Fin du marathon budgétaire / Débats d’idées et accrochages entre députés : Le double visage de la rupture du parlement…

L’installation des nouveaux députés de la 14ème législature a été le premier acte posé à l’assemblée nationale pour le mandat 2022-2027. Les élus de la dernière élection législative sont ainsi installés mais les travaux virent rapidement à la confusion avec des parlementaires qui se crêpent les chignons. Cette date du 12 septembre 2022 aura alors marqué la mémoire des sénégalais, eux qui s’attendaient à une véritable rupture. Après l’élection du président Amadou Mame Diop, s’en est suivie celle des vice-présidents, des secrétaires élus et des questeurs avec notamment, l’opposition qui se voit servie selon le règlement intérieur et qui parvient à talonner, le pouvoir parlementaire. Cette installation dans la douleur a été suivie de la mise en place des commissions puis des travaux de commissions qui ont précédé la plénière qui vient de s’achever ce vendredi.


Amadou Mame Diop, maire de la commune de Richard-Toll et ex directeur général de la Société d'aménagement de la petite côte (Sapco), n’a pas eu une tâche facile, en tant que président de l’assemblée nationale dans cet acte premier de la représentation nationale en plénière. Quel type de rupture ?  Il aura fallu un peu plus de 46 jours (travaux de commissions et plénière) d’échanges entre les députés de cette 14e législature pour finalement approuver le budget global du Sénégal pour l’année 2022-2023 qui tourne autour  de 6.400 milliards de francs CFA. Ainsi que des débats de fond, des discussions houleuses, parfois même, qui virent à des tensions entre parlementaires ont jalonné les premiers pas de cette nouvelle législature. Mais cela était prévisible au regard de cette nouvelle configuration qui est moins confortable pour  les députés de la mouvance présidentielle qui avaient l’habitude de discussions monologues, qui n’étaient pas toujours approfondies. Il a fallu  l’arrivée de nouvelles têtes comme Guy Marius Sagna, Ababacar Abba Mbaye, Abass Fall, Barthélémy Dias, Ayib Daffé, Ibrahima Diop, de la diaspora, Modou Bara Gaye ou encore Samba Dang, pour voir le camp du pouvoir réagir à travers Farba Ngom, Oumar Youm, président du groupe parlementaire, Cheikh Seck, Abdou Mbow. 


 Une opposition, pour imposer le débat contradictoire…
 

 C’est l’un des objectifs que l’inter coalition Yewwi-Wallu s’était fixés. Lors de la campagne électorale, c’est généralement, entre autres questions, l’instauration d’un débat plus approfondi à l’assemblée nationale et qui mette fin à ce qui est appelé « majorité mécanique  ». Dans la plupart de ses interventions, l’opposition parlementaire, plus spécifiquement Yewwi Askan Wi, sous la houlette du président du groupe parlementaire Biram Soulèye Diop, s’organise autour d’un bloc pour faire face à Benno dans les débats.

Dans une grande partie de leurs interventions, les députés de l’opposition réagissent dans un premier temps, pour des remarques sur les formes des rapports produits à l’issue des travaux de commissions. En effet, ces rapports déclinent les programmes des ministères et le budget qui leur sont alloués pour leur fonctionnement durant l’année en cours. Parmi les premiers parlementaires qui se lèvent pour faire des remarques dans ces rapports, on peut citer Guy Marius Sagna. Il répond toujours à l’appel pour donner des observations soit de nature rectificative, soit des omissions qui devraient figurer sur le rapport et qui n’ont pas été prises en compte. L’activiste qui continue son plaidoyer au sein de l’hémicycle est loin de se résigner même si parfois, il s'estime perturbé par certains collègues du camp adverse.
 

