Les femmes musulmanes du Sénégal s’opposent à l’agenda du genre : « Nous préservons nos valeurs... »


Ce 29 novembre 2024 à l’Institut Islamique de Dakar, la plateforme nationale des femmes musulmanes "Ndeyi Askann Wi" a tenu une conférence de presse marquée par une prise de position ferme contre l’agenda du genre et les politiques qu’elles jugent contraires aux valeurs traditionnelles sénégalaises.

Face à ce qu’elles considèrent comme une « propagande déguisée », alternant les termes « violences faites aux femmes » et « violences basées sur le genre », les membres de la plateforme dénoncent une tentative de normalisation des idéologies qu’elles rejettent. Selon elles, ces concepts sont utilisés de manière intentionnelle pour créer des amalgames et faire passer des idées contraires aux normes morales et religieuses du Sénégal.

« Nous refusons la féminisation de la famille », ont-elles déclaré, rappelant que pour elles, la quintessence de la cellule familiale réside dans l’union entre un homme et une femme, conformément aux valeurs islamiques et humaines universelles.

La ministre de la Famille et des Solidarités a été directement interpellée : « Si vous choisissez l’agenda du genre, nous n’hésiterons pas à vous faire face », ont averti les représentantes de la plateforme, dénonçant ce qu’elles perçoivent comme une tentative d’alignement sur des protocoles internationaux qu’elles jugent contraires aux valeurs sénégalaises.

Elles ont également annoncé leur intention de consulter les chefs religieux pour discuter de ces « velléités d’harmonisation avec notre code de la famille », qualifiées de « protocole hérétique ».

Le discours a également ciblé l’influence des lobbies féministes et des organisations internationales, accusées d’imposer des idéologies étrangères au Sénégal. « Le Sénégal a cessé d’être la chasse gardée des coureuses de rançon onusienne », a-t-on entendu, dans une allusion directe aux initiatives onusiennes en faveur de l’égalité des genres.

En citant les critiques de figures religieuses et politiques, notamment le pape Benoît XVI ou encore des décisions de grandes puissances mondiales comme les États-Unis, la Russie et la Chine, la plateforme a appelé à une préservation des « valeurs humaines universelles » et au rejet de ce qu’elle appelle « la religiosité sans Dieu ».

La conférence s’est terminée sur un appel à restaurer le rôle traditionnel de la femme dans la société sénégalaise. « Nous nous marierons, nous enfanterons, et nous aimerons nos maris, à la folie », ont-elles proclamé, insistant sur leur attachement à la foi islamique et au respect des rôles prescrits par la religion.

Cette déclaration de la plateforme "Ndeyi Askann Wi" reflète une tension croissante entre certaines associations féministes islamiques et les initiatives nationales ou internationales perçues comme menaçant les valeurs culturelles et religieuses du Sénégal.

Une fracture idéologique persistante

Alors que le gouvernement sénégalais multiplie les efforts pour promouvoir les droits des femmes dans le cadre d’une égalité plus large, ces déclarations témoignent des divergences profondes entre les différentes sensibilités au sein de la société sénégalaise. L’avenir dira si ce dialogue complexe pourra aboutir à un équilibre entre modernité et tradition.
 
Samedi 30 Novembre 2024
Amadou Koundour 




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