Louis Mbarick Fall alias « Battling Siki », Sénégalais et premier Africain champion du monde de boxe

Son histoire n’est pas commune, et son destin fut à la fois grandiose et tragique, Louis Mbarick Fall (Amadou Mbarick Fall à l’état civil) en 28 ans d’existence aura fasciné. Parti de son Sénégal natal pour rejoindre la France, « Battling Siki » a été malgré lui, l’un des précurseurs de la lutte contre le racisme. Car, en devenant le premier Africain (Sénégalais) champion du monde des mi-lourds, il brisait un mythe en battant le champion des Français, Georges Carpentier. Et, ouvrait la voie de la lutte contre la discrimination et le racisme. Tué aux Etats-Unis en 1925, ses cendres seront rapatriées au Sénégal (Saint Louis) plus de soixante ans plus tard.


Louis Mbarick Fall « Battling Siki » naît en septembre 1897, à St-Louis au Sénégal. Il arrive en France à l’adolescence dans des circonstances qui restent mystérieuses, certains affirmant qu’il a été amené par une danseuse néerlandaise qui s’était amourachée de lui, d’autres estimant qu’il était destiné à être le domestique d’une actrice française. Il commence à gagner sa vie de façon indépendante en faisant la vaisselle, puis démarre dans le monde la boxe à l’âge de 15 ans.
 
De 1912 à 1914, il livre 16 combats (8 victoires, 6 nuls, 2 défaites). Sa carrière est interrompue par la première guerre mondiale. Incorporé comme soldat, Siki est décoré de la croix de guerre et reçoit la médaille militaire.
Il reprend sa carrière en 1919, et enchaîne sur 4 ans, 43 victoires en 46 rencontres, 2 nuls et 1 défaite (au 15è round contre Tom Berry à Rotterdam)

Des lors, François Deschamps, le manager du champion du monde des poids mi-lourds, Georges Carpentier, qui a assisté à la victoire de Siki sur Marcel Nilles, pense que Siki sera un adversaire « à la portée » de Carpentier. Le combat a lieu le 22 septembre 1922, et Siki est le premier boxeur noir depuis 7 ans à disputer un championnat du monde de boxe.

Georges Carpentier, l’idole de toute la France, boxe pour la première fois au pays depuis 3 ans. Siki semble être un parfait faire-valoir. 40 000 personnes sont massées au stade Buffalo de Montrouge pour assister au spectacle. Le début du combat semble donner raison au manager de Carpentier puisque Siki va deux fois « au tapis » lors des deux premiers rounds. Carpentier, grisé par le début du combat aurait prononcé la fameuse phrase : « dépêchons-nous donc, il va pleuvoir! »  Siki retrouve son punch lors du troisième round, au cours duquel il envoie Carpentier au tapis.

À partir de ce moment, Siki domine le combat et l’ironie change de camp lorsqu’il chambre Carpentier en lui disant « vous ne frappez pas très fort monsieur Georges » ! Au 6è round, Siki envoie définitivement Carpentier au tapis en lui assénant un uppercut du droit. L’arbitre disqualifie dans un premier temps Siki pour une obscure raison, avant de revenir sur sa décision 20 minutes plus tard, sous la pression de la foule qui manifeste sa désapprobation, prenant fait et cause pour Siki dont la victoire est nette. Siki, (qui est français puisque le Sénégal est à l’époque une colonie française), devient le premier africain champion du monde de boxe. Le manager de Carpentier fait appel le 26 septembre, prétextant une « faute » sur son poulain. L’appel est rejeté.

Malgré une certaine popularité, (une de ses apparitions publiques à Paris provoque des attroupements pendant plus d’une heure), Siki n’échappe pas au racisme. Certains journaux l’appellent le ”championzee” ou “l’enfant de la jungle”. Un autre journal, “l’intransigeant”, publie un récit dont le titre est : “Siki donnerait la moitié de ses victoires pour devenir blanc”. Le manager de Siki n’est pas en reste puisqu’il déclare dans la presse que “Siki a du singe en lui”. Le boxeur africain répond aux attaques en disant que “beaucoup de journalistes ont écrit que j’avais un style issu de la jungle, que j’étais un chimpanzé à qui on avait appris à porter des gants. Ce genre de commentaires me font mal. J’ai toujours vécu dans de grandes villes. Je n’ai jamais vu la jungle.”

Le style de vie de Siki (alcool, femmes, bagarres de rue) en dehors du ring attire désormais plus l’attention que ses prestations sur le ring. Il aime l’alcool, les vêtements extravagants et les femmes blanches (ses deux femmes seront d’ailleurs blanches), ce qui n’est pas toujours bien vu à l’époque.

Le 15 décembre 1925, Louis Mbarick Fall “Battling Siki”, qui était sorti en disant à sa femme qu’il allait “faire un tour avec des amis” est retrouvé mort, au pied d’un immeuble de la 41è rue, dans le quartier de “Hell’s Kitchen”, près de chez lui aux États-Unis. Il a été abattu de deux balles dans le dos, tirées de près. Il n’avait que 28 ans. Plus de 60 ans plus tard, ses cendres seront rapatriées au Sénégal, à Saint-Louis où il repose.

Pour Eduardo Arroyo, auteur d’un livre retraçant la carrière du boxeur, Siki a été tué car il se permettait là-bas ce qui lui était interdit : “il aimait les femmes blanches, les voitures blanches, les chiens blancs, le jazz et le champagne. C’était trop d’insolence et de nargue venant d’un homme noir”. Louis Mbarick Fall restera à jamais le premier Africain qui a trôné sur les rings de la Boxe mondiale. Imposant sa puissance et sa classe au mépris du racisme…
Mercredi 22 Mai 2019
Dakaractu



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