Mohamed Ayib Daffé, député de la coalition Yewwi Askan Wi et responsable politique à Sédhiou, ne mâche pas également ses mots. Il fait partie de ces parlementaires qui se démarquent de certains débats de personnes pour inviter à plus de rigueur dans le fond et la forme des rapports soumis à l’étude des parlementaires. On aura remarqué ses interventions rectificatives lors des passages des ministres comme Samba Ndiobène Ka du développement communautaire ou encore de Doudou Ka, ministre des transports aériens. Mohamed Ayib Daffé invite toujours ses collègues à plus d’ingéniosité dans la conception des rapports et même dans le pragmatisme pour le déroulement des politiques publiques que les différents ministres ont décliné devant les députés tout le long de la plénière.
 

Le député Ababacar Abba Mbaye, lui aussi membre de Yewwi évoluant aux côtés de Khalifa Sall dans Taxawu Dakar, prend ses marques dan cette 14e législature. Secrétaire élu, il est souvent sur des positions de principe. Abba Mbaye qui a pris la parole lors du passage de plusieurs ministres, fait partie des députés les plus modérés depuis le début de la plénière. Souvent pour recadrer certains de ses collègues de l’opposition ou même du pouvoir, le parlementaire est bien dans sa logique du maintien du débat démocratique dans l’hémicycle. Parfois, d’un air souriant et taquin, il s’épanche pour s'adresser aux collègues.
 

C’est tout comme le député Abass Fall, adjoint au maire de Dakar et président de la commission des énergies dans cette 14e législature. Le député, membre de Pastef est souvent considéré comme « un modérateur » au sein de la coalition parlementaire Yewwi Askan Wi. Souvent, il élève la voix pour s’indigner de certaines pratiques, et c’est le sourire au coin des lèvres pour faire revenir à la raison certains députés. Abass Fall, tout comme Barthélémy Dias, Birame Soulèye Diop, Ahmed Aïdara et Bara Gaye, peuvent être considérés comme des acteurs de la résistance par la parole. Ils ne veulent pas flancher en laissant des dérives continuer. Bref, ils considèrent bien, qu’à l’image des débats au cours des plénières, la rupture est bien en train d’être installée. Mais de quelle rupture parlent-ils ? La mouvance aurait bien sa propre appréciation.

 
Benno, la mouvance parlementaire toujours droite dans ses bottes…

 
La coalition parlementaire Benno Bokk Yakaar, en revanche, se dit sereine et toujours concentrée sur les préoccupations des sénégalais. Pour cette 14e législature, la majorité présidentielle a choisi Me Oumar Youm pour diriger le groupe parlementaire Benno Bokk Yakaar qui ne veut pas regarder s’étioler la mèche qui tire, depuis 2012, la vision du président de la République, Macky Sall. Dans cette coalition, de nouvelles têtes se sont jointes aux précédents parlementaires. On peut citer par exemple, le jeune Abdoulaye Diagne, remplaçant d’Amadou Ba, Matar Diop, remplaçant de Serigne Cheikh Mbaye de Touba ou encore Coura Macky qui a fait parler d’elle durant les 46 jours de rencontre entre les députés.
 

L’ancien ministre Abdoulaye Diouf Sarr, 1er vice-président de l’assemblée nationale, le Dr Malick Diop, aussi, vice-président, Abdou Mbow, Me Oumar Youm, Cheikh Seck, Farba Ngom, Seydou Diouf, Souleymane Ndoye sont maintenant ces députés qui font face à la dynamique de Yewwi et Wallu. Ils optent généralement pour un débat serein, objectif et rentable pour les mandants.
 

On aura remarqué, durant cette plénière, que le député Cheikh Seck, intervient souvent pour recadrer l'opposition, avec une intonation particulièrement incendiaire. Pour lui, la vérité, il faut la dire sous toutes ses formes et les appartenances politiques ne doivent aucunement empêcher de donner aux sénégalais la vraie information, notamment celles qui viennent des politiques publiques de l’État qui les interpellent directement car, étant les destinataires légitimes. Député socialiste et membre de Benno Bokk Yakaar, Cheikh Seck faisait partie de la précédente législature sauf qu’il a, pour cette 14e, une tâche beaucoup plus consistante avec les députés de Yewwi qui titillent la majorité présidentielle.
 

