Pourquoi le président ne peut-il pas limoger son Premier ministre sans scier la frêle branche sur laquelle il est inconfortablement assis ?
En vérité, qu’il le veuille ou non, le Président de la République, malgré la légalité constitutionnelle qu'il revendique, ne tient sa légitimité que du Premier ministre, Ousmane Sonko, qui l’a désigné à l’électorat sénégalais.
Dans sa dernière sortie médiatique du samedi 02 mai 2026, il envisage publiquement de se séparer de son Premier ministre et de le faire remplacer par un autre. Mais, le fait même de croire cela possible sans conséquence relève d’une naïveté politique et d’une méconnaissance du fonctionnement des démocraties, puisque l’article 42 de la Constitution sénégalaise dispose que le Président de la République est le garant du fonctionnement régulier des institutions. Or, limoger un Premier ministre issu de la majorité parlementaire reviendrait précisément à provoquer la crise institutionnelle qu’il est censé prévenir.
En effet, une brève revue de l’histoire politique des cohabitations forcées, notamment en France (Président vs Premier ministre), montre qu’elles sont très souvent provoquées par un changement subit de majorité alors que le Président n’a pas encore terminé son mandat.
Que signifient les changements de majorité en faveur de l’opposition ?
L’impopularité du Président de la République et la confirmation qu’il en est à son dernier mandat. Les seules portes de sortie qui s’offrent à lui sont alors la cohabitation, la démission et/ou l’organisation d’élections anticipées.
Mais, jusqu’ici, la plupart des présidents de républiques sœurs qui ont été confrontés à ce type de situation ont choisi la cohabitation. Or, que signifie la cohabitation ? C’est l’acception par un président de la République que son sort soit scellé par le peuple qui lui aura tourné le dos et aura décidé de donner une majorité législative à l’opposition. Du coup, il ne pourra pas gouverner avec un nouveau Premier ministre qui n’aura pas l’assentiment de l’Assemblée nationale. En effet, celui-ci ne passerait pas l’étape de la déclaration de politique générale devant l’Assemblée, sans essuyer une motion de censure qui renverserait immédiatement son gouvernement, avant même que l’encre du décret qui l’aura nommé n’ait eu le temps de sécher. L’article 53 de la Constitution est pourtant clair à ce sujet : le Premier ministre conduit la politique de la Nation et ne peut l’exercer sans la confiance de l’Assemblée nationale. Nommer un chef de gouvernement rejeté par la majorité reviendrait à violer l’esprit même de cet article et à condamner le gouvernement à une chute immédiate.
Ainsi, la seule façon pour le président de la République de gagner du temps et de sauver ce qui reste de son régime est de nommer celui qui est à la tête de la majorité ou celui que ce dernier aura choisi pour diriger le gouvernement qu’il va composer à sa guise et conduire selon sa vision. L’article 55 rappelle que le Gouvernement est responsable devant l’Assemblée nationale. Cela signifie que seule la majorité parlementaire peut garantir la stabilité gouvernementale. Tout Premier ministre nommé contre cette majorité serait mécaniquement renversé, rendant toute tentative de contournement institutionnel vouée à l’échec.
En conséquence, quelles sont les options qui s’offrent au Président de la République dans les circonstances actuelles ? Soit, il garde son Premier ministre, malgré son aversion manifeste à le garder ; soit, il le limoge et plonge notre pays dans une énième crise politico-institutionnelle, aux implications imprévisibles pour sa stabilité ; soit, il démissionne et réorganise des élections présidentielles dans lesquelles il pourra peser sa légitimité au suffrage universel.
Que vaut la légalité sans la légitimité politique ?
Enfin, le président de la République ne tient sa véritable force ni des forces de défense et de sécurité, ni des civils qu’il nomme et évince à sa guise, mais de l’assentiment populaire matérialisé par le verdict des urnes. Comme le disait Jean-Jacques Rousseau, la Souveraineté appartient au Peuple et n’appartient qu’au Peuple. S’il veut compter uniquement sur la force, cela veut dire qu’il est devenu un véritable danger pour notre nation et qu’il est prêt à faire pire que Macky Sall, mais sans aucune chance de se maintenir au pouvoir, quelle que soit la quantité de vies humaines qu’il sera prêt à sacrifier pour s'imposer en dictateur.
S’appuyer uniquement sur la force reviendrait à rompre avec l’esprit républicain et à ouvrir la voie à une dérive dangereuse. Le Sénégal a déjà payé un prix humain exorbitant lors des crises politiques récentes. La mort de plus de 80 de nos enfants pour forcer un président à quitter le pouvoir afin d’en imposer un autre par la force de la volonté populaire doit appartenir définitivement aux poubelles de l’histoire du Sénégal.
Le Président ferait mieux de démissionner et de conquérir la légitimité qu'il n’a pas eue avant de devenir Président, s’il est véridique, plutôt que de se risquer à limoger un premier ministre qui est le seul détenteur de cette légitimité dont il ne détient que l’illusion pernicieusement entretenue par ses nouveaux alliés.
La parodie de méga-meeting avortée du stade Caroline Faye de Mbour est un signal d’alerte fort qui doit être lu avec beaucoup de sagesse et de lucidité par le Président et ses nouveaux alliés. Elle indique que la base populaire n’est pas acquise à Monsieur Diomaye Faye et que la tentative de rupture d’avec le Premier ministre est perçue par la grande majorité des Sénégalais comme une trahison du mandat confié par les électeurs.
Dr Thierno Guèye est double docteur en Philosophie, diplômé de Science Po Toulouse, actuellement enseignant-chercheur/Formateur à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Il est auteur de plusieurs livres et articles. Ses travaux portent sur la philosophie des nanotechnologies, la philosophie des sciences, la pédagogie et les enjeux éthiques et politiques.
