Frontière « Kandahar » / Le calvaire des commerçants sénégalais, entre exactions marocaines et mutisme des autorités sénégalaises !


C’est la croix et la bannière pour certains commerçants et convoyeurs de marchandises sénégalais dépouillés de leurs biens au niveau de la frontière entre le Maroc et la Mauritanie. C’est précisément au sud du mur Marocain dans la zone tampon dénommée « Kandahar » que des citoyens sénégalais ont vu leurs fourgonnettes abusivement ouvertes, leurs marchandises pillées et ou brûlées. Et une vingtaine de leurs véhicules tractés en territoire marocain. Le tout avec la main sous-tendue de certaines autorités marocaines témoins de ces exactions subies par les ressortissants sénégalais. C’est en tout cas ce qu’a affirmé, l’une des victimes contactées par la rédaction. « Nos véhicules étaient stationnés à Kandahar au niveau de la zone dite tampon où étaient les troupes des Nations Unies … Des Marocains ont profité de l’occasion pour forcer les verrous de nos fourgonnettes et dérober nos marchandises »,  dénoncera-t-il. 
 
Un appel de détresse avait été lancé il y a de cela quelques mois par ces mêmes commerçants sénégalais qui avaient été pour la plupart bloqués pendant des semaines au niveau de ce « No man’s land », lors de la fermeture de la frontière (Maroc – Mauritanie) imposée par la pandémie de la Covid-19 qui faisait des ravages un peu partout. Il s’agit-là d’un énième appel à l’assistance lancé par le collectif des victimes à travers cette dénonciation. D’après eux, l’État du Sénégal qui a été informé depuis le début de l’affaire à travers ses démembrements (Ministère des affaires étrangères, consul) s’est emmuré dans un silence assourdissant pour ne pas dire une inaction assez incompréhensible. 
 
Précisant qu’il avait déjà quitté ladite zone frontalière au moment de ces pillages « orchestrés », notre source qui est tout le temps resté en contact avec ces concitoyens bloqués sur les lieux, précisera : « Nous sommes des transporteurs et commerçants qui faisons le trajet Dakar – Maroc (Casablanca) avec nos propres véhicules de type fourgonnettes. Lors de la fermeture des frontières à cause de la Covid-19, nous avions laissé quelques-uns de nos véhicules au niveau de la frontière précisément entre le Maroc et la Mauritanie. Des voitures qui avaient quitté le Sénégal en direction du Maroc… En ce moment-là, en décidant de laisser nos marchandises là-bas nous ne pouvions pas imaginer que la fermeture des frontières allait durer aussi longtemps. »Une situation qui finira par dégénérer si l’on en croit les témoignages recueillis. 
 
Faisant le récit détaillé des évènements tels que rapportés par ses compatriotes photos et vidéos à l’appui. Notre interlocuteur qui déclarera avoir personnellement perdu des millions de FCFA en marchandises, ne compte pas moins d’une vingtaine de véhicules pillés et ou emportés. « Tous ces véhicules étaient chargés de marchandises diverses. Il faut compter au minimum 8 jusqu’à 30 millions FCFA selon les fourgonnettes. Si l’on devait faire une évaluation de la valeur marchande il y’a des centaines de millions FCFA emportés… D’habitude on stationnait nos véhicules sans problème dans cette zone. De même que les Mauritaniens et les Marocains. Il n'y a jamais eu de problème à ce niveau », s’est-il désolé sur un ton de résignation teintée d’une colère froide. 


Selon ses dires, tout se serait passé au mois de novembre dernier suite à un mouvement d’humeur des indépendantistes Sahraoui qui réclament leur indépendance à travers un referendum d’autodétermination. Une instabilité qui aura été le prétexte tout trouvé pour perpétrer ces exactions. « C’est au mois de novembre dernier que les Sahraouis ont eu vent de la fermeture totale de la frontière Marocaine. Toute forme de circulation était interdite au niveau de la frontière aussi bien pour les marocains que pour les étrangers. Une situation qui a duré au moins trois semaines. C’est sur ces entrefaites que l’armée Marocaine a été envoyée au niveau de la frontière pour dégager et sécuriser les lieux… » Selon Voaafrique, Rabat avait annoncé avoir lancé une opération militaire dans la zone-tampon de Guerguerat, à l’extrême sud du Sahara Occidental, afin de rouvrir la route conduisant vers la Mauritanie. 
 
