredi 11 avril. Comment alors ne pas penser qu’il y a des calculs et des non-dits? Sommes-nous toujours dans le domaine syndical ? Quelle est la pertinence de vouloir continuer la grève tout en se gardant de dire qu’on rejette les propositions qui ont été faites par l’autorité ? Ce n’est qu’après les assemblées générales sectorielles du mercredi que le G6 a publiquement indiqué qu’à l’issue de l’appréciation du procès-verbal de la rencontre avec le Chef de l’Etat, les enseignants avaient rejeté les propositions et avaient demandé le respect des accords signés. Quel est le contenu de ce procès-verbal visé ? Je précise, à l’endroit de l’opinion, qu’aucun procès-verbal n’a été validé par les présents à la rencontre. Pour qu’un procès-verbal puisse être un document de référence, il faudrait qu’il soit validé par les parties prenantes. Qu’elle soit une réunion ou toute autre instance de délibération ou de décision, le procès-verbal représente les minutes de la réunion et traduit fidèlement les propos de ceux qui ont pris la parole. Il faut alors publier ce procès-verbal auquel le G6 fait référence ou l’envoyer à la partie gouvernementale pour plus de transparence. Cependant, le G6 peut faire un compte rendu des points évoqués ou des décisions prises au cours de cette rencontre du 30 mars 2018. C’était d’ailleurs la demande qui avait été formulée par les secrétaires généraux des syndicats du G6. Ce qui clair, c’est qu’au niveau actuel où nous sommes, la grève ne peut plus être justifiée par le respect des accords car cet argument n’est plus d’actualité. Les deux principaux points relatifs à la carrière des enseignants et à l’indemnité de logement qui ont cristallisé les passions et qui ont été portés par le G6 lors de la rencontre du 30 mars, ont été pris en charge par les propositions du Chef de l’Etat. En plus de ces deux questions, le G6 avait posé les points concernant les passerelles professionnelles et la création du corps des administrateurs scolaires. Pour les passerelles professionnelles, un décret a été déjà signé dans ce sens. S’agissant de la création du corps des administrateurs scolaires, l’idée a été retenue et le gouvernement trouvera la modalité de mise en œuvre adéquate. Il faut enfin ajouter la médiation du Khalif général des Tidianes, Sérigne Mbaye Sy Mansour qui a rencontré les représentants des enseignants le dimanche 08 avril 2018. Le Guide religieux s’est impliqué personnellement et a pris l’engagement de parler au Président de la République pour trouver une sortie de crise.
 
Au total, il y a des raisons objectives pour mettre fin à cette grève qui n’a que trop duré. Curieusement les sénégalais constatent, pour le regretter, que la grève continue. Pourquoi solliciter l’arbitrage de la plus haute autorité de l’Etat quand on sait que ses propositions ne seront pas acceptées? Auprès de qui les enseignants vont-ils introduire un recours pour trouver satisfaction quand on sait que la décision du Président de la République est celle de la dernière instance ? Pensent-ils négocier directement avec le Chef de l’Etat ? Savent-ils qu’un Président de la République procède à des arbitrages et non à des négociations ? Pourquoi le G6 n’a pas donné une suite favorable à la demande du Khalif général des Tidianes ? Les enseignants vont-ils retourner les 15 milliards d’augmentation de l’indemnité de logement ? Vont-ils refuser le paiement des rappels ? Que cherchent-ils finalement? Jusqu’où iront-ils ? Voilà autant de questions qui méritent des réponses claires et précises de la part du G6.
 
Aujourd’hui le moment est venu de faire tomber les masques. La FEDER, un autre regroupement d’enseignants a rencontré un leader d’un parti politique qu’elle a présenté comme le meilleur candidat à l’élection présidentielle de 2019. No comment !
 
Au début de la grève, les enseignants parlaient de respect des accords en faisant appel au principe d’équité de la loi 6133 régissant les agents de la fonction publique. Très vite, ils ont abandonné cet axe de communication parce qu’ils savent que l’équité (à chacun ce qui lui revient) n’est pas l’égalité (partage égalitaire). Le deuxième argument faisait référence aux accords qualifiés, à l’époque, de réalistes et réalisables par le Gouvernement. Celui-ci n’a pas résisté à la critique car réaliste (qui n’est pas utopique) et réalisable (qui peut être mis en œuvre) ne renvoie pas à ce qui doit être fait tout de suite et maintenant.
 
Après plusieurs jours de grève, les enseignants ont choisi de mettre l’accent sur l’indemnité de logement. C’est ainsi que ce dernier a été identifié comme le point essentiel des discussions avec le Gouvernement. Ce dernier avait proposé successivement une augmentation de 20%, 22% et 25% de l’indemnité de logement. Ce que la partie syndicale avait rejeté systématiquement et séance tenante.
 
Ce qu’il faut savoir c’est que l’indemnité représentative de logement des enseignants a été octroyée, à l’époque, aux instituteurs en vertu de leur mission d’officier d’état civil dans les villages. Après plusieurs luttes syndicales cette indemnité a connu les progressions suivantes : 2500 FCFA en 1967, 7500 FCFA en 1969, 12500 FCFA en 1970. En 1981, les états généraux de l’éducation et de la formation ont reconnu la nécessité de la généraliser aux enseignants titulaires du 1er et du 2ème degré et de l’augmenter jusqu’à 25000 FCFA. En 1985, l’indemnité a été élargie à toutes les catégories d’enseignants. En 1989, elle est portée à 30 000 FCFA, puis à 35 000 FCFA en 1991, ensuite à 40 000 FCFA en 2003 et à 60 000 FCFA en 2007.
 
Ce qu’il faut aussi savoir des crises scolaires à travers notre histoire c’est qu’elles sont très liées à l’élection présidentielle. En 1983 soit deux ans seulement après l’arrivée d’Abdou Diouf au pouvoir, le système éducatif a connu des perturbations. En 1988, date d’une élection présidentielle, notre système éducatif a connu une année blanche. En 1993, autre date d’une élection présidentielle, notre système éducatif a connu « une année invalidée ». En 2000, date de la première élection présidentielle la plus disputée, l’école sénégalaise était en crise. En 2007, date d’une autre élection présidentielle, notre école a échappé de justesse à l’année blanche. En 2012, date de la dernière élection présidentielle, l’école sénégalaise a traversé une crise profonde au point qu’il a fallu un sauvetage in extremis pour échapper à une année blanche.
 
Aujourd’hui, cette même école traverse une zone de turbulence qui doit interpeller chaque citoyen. Chaque enseignant doit aussi prendre ses responsabilités devant l’histoire.
 
CHERS CAMARADES ENSEIGNANTS, DE LA MESURE EN TOUTE CHOSE !
Diamé DIOUF
 
Dimanche 15 Avril 2018
Dakar actu



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter



Dans la même rubrique :
QUI EST EN CRISE !

QUI EST EN CRISE ! - 17/07/2018