Menaces, couteau , Du live TikTok à la cellule : quand la politique dérape en menaces entre militant pastef et nationaliste


À Guédiawaye, un simple direct sur TikTok s’est transformé en affaire judiciaire lourde de sens, révélatrice des dérives du militantisme numérique dans un climat politique sous tension. Mercredi 31 décembre, le tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye a jugé un militant du parti Les Nationalistes, opposé à un sympathisant de Pastef, pour menaces de mort et injures publiques. Une affaire symptomatique d’une époque où la frontière entre engagement politique et discours de haine devient de plus en plus floue, comme le rapporte L’Observateur.

 

Selon L’Observateur, le prévenu, Ch. Ndiaye, cameraman de 30 ans domicilié à Niarry Tally, comparaissait sous mandat de dépôt pour plusieurs chefs d’accusation : distribution de contenus contraires aux bonnes mœurs, injures publiques, menaces de mort et diffusion de messages à caractère raciste ou xénophobe par voie électronique. Face à lui, A. Djiba, alias « Sanka », militant de Pastef, constitué partie civile. Les faits remontent à environ six mois, lors d’un live TikTok devenu viral, plateforme que le parquet décrit désormais comme un nouveau champ d’affrontements politiques aux conséquences parfois dramatiques.

 

À la barre, le prévenu n’a cessé de minimiser les faits les plus graves. Revendiquant son appartenance au parti Les Nationalistes et sa proximité avec Tahirou Sarr, il a nié les menaces de mort et les injures publiques, affirmant s’être exprimé dans un cadre informel destiné à ses abonnés. Interrogé sur les images le montrant brandissant une arme blanche, Ch. Ndiaye a tenté de banaliser la scène, soutenant qu’il ne faisait que découper une pastèque à l’aide d’un couteau. Quant aux propos incriminés, il les a qualifiés de simples « blagues », lancées sans intention réelle.

 

Une ligne de défense que le tribunal n’a pas retenue. Le juge a rappelé que les menaces étaient explicites, directement adressées à la partie civile et accompagnées d’images où l’arme blanche était clairement exhibée, le tout dans un contexte d’opposition politique assumée. Malgré ces éléments, le prévenu a persisté dans la dénégation, allant jusqu’à nier toute responsabilité dans la diffusion des vidéos litigieuses.

 

Le magistrat lui a alors opposé un argument décisif : même sans publication directe, un follower pouvait enregistrer le live et en extraire des séquences, lesquelles ont ensuite circulé massivement sur les réseaux sociaux, rendant la vidéo virale. Tentant de politiser le débat, Ch. Ndiaye a accusé la partie civile d’avoir sciemment isolé les passages incriminés pour mobiliser « les Patriotes » et le livrer à la vindicte populaire. Le ministère public a recadré, rappelant que la plainte avait été déposée après des menaces de mort et des insultes graves, clairement audibles à l’audience lors de la diffusion de la vidéo.

 

Prenant de la hauteur, le procureur a replacé cette affaire dans un contexte plus large, évoquant le meurtre récent en France de Baba Abdoulaye Diop, dit Guélewar, militant de Pastef, tué à l’arme blanche après avoir reçu des menaces sur les réseaux sociaux. Sans amalgame, le parquet a insisté sur la dangerosité croissante des discours de haine en ligne, particulièrement lorsqu’ils s’inscrivent dans des clivages politiques exacerbés. Il a dénoncé un glissement inquiétant du verbe à l’acte et pointé la responsabilité des militants dans l’usage de la parole numérique.

 

Sur le plan judiciaire, le ministère public a requis la disqualification du chef relatif aux messages racistes ou xénophobes, mais a estimé établies les infractions de menaces de mort et d’injures publiques. Il a requis six mois d’emprisonnement, dont trois mois ferme, assortis d’une amende de 200 000 francs CFA. La défense, pour sa part, a plaidé la clémence, dénonçant une instrumentalisation politique du dossier et appelant à une requalification des faits au regard du caractère informel du live.

 

Au final, le verdict rendu ce vendredi a reconnu Ch. Ndiaye coupable de menaces de mort et d’injures publiques. Le militant des Nationalistes a été condamné à six mois de prison, dont un mois ferme.

Samedi 3 Janvier 2026
Dakaractu



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