Sauveur d'un homme piégé au milieu des flammes dans son appartement : qui est Gorgui Lamine Sow, le « héros » de Dénia...


Sauveur d'un homme piégé au milieu des flammes dans son appartement : qui est Gorgui Lamine Sow, le « héros » de Dénia...
Depuis vendredi 06 décembre, le jeune sénégalais de 20 ans est sorti de l'anonymat. Lamine Sow dit Gorgui a sauvé une personne à mobilité réduite des flammes. Depuis cette date, l'immigré n'a plus une minute pour lui. Les médias espagnols se bousculent à sa porte pour une interview du « héros ». Un qualificatif dans lequel Lamine Sow ne se retrouve pas. Lorsqu'il agissait pour sauver Alex Guadeli Webster, c'est le nom du handicapé, il n'a pas calculé. Ce jeune vendeur fréquente la ville côtière de Dénia, non loin de Alicante, vers le sud-est d'Espagne, pour vendre des objets d'art. 


C'est donc, en s'adonnant à cette activité qu'il voit de la fumée s'échapper d'un appartement. En s'approchant, il entend les cris d'un homme piégé à l’intérieur par les flammes. Les quatre hommes trouvés sur place n'avaient pas de solution. Leur appel au secours n'a jusque là rien donné. Sans réfléchir, le jeune sénégalais entreprend d'escalader la grille de la porte et parvient à atteindre le balcon.


Gorgui Lamine Sow qui s'est entretenu avec Dakaractu confie qu'il n'a pas tout de suite pénétré dans l'appartement en feu. « J'ai vu un homme à l’intérieur. À coté de lui, il y avait une bouteille de gaz. Je lui ai alors proposé de prendre ma main pour sortir, mais il m'a dit qu'il ne pouvait bouger aucun de ses membres. Sur ces entrefaites, j'ai pris la résolution d'entrer dans le bâtiment en feu pour l'extirper de ce supplice. C'est ainsi que je l'ai porté sur mes épaules pour le faire sortir alors que les quatre personnes qui étaient en bas sont allées chercher une échelle », raconte le jeune héros qui ignorait que son geste était immortalisé par l'assistance. « Après avoir sorti le sinistré, j'ai pris le temps d'encaisser tout ce qui venait de se passer avant de m’éclipser », se souvient Lamine Sow qui précise n'avoir su qu'il vient de sauver la vie d'un handicapé physique que lorsqu'ils sont descendus ensemble et qu'il l'a remis aux urgentistes. « Tout ce qui comptait à mes yeux, c’était de sauver une vie », philosophe cet immigré sénégalais.


Après la bravoure dont il a fait montre, Lamine disparaît a rejoint Gandie, distante de Dénia de quelques kilomètres. Il ne savait pas que les habitants de Dénia étaient à sa recherche pour le féliciter. Trois jours après, des ressortissants sénégalais sont approchés par le maire pour identifier le « héros » qui, mis dans la confidence, refuse d’être la personne vue en train d'escalader les grilles d'une porte puis un balcon. « Je ne voulais pas être identifié parce que j'avais fait l'objet d'un contrôle à Dénia en raison de mon statut de sans-papier. Donc, je me suis dit que je devais rester discret », argue Lamine qui ne sera finalement raisonné que par son frère aîné, avec qui il vit à Gandie. « Lorsque l'info a commencé à se propager, mon grand frère a vu la photo et m'a dit qu'il n'y avait aucun mal à revendiquer une telle action. J'ai changé de vision et ai accepté mon sort », se résigne-t-il.


Pendant ce temps, l'homme à qui il a sauvé la vie ne voulait qu'une chose : rencontrer son « superman ». Un rendez-vous est organisé mardi, à Dénia, devant l'appartement où le feu s'est déclaré quatre jours plus tôt. Devant les caméras, Alex n'a pas tari d'éloges sur Lamine Sow. L'espagnol de 39 ans profite de l'occasion pour réclamer une récompense à la hauteur des actes posés par le jeune sénégalais. Qui, à son tour, a saisi le moment pour demander la régularisation de sa situation. « Au départ, je n'étais demandeur de rien car je suis convaincu que Seul Dieu est Maître de notre destin. Mais je me devais d'accepter cette situation qui s'est imposée à moi », a-t-il confié à Dakaractu.


