Entretien / Forum international sur l'Avenir de l'Éducation, Climat politique et élections au Sénégal.... Amy Sarr Fall : "Je n'exclus pas de soutenir un candidat à la présidentielle" : "La jeunesse doit refuser la division"

Le Mardi 11 Décembre 2018 au Palais des Congrès de Paris, Intelligences Citoyennes, en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le Développement, organisera le Forum International sur l’Avenir de l’Éducation. Quel sens donner à cette initiative mondiale portée par un comité scientifique qui regroupe de célèbres figures telles qu'Audrey Pulvar, Pr Souleymane Bachir Diagne, le Président de HEC Paris.
Amy Sarr Fall, initiatrice de la Grande Rentrée Citoyenne et Présidente de ce forum tant attendu, nous dévoile les grandes lignes de cette rencontre. Dans cet entretien, la directrice d’Intelligences aborde aussi le contexte politique actuel et lance un appel aux jeunes. Va-t-elle soutenir un candidat à la présidentielle ? Réponses dans cet entretien...


Entretien / Forum international sur l'Avenir de l'Éducation, Climat politique et élections au Sénégal.... Amy Sarr Fall  : "Je n'exclus pas de soutenir un candidat à la présidentielle" : "La jeunesse doit refuser la division"

Qu’est-ce qui vous a motivé à initier le Forum International sur l’Avenir de l’Éducation ?

Permettez-moi d’abord de faire une petite parenthèse pour saluer votre travail et vous remercier de vous intéresser à ce que nous faisons, en l’occurrence, la promotion de l’éducation. Vous savez, on a tendance à peindre l’Afrique comme le seul continent qui souffre d’une crise d’éducation aiguë alors qu’aujourd’hui, tous les pays du monde, développés ou pas, sont concernés par ce même problème. L’heure est à la modernisation, à la mobilisation. On procède partout à des réformes alors que les problèmes sont intrinsèquement liés et on gagnerait à réfléchir ensemble à des solutions universelles. Prenons l’exemple de la situation alarmante des réfugiés pour laquelle on a conçu un panel spécial. Une experte qui gère le plus grand centre d’accueil de réfugiés au monde, abritant principalement les enfants Rohyngas, fera le déplacement d’Asie de l’Est pour partager les solutions expérimentées afin de faire face au déficit de financement qui continue à exclure 4 millions d’enfants réfugiés du système éducatif. Une autre experte viendra du Canada pour voir comment on peut renforcer la pédiatrie sociale dans l’environnement éducationnel des 5 à 17 ans qui sont les plus fragiles émotionnellement. Un photographe humaniste Iranien nous fera vivre la réalité des camps au cours d'une projection virtuelle, pour y avoir séjourné, et une jeune réfugiée du Sud Soudan partagera son expérience afin de lutter contre les stigmatisations. Vous voyez les enjeux sont énormes et transcontinentaux. Voilà pourquoi nous avons mobilisé un comité scientifique exceptionnel, riche de 25 nationalités, qui réfléchit depuis plus d’un an sur l’orientation des panels et qui réunira de très grands experts qui viendront de partout pour ensemble, anticiper l’éducation de demain dans l’action. 

 

Qui est derrière ce comité scientifique ? 

Des personnalités pour qui j’éprouve le plus grand respect et la plus grande admiration, grâce à leurs parcours exceptionnels. Malgré tous les titres qu’ils ont eu dans leurs carrières, ils ont systématiquement adhéré à ce projet, conscients que le combat est loin d’être gagné. L’éducation, je crois, est l’épicentre du développement social. Je peux citer entre autres le Professeur Souleymane Bachir Diagne qu’on ne présente plus, Dr Noeleen Heyzer qui nous vient de Singapour, une des premières femmes à diriger l'UNIFEM et aujourd’hui conseillère spéciale du SG des Nations Unies, le Président de HEC Paris, la Présidente de l’Université américaine de Paris, Reza Déghati, Dr Urvashi Sahni qui nous vient d’Inde et qui a été récompensée par la fondation Clinton, et tant d’autres que vous pouvez retrouver sur notre site www.ge7conference.org  

 

Ce sont là des personnalités très influentes, comment avez-vous fait pour les convaincre de vous rejoindre ?
 Ils ont été convaincus par la pertinence du projet dont l’approche est assez inédite et vous en saurez plus d’ailleurs le jour de la conférence, quand nos panels seront dévoilés et que les leaders invités parleront. Tous les continents sont représentés dans les discussions, plusieurs ambassadeurs ont confirmé leur présence car ils tiennent à ce que leurs pays soient représentés à ce rassemblement historique. Aujourd’hui c’est un projet qu’on porte tous ensemble, qui dépasse les frontières et qu’on entend dérouler chaque année afin de contribuer aux Objectifs du Développement Durable.

 

Pourquoi avoir choisi Paris ? 

Bien entendu, vous devinez que Dakar était le premier choix mais comme il y a déjà eu une très grande rencontre internationale sur l’éducation cette année, axée sur le financement, nous avons préféré faire du Sénégal l’invité d’honneur avec l’espoir que Dakar pourra accueillir la 2e édition en 2019. De surcroit, la tenue de cette conférence revêt une valeur d’autant plus symbolique qu’elle coïncidera avec la commémoration du 70ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptée le 10 décembre 1948 au Palais de Chaillot par la résolution 217. Et le 11 sera la date des dépôts de liste au Sénégal, donc un contexte très électoral. Nous avons tenu à le faire à cette date pour rappeler que l’éducation est un droit vital qui peut avoir une incidence sur l’espérance de vie.

