L’été dakarois (Par El Malick Seck)


L’été dakarois (Par El Malick Seck)
L’été politique dakarois s’annonce sous un ciel de nuages et de brume. Une grisaille qui a fini d’emporter la capitale à chaque fois que le pays bruit de déclarations de marche ou de manifestation. L’on retient son souffle, chacun craignant des débordements, des pillages, des incendies, des arrestations, des blessés et dommage quelques fois des morts. Les uns crient à la liberté quand d’autres veulent protéger l’État et le droit. Vaste programme… 

Une partie du peuple dit parler pour les petites gens qui ont faim, qui ont soif, qui se logent mal, qui prennent les pirogues et sont engloutis par les vagues de l’Atlantique ou de la Méditerranée, laissant parfois femmes et enfants qui sanglotent, sanglotent, tel un jazz orphelin. Quand d’autres adulent tout aussi le Président chantre de l’émergence avec ses réalisations : un train venu de l’Hexagone qui rappelle des airs de la grande région parisienne.  Un stade où les derniers resquilleurs du dimanche, amoureux du ballon qui roule s’extasient et se croiraient bien à San Siro. Des autoroutes qui serpentent la savane sénégalaise pour aller prier à Touba. Voilà les deux sénégalais qui s’opposent désormais. Chacun accusant l’autre de vouloir mettre le feu aux pays. Chaque hère campe et érige des meurtrières sur les réseaux sociaux où l’injure remporte la palme sur les idées. Il est interdit désormais d’être intelligent, de dire sa pensée. Il faut être avec ce que le « peuple » veut ou tu es un renégat qui se nourrit du sang de la nation. 

Dangereusement, doucement, calmement, délicatement, faiblement, légèrement, mollement, silencieusement, c’est selon, on s’approche de la ligne rouge. Celle où un pays bascule. Des aurores où on entend des bruits de bottes, de hordes ensanglantées, d’une odeur de poudre, de jeunes gens qui apparaissent subitement par la magie de l’écran et on rentre dans un cycle nouveau. Celui d’un éternel recommencement : conseil national de transition, nouvel homme fort, puis rien. La clameur venue souvent de nos voisins suffit comme affliction extrême et sans remède. 

Protégé par l’eau de partout, un signe peu bénin, entre l’Atlantique à l’Ouest, le fleuve Sénégal au Nord et à l’Est, la Gambie ou la Casamance en son centre et au Sud, la tranquillité légendaire du peuple sénégalais est notre unique richesse. Le pétrole tant vanté ou les autres richesses qui font courir les uns et les autres ne valent que peu de choses face à nos rapports calmes entre citoyens en l’absence de troubles, de violences, la paix sociale terme plus généralement utilisé. 

Les égo de la classe politique de quelque bord que ce soit ne doivent pas nous conduire vers l’abime, cette immensité effrayante, ce gouffre très profond. En ligne de mire 2024. Prions d’abord d’être là, car la vie a laissé beaucoup de compagnons sur le chemin. Celui qui dirigera le pays devra être d’abord le Président de tous les sénégalais. Il n’aura que deux mérites : hériter d’un État débout et solide et savoir qu’il sera le Président d’un peuple non divisé. 


El Malick SECK

Elmalickseck2021@gmail.com

Mercredi 29 Juin 2022
Dakaractu



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