Le vice-président Abdoulaye Diouf Sarr est lui, loin des échanges polémiques. Très discret et toujours dans son coin aux côtés de son collègue, le docteur Malick Diop, ses interventions sont souvent d’ordre incitative et en guise de rappel aux ministres pour la consolidation des démarches visant à tenir compte de la perspective évolutive de la vision du chef de l’État pour une matérialisation rapide des projets déjà entamés. Abdoulaye Diouf Sarr s’inscrit souvent devant le pupitre dans une logique d’urgence au regard de la configuration du nouveau gouvernement, selon la volonté du président Macky Sall.
 

Pour Me Oumar Youm, il faut juste plus de cohérence de la part des parlementaires de l’opposition. Après les passages de ses collègues président de groupe parlementaire (Birame Soulèye Diop et Mamadou Lamine Thiam), c’est lui qui vient clôturer le débat avant que le ministre ne prenne la parole. Me Oumar Youm utilise ses 10 minutes non seulement pour parler de politique économique et sociale du gouvernement, mais aussi, pour inviter, en toute courtoisie, ses collègues de l’opposition à plus d’objectivité dans les débats et même dans le vote. C’est aussi, le cas de l’ancien vice-président Abdou Mbow qui, lui aussi, se joint à ses collègues du même groupe parlementaire, pour dénoncer certains actes de l’autre camp, parfois décrié.

 
Il faut également rappeler que cette législature débute effectivement avec la présence du député Farba Ngom qui, pour rappel, n’était pas fréquent à l’hémicycle. Le contexte est assez illustratif à ce niveau pour comprendre que le député-maire des Agnam doit bien être assidu. Farba Ngom qui se met toujours devant joue aussi au régulateur en cas de débordement et d’incidents. Il organise bien « ses troupes ». À côté de lui, pour citer aussi d’autres boucliers du président de la coalition Benno Bokk Yakaar, il y a Amy Ndiaye Gniby, Adji Mbergane Kanouté, Aïda Sow Diawara entre autres. Les jeunes aussi, toujours aussi présents comme Abdoulaye Diagne, Sira Ndiaye, Yéya Diallo ne font pas de cadeaux aux députés de l’opposition dans leurs prises de positions et  interventions souvent musclées.

Du camp des non-inscrits, on se rappelle de cette intervention d’Aminata Touré qui interpelle le ministre de la justice garde des sceaux sur la question du 3e mandat. Thierno Alassane Sall et Pape Djibril Fall, quant à eux, restent  fidèles à leurs positions.

 
L’affaire Amy Ndiaye Gniby, la tache noire…

 Après le fameux lundi 12 septembre 2022, c’est un autre incident qui a émaillé les séances plénières dans cette institution. Il s'agit de  l'agression de la députée Amy Ndiaye, maire de Gniby et responsable politique de Benno Bokk Yakaar. C’est en effet, le seul élément qui a ralenti la dynamique de la plénière qui était déjà bien partie. L’acte des deux députés de la coalition Yewwi Aska Wi sur leurs collègues a suscité le débat sur les violences faites aux femmes. Une énième indignation des femmes et particulièrement celles du parlement qui se sont prononcées en dénonçant ces actes des députés incriminés. Mais l’opposition a regretté ce manque de respect de leur collègue Amy Ndiaye Gniby qui s’adressait au leader du PUR, Serigne Moustapha Sy. Toutefois nombre d'entre eux ont jugé la réaction déplacée et disproportionnée. 
 

Le président de l’Assemblée nationale a finalement saisi le procureur qui a ordonné l’arrestation de ces deux députés qui sont toujours introuvables.

Néanmoins, l’Assemblée nationale a pris de la hauteur en poursuivant la session budgétaire jusqu’à son terme ce vendredi avec le ministre des finances et du budget. Il sera question, maintenant, pour la représentation nationale de recevoir ce lundi,  le Premier ministre Amadou Ba pour sa déclaration de  déclaration de politique générale. Osons espérer que nous aurons droit à des débats de haute facture et non une foire d'empoigne...

Dimanche 11 Décembre 2022
Dakaractu



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