 

À travers votre personne, on peut pourtant dire que c’est l'Afrique qui porte le débat à l'International ?

Je vous remercie de voir les choses ainsi car être africaine est une richesse, une fierté. Je suis debout sur mes racines africaines. Ce n’est pas une conférence qui s’intéresse à l’éducation en Afrique seulement mais dans tous les pays du monde, d’où la forte mobilisation d’ambassadeurs et d’experts internationaux. De fortes personnalités africaines sont aussi attendues et je serai très fière ce jour de citer le Sénégal en exemple sur bien des points. J'en profite pour remercier tous les Sénégalais qui se sont déjà inscrits et qui comptent faire le déplacement depuis Dakar. J'en suis touchée. Je peux déjà vous dire qu’une très grande star sénégalaise beaucoup admirée à travers le monde sera certainement des nôtres ce jour-là. Ainsi qu’une autre figure sénégalaise emblématique. Mais bon, je vous réserve la surprise pour le moment. 

 

Ce ne serait pas le Président Wade qui vit à Paris ? 

Ah, vous verrez le 11 Décembre inchallah. 

 

Quel est le thème retenu ? 

"L'éducation au cœur de la transition pour une transformation sociale et économique réussie d'ici 2030."

 

Amy Sarr Fall, vous êtes une référence pour de nombreux jeunes africains. Vous avez fait de l’éducation votre combat. Après l’Afrique, vous voilà à la conquête du monde. À quand la politique ? 

 La fameuse question qui revient ! (Rires) Ne trouvez-vous pas que le champ politique est assez saturé en ce moment ? 

 

Qu’est-ce qui vous motive à relever des défis aussi ambitieux ? 

Ma passion pour l’éducation, pour l’Afrique … Le soutien inestimable que je reçois tous les jours, surtout à travers les réseaux sociaux....des témoignages qui traduisent l'impact de notre travail et qui me donne le sentiment de devoir persévérer.

 

Oui, mais nous avançons vers une année électorale et nous savons que vous êtes suivie par plus d'1,5 million de personnes sur Facebook. Est-ce qu’on peut envisager que vous souteniez un candidat publiquement ? 

Très sincèrement, je ne l'envisage pas pour le moment mais sait-on jamais. (Elle fait une pause) Non...Je n'exclus pas de soutenir un candidat à la présidentielle.... On a vu des cas dans le monde où des citoyens de nature apolitique ont dû s’engager en faveur d’un camp parce qu’ils estiment que garder le silence c’est trahir leurs pays. Il n’y a rien que je me retiendrai de faire pour protéger mon pays. Ma motivation première sera toujours la stabilité du Sénégal et j’ai espoir que celle-ci sera toujours préservée. Mais bon...là je suis plutôt concentrée sur mon travail. 

 

Qu’est-ce qui vous rassure tant ? On voit pourtant des crimes aux relents politiques, des candidats qui risquent d’être privés du droit de se présenter et qui menacent… Tout cela ne vous inquiète pas ? 

Évidemment, quand on avance vers une année électorale, on prie toujours pour que les esprits restent apaisés car nous sommes une exception dans la sous-région, du point de vue du fair play politique surtout.  En plus, le Sénégal c’est ce qu’on a de plus cher. Imaginez le Sénégal sur la carte de la Chine, imaginez les 15 millions de Sénégalais sur l’étendue du territoire chinois. Pour vous dire, on reste un très petit pays et on ne peut pas se permettre de nous diviser, surtout pas à cause de la politique. Il faut s'unir pour survivre. 

 

A l’approche des élections, quel est votre message pour la jeunesse. 

J’encourage mes frères et sœurs à refuser que la politique nous divise. On doit pouvoir faire preuve d’indulgence et même de tolérance entre nous. On ne peut pas imposer à quelqu’un de croire forcément la même chose que nous, mais on peut prendre le temps d’échanger sur ce qui motive nos convictions. Hélas, on voit qu’il suffit que quelqu’un expose un point de vue contraire pour qu’on le lynche, à cause d'incompréhensions. C’est peu convaincant d’appeler soi-même à la démocratie si on ne peut pas tolérer le point de vue des autres. C’est cela qui crée de l’animosité jusqu’à ce que des crimes se retrouvent dans les faits divers. Nous devons savoir raison garder et nous dire que la politique c’est un exercice démocratique, avant toute chose. Incitons nos hommes et femmes politiques à mettre l’accent sur des solutions concrètes aux vrais maux du Sénégal. Attention aux tentatives de divertissement qui nous éloignent de l’essentiel. Dans quelques années, c’est la jeune génération actuelle qui prendra les commandes, afin d’assurer la bonne marche du pays. Donc ne remettons pas notre engagement à demain, ne nous réfugions pas dans une sorte de complaisance en pensant que notre page s’ouvre demain. Préservons les acquis et sauvegardons la stabilité et l'unité. Demain commence maintenant... 

 

 

 

 

 

 
Samedi 27 Octobre 2018
Dakaractu




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