Situation économique du Sénégal / Covid-19 : un rapport de LEGS-Africa révèle un surendettement du pays avec un encours de la dette publique totale estimé à 9.176,3 milliards de FCFA en 2020.


L’étude réalisée par le Think Tank LEGS Africa Leadership, Éthique, Gouvernance, Stratégies pour l’Afrique portant généralement sur la redevabilité active de la gouvernance sanitaire, économique et sociale de la pandémie de la Covid-19 au Sénégal montre qu’avant la crise sanitaire, l’économie sénégalaise était au bord du gouffre sur tous les plans. Certains investissements faits durant la période pré-électorale de 2019 n’ont pas aidé pour le remboursement de la dette, analyse le document qui explique que les signaux étaient au rouge.

Le rapport qui avance des chiffres clés indique qu’après 6,7 % en 2018, la croissance économique s’est établie à 6 % en 2019, en raison d’une faible pluviométrie et de la hausse du prix du baril de pétrole. Les perspectives à court et moyen terme demeuraient favorables avec un taux de croissance estimé à 6,8 % en 2020, avant la crise sanitaire.

Ce niveau de performance est le résultat d’une amélioration dans la conduite de la politique économique, via les investissements publics liés au Plan Sénégal Émergent (PSE) et les réformes structurelles en découlant, qui augmentent le niveau d’endettement.  

L’enquête révèle également que l’inflation est inférieure à 2 % depuis 2012 et a ralenti à nouveau de 0,7 % en 2018, pour revenir à 2 % en 2019. Selon l’étude, l’économie sénégalaise dépend encore significativement de son secteur primaire car aujourd’hui, plus de 50 % des emplois au Sénégal sont recensés dans le monde rural et produisent moins de 16 % de la richesse, en particulier l’agriculture qui est sujette aux fluctuations des cours mondiaux et aux aléas climatiques. Le secteur secondaire représente 23 % du PIB et le secteur tertiaire produit plus de 61 % de la richesse créée à l’intérieur du territoire, une grande partie de la production étant contrôlée par de grands groupes étrangers.

Le rapport a par ailleurs avancé des chiffres sur la balance commerciale du pays pour plus de précisions sur la situation économique du Sénégal dans le contexte de riposte contre la Covid-19. Globalement, pour l’année 2019, les échanges extérieurs du Sénégal sont en hausse de 11,2 %, mais le déficit commercial stagne pour s’établir à -2 244,2 Milliards de FCFA en 2019, soit -0,1 % par rapport à 2018. Les exportations sénégalaises s’élèvent à 1 985 Milliards FCFA et le cumul des importations s’est établi à 4 229 contre 3 916 Milliards FCFA pour l’année précédente, soit une hausse de 8 %.

La France reste le premier partenaire commercial avec 18,8 % de part de marché en 2019, suivie par la Chine à 11,8 % et le Nigéria à 5,8 %. Le déficit courant, malgré un niveau élevé en raison de la hausse des importations en biens d’équipement provoquée par les investissements en infrastructures, reste stable à 7,7 % en 2019. C’est ce qui rend cette croissance extravertie analyse le document de LEGS-Africa.

Un paradigme qui crée une richesse à l’intérieur du Sénégal tout en accentuant la précarité des plus vulnérables. D’où la nécessité de réfléchir sur comment « introvertir » la croissance économique au Sénégal ? Selon l’étude, les finances publiques constituent le principal point de vigilance. Malgré des indicateurs qui tendent vers un risque modéré, l’analyse de viabilité de la dette (AVD) reste dans la limite de faible à modérée, tout en étant qualifiée de « borderline. »

En 2018, l’endettement public est évalué à 64,5 % du PIB. Néanmoins, en 2019, il s’est établi à 62,5 % du PIB et aujourd’hui on frôle les 67 %. L’encours de la dette publique totale en 2020 est estimé à 9176,3 milliards de FCFA. L’un des contrecoups dont l’État devra faire face pour amortir le choc, c’est le plafonnement de la dette publique nominale totale, conseillent les experts de LEGS-Africa.

Une exigence qui fait partie des cibles quantitatives fixées par les institutions financières internationales (FMI) et les institutions régionales (UEMOA) à 70 % du PIB. Avec cette nouvelle mesure prise par le FMI à l’encontre de l’État du Sénégal, les risques encourus sont réels et tangibles. Le premier est cette limitation de la marge de manœuvre citée plus haut qui risque d’hypothéquer certains projets inscrits dans l’agenda de l’Émergence.

Pour combler le manque à gagner en ressources financières, redoute LEGS-Africa, l’État pourrait être tenté d’augmenter la pression fiscale sur les entreprises, au risque de nuire au bon développement de celles-ci. La mobilisation des recettes reste un sujet central et le Sénégal affiche une performance encore loin de l’objectif UEMOA des 20 % du PIB en 2023, souligne le rapport du Think Thank.

La pression fiscale atteint 15,3 % en 2018, avec un objectif de 17 % en 2020. Le déficit budgétaire équivaut à 3,7 % du PIB en 2018 et l’objectif de 3 % du PIB, conformément à la cible fixé par l’UEMOA, est visé en 2019. Les autres risques inhérents à cette situation de surendettement, alerte LEGS-Africa, sont liés à un éventuel problème de liquidité et à une dégradation de l’image d’un pays qui a le mérite d’entreprendre pour sortir de la précarité économique, avec une population dont près de 50 % vit sous le seuil de pauvreté. 
Mardi 24 Août 2021
Dakaractu



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