Visite - L’éducation et le développement : le pragmatisme du Président Macron


Visite - L’éducation et le développement : le pragmatisme du Président Macron
Le génie  physicien, ou géophysicien a réussi à construire des ponts, des routes alors que dans le même temps le génie politicien ou le génie économiste n’arrive toujours pas à trouver  une stratégie de développement pour le continent africain qui traine toujours du pied à se développer. Plusieurs tentatives pour le développement,  que ce soit à travers le FMI, la banque mondiale,avaient estimé, il y’a quelques années que le modèle de développement qui a fonctionné dans les pays du nord pouvait être transposé dans les pays du sud.

         A ce sujet, l’économiste américain Rostow avait préconisé la succession d’une étape à une autre pour accéder au développement, comme si le développement devait être une rencontre d’étapes  évolutionnistes et que de toutes les façons si cela s’avérait vrai, l’Afrique serait condamnée et que son développement  ne serait pas à l’ordre du jour, puisque ce modèle linéaire est souvent entravé par des conflits, par des guerres.

        Le développement de l’Europe est le fruit entre autres de beaucoup d’efforts et  de savoir depuis la révolution industrielle jusqu’au début du 20ème siècle, l’Europe ne s’est développée que parcequ’au-delà, il y a une conscience orientée vers l’action. Par conséquent, le développement ne saurait se faire sans une conscience, sans le facteur qualitatif, le facteur humain que l’économiste Hirschman ait été amené à mettre l’accent et qu’aujourd’hui Emmanuel Macron  compte prioriser avec l’Afrique, dont l’agenda à l’occasion de sa visite imminente à Dakar est inscrit sous le sceau de l’éducation.

        Le facteur humain est indispensable pour le développement, on sait que l’éducation conduit  à consommer autrement, l’éducation crée l’élite sociale, et une élite sociale à tendance à se reproduire.

 L’éducation permet de maitriser les naissances au sens Malthusien du terme, et enfin l’éducation crée des ressources humaines qualifiées utiles et indispensables pour le développement d’un pays.

C’est en gros et pour la première fois de l’histoire qu’un Président de la 5e République inscrit sa visite dans un secteur aussi important, voire essentiel pour le développement de nos pays : l’éducation

En effet, on ne saurait trop insister sur les progrès résultant ces dernières années de la dévolution par la France d’une nouvelle politique ambitieuse à l’égard de sa coopération avec l’Afrique, mais de-là à mettre l’accent sur l’éducation mérite qu’on s’y retarde de près puisque cela peut résulter du pragmatisme du Président Macron qu’on lui reconnait et par-delà , la quintessence même de la solution du développement économique de l’Afrique.

Sans trop nous attarder sur les contours de ce programme africain de la France, disons juste qu’il s’inscrit dans une nouvelle dynamique de coopération économique dont les tenants et les aboutissants découlent de la nécessité d’endiguer la perte de vitesse  de l’ancienne métropole à l’égard de ses anciennes colonies face à l’offensive Sino- Américaine, étant entendu que tous les spécialistes sont unanimes sur le terreau fertile du marché Africain compte tenu de son boom démographique et de ses perspectives de croissance.

Cette visite officielle s’inscrivant alors dans ce sillage, il va falloir déterminer le sens et la portée de cette offre Française, qui nous plonge  d’emblée dans une appréciation positive de celle-ci, dont nous nous efforcerons d’apporter quelques éclairages nécessaires sur le rôle de l’éducation dans le processus de développement.

L’éducation a joué un rôle fondamental dans la révolution culturelle qui a été à l’origine de la transformation de l’Europe à partir du 16ème du siècle, à travers une hausse continue du taux d’alphabétisation, à travers une maitrise de la démographie favorisée elle-aussi par la scolarisation des femmes.

C’est d’ailleurs eu égard à ces effets bénéfiques, que les spécialistes de l’économie du développement parmi lesquels, on peut citer Stiglitz, avait appelé à la généralisation de l’alphabétisation et à la scolarisation universelle.

Colin clark, qui dans le cadre d’un long débat sur la remise en question de la conception traditionnelle limitant les sources de la croissance au travail et au capital,  avait identifié ce qu’il appelait un mystérieux «unspecified factor »  qui contribuerait à accroitre la croissance,

L’économiste Africain Abdoulaye Wade avait perçu ce facteur comme étant l’éducation et le savoir à travers son article qu’il intitulait «  les facteurs non spécifiés »

Par conséquent, le rôle de l’éducation sur le processus de développement n’est plus à démontrer et doit resterle préalable à toute stratégie, à tout programme,  si l’Afrique veut raccourcir ce processus.

C’est en cela qu’il faut entrevoir l’action du Président Macron, qui fait montre d’une volonté et d’un pragmatisme à travers une nouvelle coopération Franco-Africaine axée prioritairement sur l’éducation, puisqu’il ne cesse à travers ses visites en Afrique de placer le curseur sur ce thème, comme en atteste sa communion il y a quelques mois de cela , avec les étudiants Burkinabé  dans un amphithéâtre de l’université Joseph Ki Zerbo de Ouagadougou.

Cependant, même s’il faut aussi remarquer, que le message du Président Macron n’a pas été bien compris par les Africains, même s’il faut l’avouer que cet appel découle certainement d’un programme de coopération de la France à travers ses anciennes colonies en vue de renforcer sa position et d’endiguer la concurrence des nouvelles puissances comme la Chine, ou L’Inde à travers l’éducation, qui lui permettra à coup sûr d’asseoir un avantage comparatif pour parler comme Ricardo à travers la langue commune, il y a lieu pour l’Afrique de saisir cette perche tendue et d’en faire, une locomotive d’accélération de la croissance à travers des programmes de coopération universitaire,  des programmes de renforcement des capacités, des programmes de formation sur le numérique, sur la robotique, sur l’intelligence artificielle, qui seront dans quelques années des nouvelles filières qui révolutionneront le monde.

Dr Ousseynou Babou

Expert en Politique de développement

Ancien conseiller à la présidence de la République du Sénégal  
Mardi 30 Janvier 2018
Dakaractu




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