Mohamed Fallou Sène : C’est la violence qu’on doit faire taire ! (Par Oumou Wane)


 Mohamed Fallou Sène : C’est la violence qu’on doit faire taire ! (Par Oumou Wane)
Qui était Mohamed Fallou Sène ? On peut répondre sans se tromper un garçon plein de promesses, espoir de la nation, fierté de ses parents. "J'ai perdu un fils exceptionnel..."  C’est la réaction du papa de l'étudiant. 
 
Pourquoi et comment est-il mort ? Si les responsabilités morales semblent ici nombreuses, la faute avouée est celle du gendarme qui aurait du de toute évidence tirer en l’air des coups de sommation et dont la thèse de la légitime défense ne convainc personne !
 
Ces charges sont bien sûr partagées par les autorités ou les organismes financiers qui n’ont pas versé à temps les bourses, mais aussi, par les étudiants les plus virulents eux-mêmes, aux comportements irresponsables, qui ont blessé des gendarmes et saccagé des édifices publics.
 
Ce qui s’est passé à Saint Louis est vraiment malheureux car le décès d’un être humain est toujours douloureux. Nous devons déplorer la souffrance des victimes des deux côtés mais également nous insurger contre l’indiscipline généralisée et la violence de certains étudiants face aux forces de l’ordre dont la mission est de protéger les personnes et leurs biens. Les gendarmes blessés aussi ont une famille. La gendarmerie est le corps le plus formé dans l’armée et en dehors de cette « bavure », car il faut bien appeler ça une bavure, il n’y a pas des victimes innocentes d’un côté et de méchants bourreaux de l’autre.
 
Ne soyons pas hypocrites, il nous faut reconnaître que les étudiants sont eux aussi violents et qu’ils devraient changer leur façon de lutter, même si dans ce cas, il s’agit d’un combat pour survivre et se nourrir. C’est de l’irresponsabilité et de la cruauté d’avoir poussé les jeunes à la révolte, ce matin là à Saint-Louis ! 
 
Oui, ce n’est pas la jeunesse qu’il faut museler, c’est la violence qu’on doit faire taire !
 
Pour la défense de nos jeunes, je veux dire ici que je les comprends ! Est-ce qu’ils vivront mieux en 2019 qu’en 2012 ? Je me pose parfois la question. Leur lassitude n’est pas que passagère et c’est le désespoir de cette jeunesse qui enflamme notre pays aujourd’hui. «Chômage», «ennui», «précarité» sont les mots déprimants auxquels s’associent les jeunes car ils ne savent pas où ils vont, quand ils ne choisissent pas l’émigration clandestine pour que le désespoir laisse la place au deuil.
 
Cette jeunesse en a assez, il lui faut de l’espoir, du rêve ! Si vous permettez ce néologisme, il lui faut des révalisations, au delà des réalisations ! Bien sûr beaucoup de choses sont faites et se font mais c’est la pertinence des urgences qui déroute ! La priorité est de veiller à l’éducation et à la santé de notre jeunesse, de l’armer physiquement et moralement, de bannir tout ce qui l’incite à la violence. Oui, des milliards sont engloutis dans ces secteurs mais cela doit se voir, se sentir, se vivre !
 
Protégeons notre jeunesse de l’obscurantisme et de ceux qui dévoient son avenir…
A ce sujet, félicitons le Ministre Amadou Ba, bien qu’au centre d’en emballement politico médiatique, j’ai lu ce matin qu’il avait invité un grand professeur de philosophie aux parcelles assainies ce week-end pour dispenser aux jeunes qui préparent le Baccalauréat, une révision intégrale des cours de philo de terminale … Oui, voici ce que l’on attend de nos ministres et directeurs généraux, aider à former et à protéger le meilleur capital de notre pays, notre jeunesse…
 
En Conseil des ministres, mercredi 16 mai, le chef de l'État a demandé à l'Inspection générale d'État (Ige) de passer à la loupe le système de gestion des bourses des étudiants. À peine une semaine après, selon les conclusions de l'Igf, on découvre qu’il y aurait plus de 5 milliards de malversations et d’argent indûment versé à plus de 10 mille personnes depuis 2014.
 
Qui est responsable, qui est blâmable ? Que l’on aille au bout pour une fois et que les vrais coupables soient confondus.
 
Le pays devra malgré tout réussir à transformer cet échec collectif en opportunité et "le ballon" est dans le camp du Président de la République qui doit parler aux jeunes, leur montrer qu’il n’a pas trahi leurs idéaux, que l’espoir et le rêve d’hier sont toujours intacts même si le chemin est difficile. 
 
Oui c’est encore possible quelle que soit la profondeur du malaise et de l’incompréhension. A trois semaines de la Coupe du monde de football, il est urgent de panser les plaies des jeunes pour leur donner l’énergie de porter nos Lions, d’être eux-mêmes des Lions pour faire briller les couleurs de notre nation en Russie. Oui il nous faut un sursaut !
 
Reste que le jeune étudiant Fallou Sène est mort et même si en rajouter au concert de condoléances nationales ne le ramènera pas parmi les siens je lui dédie ces quelques mots et souhaite la paix à son âme si jeune.
 
Oumou Wane
 
 
Mardi 22 Mai 2018
Dakaractu




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