Entre une réforme électorale controversée renvoyée puis réadoptée en urgence, des fissures au sein du parti au pouvoir Pastef et un Conseil des ministres centré sur les réformes sociales et économiques, la semaine du 5 au 11 mai 2026 s'est révélée particulièrement dense sur l'échiquier politique sénégalais.
Le Code électoral, feuilleton de la semaine
L'affaire dominante de la semaine aura sans conteste été la bataille autour de la modification du Code électoral. Initialement adoptée le 28 avril par 128 voix pour et 11 contre, la proposition de loi n°11/2026 portant modification des articles L.29 et L.30, texte porté par la majorité Pastef a connu un rebondissement spectaculaire : le président de la République Bassirou Diomaye Faye a lui-même demandé une seconde lecture, invoquant la transmission de deux versions contradictoires du texte.
CE QUE DIT LA RÉFORME
La loi modifie les conditions d'éligibilité aux élections présidentielles. L'opposition y voit un texte taillé pour lever les obstacles juridiques à la candidature du Premier ministre Ousmane Sonko à la présidentielle de 2029, celui-ci ayant été condamné dans plusieurs affaires judiciaires sous le régime de Macky Sall. Pastef défend pour sa part une clarification des cas d'inéligibilité visant à mettre fin aux éliminations politiques de candidats.
Le samedi 9 mai, l'Assemblée nationale a définitivement confirmé le texte en seconde lecture, par 127 voix sur 132 votants, et ce en l'absence du principal groupe d'opposition. Takku Wallu Sénégal, conduit par Me Aïssata Tall Sall, a boycotté la plénière, dénonçant la convocation jugée précipitée de la délibération et une violation du règlement intérieur du Parlement.
« La majorité est résolue à faire avancer la réforme malgré les obstacles évoqués par le chef de l'État. », Ayib Daffé, président du groupe Pastef à l'Assemblée nationale
Des fissures inédites au sein de Pastef
Le feuilleton électoral a mis au jour des tensions inattendues à l'intérieur même de la majorité. La demande de seconde lecture du président Faye a été interprétée par certains comme un bras de fer avec le Premier ministre Sonko, dont le parti contrôle l'Assemblée. Des fractures sont apparues lors du vote de samedi, avec le cas du député Abdou Lahat Ndiaye, devenu la cible de vives critiques de ses propres collègues de majorité.
La porte-parole du gouvernement a dû intervenir publiquement pour dénoncer des manœuvres visant à contourner l'esprit de la loi. Le parti, désormais face à ses contradictions internes, laissait l'opposition choisir tactiquement de ne pas saisir le Conseil constitutionnel , stratégie d'attente fondée sur la conviction que la majorité assumerait seule ses divisions.
L'Assemblée adopte une loi contre l'absentéisme parlementaire
Dans un autre registre, les députés ont adopté le vendredi 8 mai une réforme du règlement intérieur prévoyant la radiation d'un élu après dix absences injustifiées. Portée par Pastef, cette loi organique vise à renforcer la discipline au sein de l'hémicycle. Malgré les critiques formulées par l'opposition, le texte a recueilli 127 voix favorables sur 132 votants.
Conseil des ministres : relance économique et dialogue social
Sur le plan de l'exécutif, le Conseil des ministres du mercredi 6 mai, présidé par Bassirou Diomaye Faye, a affiché une ambition réformiste sur plusieurs fronts. Le président a demandé la finalisation, avant fin juin, d'un projet de loi sur le patriotisme économique, ainsi que des réformes de l'environnement des affaires incluant la révision des codes des douanes et des impôts.
Le dialogue social a également figuré au cœur des débats. Le chef de l'État a salué l'adoption des projets de Code du travail et de Code de sécurité sociale, et demandé la création de comités de dialogue social dans chaque ministère d'ici fin juin 2026. Face aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient pesant sur les prix du pétrole, l'exécutif a annoncé une politique de sobriété énergétique et l'accélération de la transition vers les énergies renouvelables, tout en réclamant un Conseil interministériel sur la performance financière de la SENELEC.
À NOTER ÉGALEMENT
Le Conseil a adopté un projet de loi autorisant la ratification de la convention d'entraide judiciaire en matière pénale entre le Sénégal et la Gambie. Une communication sur la réforme du baccalauréat 2026 et un plan d'aménagement de la nouvelle ville de Thiès ont également été présentés en séance.
Diomaye Faye à Nairobi pour le sommet Africa Forward
En clôture de semaine, le président de la République a quitté Dakar ce dimanche 10 mai à destination de Nairobi, où il prend part jusqu'au 13 mai au Sommet « Africa Forward ». Cette présence sur la scène continentale intervient dans un contexte intérieur politiquement chargé, signalant la volonté de Dakar de maintenir son rayonnement diplomatique malgré les turbulences internes.
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