Reportage : Au tribunal, à la rencontre des « amateurs » de procès

Ils ne sont ni clercs, ni avocats, ne connaissent pas les parties civiles et n'ont aucun lien de parenté avec les prévenus, pourtant, ils sont toujours les premiers arrivés et les derniers à partir. Leur point commun : Ils sont des « amateurs » de procès qui se tiennent chaque jour au Palais de justice de Dakar.


Avocats et proches des mis en cause s'entassent devant trois juges, tandis qu'un procureur, coincé entre l’assesseur et le box des accusés, trône curieusement sur un fauteuil si haut perché. L’accusé est debout au premier rang de la salle 4 qui abrite les audiences du Tribunal de grande instance (Tgi) statuant en matière criminelle.
 
« On doit se lever quand le juge entre dans la salle. Les accusés arrivent escortés par des gendarmes. C'est protocolaire, mais il y a aussi un côté spectacle. » El Hadj Malick Thiam maitrise les dédales du Palais de Justice de Dakar. L’homme s'est assis sur une chaise à côté d'un autre assistant qui est arrivé avant lui. L'air curieux et affligé, il fixe du regard la juge des assises, remplacées par la Chambre criminelle.
 
Comme tous les jours, depuis le début des audiences de la présente session, il est arrivé avec quelques minutes d'avance et lorgne « sa » chaise. Toujours la même, cinquième rang en partant du fond, au milieu, derrière les avocats. Il faut admettre que l’étudiant-cartouchard est un habitué des salles d'audience. « Pas question de rater une miette des débats. C'est devenu plus qu'un passe-temps en attendant de trouver du travail. Je trouve ça intéressant, j’apprends », assure El Hadj Malick.
 
Depuis plus d’un an, ce jeune court tous les gros procès, surtout ceux qui siègent au tribunal correctionnel ou des flagrants délits. Plus qu'une distraction, assister à des audiences est aujourd'hui une véritable passion, pour lui. Yacine Dème est également passionnée. Et voilà maintenant six mois qu'elle flâne dans les couloirs du Palais de Justice. 
 
La jeune dame passe ses journées au tribunal et partage souvent un café avec des clercs d’avocats pendant les suspensions d'audience, l'occasion d'échanger leurs impressions sur les affaires inscrites au rôle. Elle explique sa petite astuce pour trouver les meilleures audiences. « Avec les rôles d’audience affichés, je n'ai aucun mal à me renseigner sur les affaires à venir », renseigne-t-elle. Au tribunal, il n'y a pas de filtre ou mise en scène, on est dans la réalité.
 
Pour Yacine Dème, c'est l'exercice oral des avocats qui fascine : « Au début, j'ai voulu voir un procès, comment ça marchait. Je pensais seulement venir les premiers jours, mais je n'ai pas pu m'arrêter. Il arrive souvent qu'on ne soit pas content de ce qu’on y apprend. J’aime voir comment des avocats parvenaient à défendre leurs clients au regard du châtiment qu'ils encourent ».
 
Des passionnés comme elle, on en croise à chaque audience. Puis il y a ceux qui sont là par hasard. C'est le cas de Néné Dièye et ses camarades du Lycée Lamine Guèye. Venues visiter le tribunal le mercredi, ils ont appris qu’un procès pour viol se tenait à la salle 1, qui abrite les audiences du tribunal des flagrants délits.
 
Curieuses, elles décident d'y assister. « Je pense que je vais venir une prochaine fois. On se prend vite au jeu. On y apprend également. Je préfère venir suivre des procès plutôt que de rentrer à la maison pour faire le ménage », a expliqué l’élève, à l’issue de l’audience.
 
Mercredi 11 Décembre 2019
Dakaractu



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