La mairie de Denia et les habitants de cette sympathique ville se sont constitués en défenseur de la régularisation du sans-papier sénégalais. Et leur mobilisation est en train de payer. Gorgui Lamine Sow, son épouse et leur fille de 07 mois seront naturalisés. « La procédure est en cours aussi bien en Espagne qu'au Sénégal », renseigne-t-il, presque soulagé. Cependant, les choses traîneraient au niveau du Sénégal où la délivrance des documents administratifs n'est pas toujours chose simple.


Toujours est-il que la vie de Lamine Sow ainsi que celle de sa petite famille a pris un tournant irréversible car en plus d'une naturalisation, le sénégalais devrait bénéficier d'un toit et d'un travail décent. Vendeur d'objets d'art depuis son arrivée en Espagne en 2017, Gorgui Lamine Sow ne voit son épanouissement que dans le monde des camionneurs. « Je crois pouvoir subvenir aux besoins de ma famille dans ce métier », se convainc le ressortissant sénégalais.


Sur le chemin de l'Amérique Latine


Pour comprendre le geste de Lamine, il faut peut être fouiner dans son parcours. Originaire de Diourbel où il est né en 1999, Gorgui Lamine Sow est issu d'une famille polygame. Son père a trois épouses. Lamine est le troisième des huit enfants de sa mère. Très tôt, il sait entreprendre. Après avoir arrêté les études en classe de 4e, il va à la conquête des régions et de la sous-région comme « vendeur de moquettes ». Comme beaucoup de jeunes, il ne voit pas d'avenir au Sénégal. À 17 ans, il prend le chemin de la migration irrégulière.


En partance pour le Brésil, le jeune aventurier passe par la capitale de l’Équateur où des enveloppes qui lui ont été remises depuis le Sénégal doivent être remises à des passeurs qui doivent le mettre dans un bus, direction Brésil. Mais l'itinéraire ne sera pas une partie de promenade pour le jeune sénégalais. A la merci de passeurs sénégalais qui n'en ont que pour l'argent de leurs proies, il parvient à entrer en territoire brésilien. Dans ce pays, Lamine ne trouve pas sa voie. Il est hors de question pour lui de rester.


Parfois, il a du faire montre de ruse pour sortir la tête de l'eau. Parfois, il lui a fallu de la chance. Comme lorsqu'avec des compatriotes ils ont quitté le Brésil pour l'Argentine où il était censé prendre un avion qui l’emmènerait en Europe. À la frontière, ils sont arrêtés par des gardes. Après quatre jours de détention, décision a été prise de les retourner au Brésil. Lamine Sow n'en fait pas partie. Mieux, il bénéficie de l'indulgence du chef des gardes frontières qui en plus de permettre au jeune sénégalais de poursuivre son périple, lui offre 600 peso argentin. Cerise sur le gâteau, il est accompagné par une agent jusqu'à la capitale, Buenos Aires. Mais problème, Lamine ne peut quitter le pays tout seul en raison de son âge. Il n'avait pas encore 18 ans. Arrivé en janvier 2017, il ne quittera l'Argentine qu'au mois d’août, précisément le 19 août.

Le lendemain, il foule le sol madrilène.

Quelques mois plus tard, il rencontre sa future épouse lors d'une manifestation religieuse à Madrid. Gorgui Lamine Sow emménage avec sa femme sénégalaise dans la capitale. Ils ne vont pas tarder à déménager à Gandie où la vie est plus abordable. Où la chance sourit encore à cet altruiste né. 


Jeudi 19 Décembre 2019
Dakaractu




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