Car en ce moment-là il fera remarquer que : « Nos véhicules étaient stationnés à Kandahar au niveau de la zone dite tampon où étaient les troupes des Nations Unies. Des Marocains ont profité de l’occasion pour forcer les verrous de nos fourgonnettes et dérober les marchandises. Pire, certaines autorités marocaines (Raïs) ont pris part à ce saccage orchestré impunément. Ils emportaient ce qui les intéresse et brûlent le reste sur place. À la suite de quoi ils ont tracté certaines de ces voitures en territoire marocain. Nous n’avons plus accès à nos voitures et nos bagages ont été emportés. Nous étions tous impuissants face à cette situation, nos compatriotes qui étaient sur place ont pu discrètement prendre des photos et vidéos en guise de preuves. » Des scènes de pillage exécutées en plein jour sous le regard impuissants des propriétaires. C’est d’ailleurs eux-mêmes qui prendront des images (Photos et vidéos) en cachette…


Interrogé sur la réaction des autorités Sénégalaises suite à ces exactions présumées, il nous fera comprendre que le consul général du Sénégal à Casablanca, Massamba Sarr a été saisi d’une lettre (dont nous avons reçu une copie) « Depuis lors le consul est au courant (depuis le 07 décembre par courrier), de même que l’ambassadeur. » 
Par la suite, ce sera le ministère des affaires étrangères qui sera officiellement informé. « Nous avons également envoyé une lettre au ministre des affaires étrangères le 18 décembre. Ils ont accusé réception mais sans réponse. » Plusieurs semaines plus tard aucune démarche n’a été entreprise par l’État, a-t-il déploré.
 
C’est d’ailleurs l’une des raisons qui avaient motivé leur décision de tenir un sit-in, à Dakar, en guise de manifestation. « Nous avions même prévu de tenir un sit-in devant l’ambassade du Maroc, ce mardi 05 janvier. Mais, notre demande d'autorisation a été rejetée par le préfet. Depuis le 22 novembre nous sommes confrontés à cette situation compliquée… » D’après le document parcouru par Dakaractu, le préfet de Dakar, Alioune Badara Samb, a bel et bien reçu la demande d’autorisation de sit-in envoyée le 28 décembre. Une demande à laquelle il ne donnera pas une suite favorable selon sa réponse officiellement transmise à la date du 29 décembre 2020.
 
Idem au niveau du consul où leurs doléances tardent à être prises en compte avec la diligence attendue par le collectif des victimes. « Au niveau du consul on nous avait demandé des factures, les cartes grises de nos véhicules, photocopies de nos passeports. Pourtant, depuis lors nous n’avons eu aucune nouvelle de la part des autorités sénégalaises. Le directeur des sénégalais de l’extérieur, Amadou François Gaye est au courant de la situation. Je l’ai moi-même appelé au téléphone à plusieurs reprises en plus de lui avoir envoyé des photos et vidéos en guise de preuves… » Un mutisme qui traduit un manque de considération de la part des autorités étatiques à leur encontre. Une conviction de notre interlocuteur qui a notamment soulevé un profond sentiment d’abandon.

En attendant de trouver une issue heureuse, ils font le bilan des préjudices subis ainsi que des conséquences engendrées. « Actuellement nous sommes confrontés à d’énormes difficultés. Car ces marchandises pillées ne nous appartenaient pas pour la plupart d’entre nous. En général, ce sont des commerçants et autres qui nous confient leurs marchandises pour qu’on assure le convoyage. Maintenant ce sont ces personnes qui exigent la restitution de leurs biens. Ce que nous sommes incapables de faire présentement. D’ailleurs, nous avons été chez pas mal d’autorités religieuses pour leur faire part de nos difficultés... »






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Mardi 5 Janvier 2021
Dakaractu



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