Mohammad Reza Dehshiri, ambassadeur de l’Iran au Sénégal : « La présence américaine en Afghanistan n'avait rien à voir avec les événements du 11 septembre »


Les Américains se sont retirés d’Afghanistan après 20 ans de présence qui n’auront pas donné les résultats escomptés. Les taliban qui étaient censés être hors du pouvoir sont de retour et ont repris le pouvoir. Une évolution qui ne désintéresse pas les pays frontaliers, surtout qu’elle peut constituer une menace pour leur sécurité. L’ambassadeur de la République Islamique d’Iran au Sénégal n’est pas du même avis. 

Dans un entretien avec Dakaractu, Mohammad Reza Dehshiri estime qu’ « à court terme, le contrôle des taliban sur l’Afghanistan ne représente pas une menace pour l’Iran. » « Parce que maintenant, la première priorité des taliban est de dominer, géographiquement, le territoire afghan et aussi de mettre en place un nouveau gouvernement », argue le diplomate iranien. Les taliban ont formé un gouvernement intérimaire ce mardi 7 septembre. Il est dirigé par Mohammad Hassan Akhund.

De même, le diplomate estime que l’idéologie des taliban ne représente pas une menace pour l’Iran. « Parce que la plupart des Iraniens écarte l’extrémisme des taliban. Les Iraniens croient en une interprétation modérée, dynamique, pacifique et bienveillante de l’Islam. Ce qui est loin de l’interprétation fanatique des taliban », s’explique Mohammad Reza Dehshiri qui ajoute que ses compatriotes « croient en l’Islam miséricordieux du Prophète Muhammad Mustapha, que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui et considèrent que les comportements violents et oppressifs vis-à-vis des femmes sont contraires à l’approche civilisatrice de l’Islam. »

Il souligne que « ce qui est important pour l’Iran en Afghanistan, c’est que la sécurité de la République Islamique ne soit pas atteinte et que le peuple afghan détermine son propre destin dans une atmosphère dénuée de violence et de tyrannie. » Il reste à ce propos convaincu que le « problème de l’Afghanistan ne peut être résolu » qu’à travers une « approche inclusive » avec la participation de toutes les tribus à la gouvernance du pays. Ce qui ne devrait pas être facile avec la branche de l’État Islamique en Afghanistan du fait de leur adversité. « Chacun essaie d’accéder au pouvoir et contrarier l’autre. Que les racines des taliban et de l’État Islamique soient proches, ils sont en désaccord sur la manière de gouverner et d’exercer le pouvoir », décrypte le diplomate iranien selon qui, si la victoire des taliban a un mérite, c’est qu’elle réduit les « inquiétudes de l’Iran concernant une présence militaire américaine dans la région ».

Il rappelle à ce sujet que « la politique actuelle de l’Iran est d’exiger le retrait des troupes américaines de la région ». « Jusqu'à présent, la pression iranienne a conduit à la réduction du nombre des troupes américaines en Irak. Par conséquent, la République Islamique d'Iran ne soutient pas les talibans, mais soutient l'expulsion des États-Unis de la région et la formation d'un gouvernement inclusif visant à garantir la sécurité en Afghanistan », renchérit-il.

Abordant l’échec des américains, il fait remarquer d’abord que la présence américaine en Afghanistan n’avait rien à voir avec les attentats du 11 septembre. Selon lui, les États-Unis étaient déterminés à occuper l’Afghanistan après l’assassinat d’Ahmad Shah Massoud. « Pendant les 20 années d'occupation d'Afghanistan, les États-Unis n'ont pas réussi à établir un gouvernement inclusif et national dans ce pays. Ashraf Ghani est devenu président lors des dernières élections en Afghanistan avec moins d'un million de voix et n'a pas été accepté même par les groupes politiques. D'un autre côté, la corruption s'était propagée au sein du gouvernement afghan et la population n'en était pas satisfaite. S'appuyant sur leur propre armée, les États-Unis, l'OTAN et les forces alliées avaient construit une structure politique fragile qui n'avait rien à voir avec le contexte afghan », analyse l’ambassadeur de la République Islamique d’Iran.

À cela, il faut ajouter le fait que les Afghans soient un peuple résistant face aux invasions étrangères. « D'autre part, les talibans avaient pris le contrôle des villages au cours de ces dernières années et avaient acquis beaucoup de pouvoir opérationnel. Les États-Unis ont saboté la capacité militaire des forces Afghanes, et seuls les taliban ont pu exploiter ce vide et augmenter régulièrement leur puissance de combat. Ainsi, la mauvaise stratégie américaine pour gouverner l'Afghanistan a augmenté le pouvoir des taliban et a réduit la puissance militaire des forces armées afghanes, ouvrant la voie à la domination des taliban en Afghanistan », poursuit le diplomate. Sous ce rapport, il met à l’écart toute possibilité de retour militaire américain en Afghanistan, soulignant que « l'armée américaine réfléchissait depuis des années à se sauver du marais de l'Afghanistan, pour laquelle une telle opportunité a maintenant été fournie. » Il est convaincu que « la défaite honteuse et le retrait précipité des États-Unis d'Afghanistan marqueront le début du déclin de leur puissance dans le monde, signifiant que le processus d'expulsion des Américains du Moyen-Orient a déjà commencé ».

Face à cette nouvelle configuration, l’Iran espère que l’Afghanistan pourra évoluer vers un pays sans guerre et sans terrorisme. En tout cas, pour faciliter le transport des approvisionnements, la République Islamique gardera ses frontières et ses points de passage avec l’Afghanistan ouverts, assure le diplomate iranien qui fait part des inquiétudes de son pays quant au sort des populations du Panjshir. Cette province qui tente de résister aux taliban fait l’objet d’attaques aériennes et terrestres qui font déjà beaucoup de victimes. Selon Mohammad Reza Dehshiri, le conflit de Panjshir doit être résolu par le processus politique, la négociation et la médiation. Or, à ce jour, les informations en provenance de cette vallée font état de panne d’électricité, d’eau entre autres privations dont sont victimes les populations. « Les taliban doivent respecter le droit humanitaire », souhaite le diplomate.
Mercredi 8 Septembre 2021
Dakaractu



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