La guerre au Moyen-Orient et ses implications géostratégiques pour l’Afrique ont été au cœur d’un panel organisé, ce mercredi 15 avril au West African Research Center (WARC), dans le cadre de son espace de débat citoyen « Pencum WARC ».
Prenant la parole, comme panéliste, le général à la retraite, Mbaye Cissé, a présenté une analyse centrée sur les conséquences sécuritaires du conflit pour le continent africain, dans un contexte marqué par une crise du multilatéralisme.
D’entrée, il a rappelé que « la guerre qui se déroule actuellement sous nos yeux n’a pas commencé aujourd’hui », évoquant un cycle ancien qui connaît aujourd’hui une accélération.
Selon lui, cette situation traduit une remise en cause du multilatéralisme, notamment avec des politiques unilatérales menées par certaines grandes puissances, dont les États-Unis sous l’administration de Donald Trump.
Dans ce contexte, le Général Mbaye Cissé estime que l’Afrique demeure marginalisée. « Pendant tout ce temps, l’Afrique semble absente », a-t-il souligné, en déplorant le faible poids du continent dans les grandes décisions internationales.
Sur le plan sécuritaire, il alerte sur une montée des risques liée à la dépendance énergétique du continent. Selon lui, la crise actuelle pourrait entraîner une dégradation des conditions de vie et aggraver l’instabilité dans plusieurs régions.
« Plus vous avez de pauvreté, plus vous avez de chances de recruter », a-t-il expliqué, en référence aux groupes djihadistes actifs dans le Sahel, dont le recrutement repose largement sur la précarité et l’exclusion sociale. Il met ainsi en garde contre une possible expansion de ces groupes dans un contexte de crise économique et énergétique.
Il évoque également des risques de tensions sociales dans les grandes villes africaines en cas de pénuries d’électricité ou de perturbations durables de l’approvisionnement énergétique.
Le général à la retraite alerte par ailleurs sur le risque de redéploiement de combattants étrangers vers l’Afrique, notamment vers la Corne de l’Afrique, dans un contexte de recomposition des groupes armés au Moyen-Orient, ce qui pourrait élargir les foyers d’instabilité déjà existants, notamment au Soudan et en Somalie.
Il insiste également sur l’intensification des rivalités géopolitiques sur le continent, devenu selon lui un espace de confrontation indirecte entre grandes puissances. Il cite la présence accrue de sociétés militaires privées et l’implication de plusieurs acteurs internationaux.
Il souligne en particulier l’évolution de la posture de la Chine, qui multiplie désormais des exercices militaires en Afrique, notamment en Afrique australe et en Égypte, traduisant une capacité de projection et un intérêt stratégique renforcé pour le continent.
Sur le plan diplomatique, il s’inquiète d’une fragilisation des opérations de maintien de la paix en Afrique, en raison notamment de la baisse des financements internationaux. Cette situation pourrait affecter des missions majeures en République démocratique du Congo, au Soudan et en Centrafrique.
Face à ces défis, le général Mbaye Cissé appelle à une réaction stratégique du continent. « L’Afrique ne doit pas rester indéfiniment soumise aux caprices de la géopolitique », a-t-il déclaré, plaidant pour le renforcement des mécanismes africains de sécurité et le développement d’une capacité autonome de gestion des crises. Il conclut en rappelant que la stabilité demeure la priorité : « La première question de l’Afrique, ce n’est pas le développement, c’est la paix ».
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