En vérité, qu’il le veuille ou non, le Président de la République, malgré la légalité constitutionnelle qu'il revendique, ne tient sa légitimité que du Premier ministre, Ousmane Sonko, qui l’a désigné à l’électorat sénégalais.
Dans sa dernière sortie médiatique du samedi 02 mai 2026, il envisage publiquement de se séparer de son Premier ministre et de le faire remplacer par un autre. Mais, le fait même de croire cela possible sans conséquence relève d’une naïveté politique et d’une méconnaissance du fonctionnement des démocraties, puisque l’article 42 de la Constitution sénégalaise dispose que le Président de la République est le garant du fonctionnement régulier des institutions. Or, limoger un Premier ministre issu de la majorité parlementaire reviendrait précisément à provoquer la crise institutionnelle qu’il est censé prévenir.
En effet, une brève revue de l’histoire politique des cohabitations forcées, notamment en France (Président vs Premier ministre), montre qu’elles sont très souvent provoquées par un changement subit de majorité alors que le Président n’a pas encore terminé son mandat.
Que signifient les changements de majorité en faveur de l’opposition ?
L’impopularité du Président de la République et la confirmation qu’il en est à son dernier mandat. Les seules portes de sortie qui s’offrent à lui sont alors la cohabitation, la démission et/ou l’organisation d’élections anticipées.
Mais, jusqu’ici, la plupart des présidents de républiques sœurs qui ont été confrontés à ce type de situation ont choisi la cohabitation. Or, que signifie la cohabitation ? C’est l’acception par un président de la République que son sort soit scellé par le peuple qui lui aura tourné le dos et aura décidé de donner une majorité législative à l’opposition. Du coup, il ne pourra pas gouverner avec un nouveau Premier ministre qui n’aura pas l’assentiment de l’Assemblée nationale. En effet, celui-ci ne passerait pas l’étape de la déclaration de politique générale devant l’Assemblée, sans essuyer une motion de censure qui renverserait immédiatement son gouvernement, avant même que l’encre du décret qui l’aura nommé n’ait eu le temps de sécher. L’article 53 de la Constitution est pourtant clair à ce sujet : le Premier ministre conduit la politique de la Nation et ne peut l’exercer sans la confiance de l’Assemblée nationale. Nommer un chef de gouvernement rejeté par la majorité reviendrait à violer l’esprit même de cet article et à condamner le gouvernement à une chute immédiate.
Ainsi, la seule façon pour le président de la République de gagner du temps et de sauver ce qui reste de son régime est de nommer celui qui est à la tête de la majorité ou celui que ce dernier aura choisi pour diriger le gouvernement qu’il va composer à sa guise et conduire selon sa vision. L’article 55 rappelle que le Gouvernement est responsable devant l’Assemblée nationale. Cela signifie que seule la majorité parlementaire peut garantir la stabilité gouvernementale. Tout Premier ministre nommé contre cette majorité serait mécaniquement renversé, rendant toute tentative de contournement institutionnel vouée à l’échec.
En conséquence, quelles sont les options qui s’offrent au Président de la République dans les circonstances actuelles ? Soit, il garde son Premier ministre, malgré son aversion manifeste à le garder ; soit, il le limoge et plonge notre pays dans une énième crise politico-institutionnelle, aux implications imprévisibles pour sa stabilité ; soit, il démissionne et réorganise des élections présidentielles dans lesquelles il pourra peser sa légitimité au suffrage universel.
Que vaut la légalité sans la légitimité politique ?
Enfin, le président de la République ne tient sa véritable force ni des forces de défense et de sécurité, ni des civils qu’il nomme et évince à sa guise, mais de l’assentiment populaire matérialisé par le verdict des urnes. Comme le disait Jean-Jacques Rousseau, la Souveraineté appartient au Peuple et n’appartient qu’au Peuple. S’il veut compter uniquement sur la force, cela veut dire qu’il est devenu un véritable danger pour notre nation et qu’il est prêt à faire pire que Macky Sall, mais sans aucune chance de se maintenir au pouvoir, quelle que soit la quantité de vies humaines qu’il sera prêt à sacrifier pour s'imposer en dictateur.
S’appuyer uniquement sur la force reviendrait à rompre avec l’esprit républicain et à ouvrir la voie à une dérive dangereuse. Le Sénégal a déjà payé un prix humain exorbitant lors des crises politiques récentes. La mort de plus de 80 de nos enfants pour forcer un président à quitter le pouvoir afin d’en imposer un autre par la force de la volonté populaire doit appartenir définitivement aux poubelles de l’histoire du Sénégal.
Le Président ferait mieux de démissionner et de conquérir la légitimité qu'il n’a pas eue avant de devenir Président, s’il est véridique, plutôt que de se risquer à limoger un premier ministre qui est le seul détenteur de cette légitimité dont il ne détient que l’illusion pernicieusement entretenue par ses nouveaux alliés.
La parodie de méga-meeting avortée du stade Caroline Faye de Mbour est un signal d’alerte fort qui doit être lu avec beaucoup de sagesse et de lucidité par le Président et ses nouveaux alliés. Elle indique que la base populaire n’est pas acquise à Monsieur Diomaye Faye et que la tentative de rupture d’avec le Premier ministre est perçue par la grande majorité des Sénégalais comme une trahison du mandat confié par les électeurs.
Dr Thierno Guèye est double docteur en Philosophie, diplômé de Science Po Toulouse, actuellement enseignant-chercheur/Formateur à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Il est auteur de plusieurs livres et articles. Ses travaux portent sur la philosophie des nanotechnologies, la philosophie des sciences, la pédagogie et les enjeux éthiques et politiques.
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