Une dédicace pas comme les autres ! Quand Macky Sall élève Yakham Mbaye au rang de «soldat, compagnon et combattant»




Très connecté aux réseaux sociaux, le ministre Yakham Mbaye a posté sur sa page Facebook un texte et un document qui illustrent avec éloquence la particularité des liens qui l'unissent au Président de la République et du parti au pouvoir, l'Alliance pour la République (Apr).
Dans la capitale française où il était avec Macky Sall pour les besoins de la réunion du Groupe consultatif de Paris, ce dernier lui a fait une dédicace dont le contenu fort élogieux a manifestement ému le Directeur général du quotidien gouvernemental, Le Soleil.
«Paris, le 17 décembre 2018.

Au Soldat Yakham Mbaye, Compagnon de lutte, jeune frère et combattant de la liberté» a écrit Macky Sall sur l'exemplaire de son livre «Le Sénégal au cœur» offert à Yakham Mbaye, le journaliste devenu politicien tout aussi polémique, même s'il s'est beaucoup assagi depuis sa sortie du gouvernent en septembre 2017.

Yakham Mbaye qui, deux jours auparavant, avait posé un acte qui illustre à souhait son attachement depuis les années 90 à Macky Sall et, nous dit-on, qui a particulièrement ému ce dernier : donner le nom de sa fille à sa mère et à celle du Président rappelée à Dieu en 2007.
Seulement, en dépit de la force et du caractère élogieux du propos du leader de la majorité présidentielle à son endroit, Yakham Mbaye, dans son post sur Facebook, l’a apprécié certes avec émotion, mais beaucoup d'humilité, allant jusqu'à se demander s'il mérite pareil témoignage.

Dakaractu vous propose le texte en question :

Merci grand-frère

Une phrase courte, mais dense, et qui véhicule l'expression de la générosité peu commune de son auteur.

Je vais être honnête ! En cette nuit glaciale dans Paris, le 17 décembre 2018, sur le chemin du retour à mon gîte, après un round-up avec lui à la Résidence axé sur une journée empreinte d’un éclatant succès économique pour le Sénégal au plan international, nullement entachée par des quolibets échangés avec quelques représentants d’une opposition errante, je n'ai pas manqué de me poser une question : est-ce que je mérite pareil témoignage ?

Il s'était écoulé une heure depuis qu'il m'avait tendu ce livre sur quelque page duquel il avait entamé son écriture en murmurant : «Au soldat !». Tout de même, je ne pouvais, je n'osais imaginer la teneur de la dédicace qu'il allait y inscrire.

Une interrogation honnête ! Car, depuis bientôt un quart de siècle, de Derklé au Palais, en passant par Fann-Résidence et Mermoz, manifestement, je n’ai pas été toujours à la hauteur des obligations et exigences d’une relation dans laquelle se mêlent fraternité, amitié, engagement militant.

Certes, à ses côtés, en des moments extrêmement périlleux sur lesquels pesait une chape de solitude et d’incertitudes, j’ai fait face. De même, la vérité commande de dire que, par deux fois, en 2006 et 2013, la vanité, voisine de palier de l'immaturité, et que l'impétuosité pousse souvent à son paroxysme, m'avait conduit à la défiance et mis au ban.

Mais, apparemment, aujourd’hui, à ses yeux, mes travers n’ont pas consumé le bénéfice d’autres actes ayant illustré mon indéfectible attachement fraternel et mon réel dévouement à l’endroit de celui qui n’a jamais cessé d'être un protecteur, un conseiller et un bienfaiteur.

«Soldat» ?

J'ai toujours revendiqué ce statut, sans oser pousser la prétention jusqu’à penser l’écrire avec un s majuscule.

«Jeune frère» ?

Indiscutablement ! Je crois l’avoir toujours été.

«Compagnon de lutte» ?

Assurément. Mais, certainement pas à la hauteur d’une cohorte d'illustres baroudeurs, authentiques républicains, totalement engagés et désintéressés, qui, hier, entre 2008 et 2012, lorsque ce fut incertain et incommodant, avaient fait preuve d’une singulière témérité. Aujourd’hui, nombre d’entre eux ont rejoint l’Au-Delà ; des vivants, revêtus du manteau de l’humilité, volontairement passés à l’anonymat, éloignés de la gestion des affaires de la Cité, ne revendiquent ni leurs faits d'armes ni ce que d’aucuns assimilent à un titre de gloire : «membre fondateur». Pourtant, que n’ont-ils pas accompli lorsqu'il s’est agi de «deekal ngorr» face à la tentation monarchique ! En falotiers, ils ont allumé tant de réverbères qui ont éclairé les chemins du combat jusqu’à la victoire. 
Des souvenirs et postures que l’auteur des mots à moi destinés ne se lasse de convoquer lorsque le narcissisme orchestre nos dires et gestes.

«Combattant de la liberté» ?

Toujours et jusqu'au dernier souffle. En toutes circonstances, par la plume et le verbe, pour être libre de dire NON, par exemple.

En somme, cette seule phrase grosse de quatorze mots pèse, à mes yeux, plus que tous les décrets, et m’oblige définitivement à m’améliorer, à aspirer à être meilleur, pour mériter véritablement son contenu.

Mercredi 19 Décembre 2018
Dakaractu




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