(Entretien) Vaccins anti-Covid, nouveaux variants, place de l'Afrique dans la recherche en santé : le Professeur Souleymane Mboup sans détours...


Le Sénégal a démarré sa campagne de vaccination contre la Covid-19 le mardi 24 février après avoir reçu 200 000 doses du laboratoire chinois Sinopharm. Un tournant dans la lutte contre le Coronavirus que salue le Professeur Souleymane Mboup.

Dans un entretien exclusif accordé à Dakaractu, en marge de la visite d'une délégation de l'Institut burkinabé de santé publique, le président fondateur de l'Iressef trouve que c'est une aubaine d'autant plus qu'il considère la vaccination comme l'ultime sauveur de l'humanité devant cette pandémie. Le professeur s'est réjoui des moyens déployés par l'État du Sénégal pour s'approvisionner à temps, au moment où beaucoup de pays africains traînent le pas.

Partant de cette posture, le virologue demande à la population de se faire vacciner. Pour donner l'exemple, le Professeur Mboup s'est fait injecter sa première dose de Sinopharm ce jour. Mais pour lui, il ne faut pas se limiter là. L'accent doit être mis sur la communication pour enregistrer l'adhésion de la population. Insistant sur la fiabilité des vaccins développés, le président fondateur de l'Iressef assure que toutes les procédures ont été respectées pour la mise au point de ces produits en temps record.

Le professeur Souleymane Mboup s'est aussi prononcé sur la polémique autour de l'efficacité du vaccin d'AstraZeneca. Il trouve légitimes les inquiétudes des uns et des autres sur ce produit et recommande la prudence. Cependant, il considère que son utilisation au Sénégal ne devrait pas être un problème dans la mesure où la circulation des nouveaux variants est maîtrisée dans notre pays. Qui plus est, le consortium mis en place par l'Union africaine pour surveiller ces variants a recommandé son utilisation dans les pays ou territoires où les nouveaux variants ne sont pas répandus. Cela dit, il suggère de ne pas lever le pied sur la surveillance tout en étudiant la possibilité d'acquérir des vaccins plus efficaces.

Pour atteindre l'immunité collective, il précise que les pays n'ont pas besoin de vacciner la totalité de la population. Des prévisions ont montré que le taux de vaccination peut varier entre 40 et 75 à 80%, ajoute-t-il.
Virus à ARN, le Coronavirus a tendance à muter au gré des duplications du génome à l'intérieur des cellules infectées. C'est ainsi que des mutations ont été observées en Grande Bretagne, en Afrique du Sud, au Brésil, en Californie.

La vitesse exponentielle de la propagation du virus s'expliquerait dans certains pays par ces variantes. Pour éviter un tel scénario, le Professeur Mboup révèle que ses équipes se sont dotés de moyens conséquents pour déceler le moindre changement du virus. « Notre objectif, c'est de pouvoir caractériser le maximum de variants », décline-t-il.

Ce renforcement de capacités et de moyens techniques, ajouté à la détection par les équipes du Professeur Mboup du variant britannique chez un patient au Sénégal, a valu à l'IRESSEF d'être choisi par le CDC Africa pour surveiller la circulation des variants en Afrique de l'Ouest.

Cette mission qu'il entend mener pour « aider les décideurs » à prendre les bonnes décisions, est la preuve, selon le Pr Mboup, que l'Afrique a son mot à dire mêmesi le continent noir semble avoir un retard à rattraper dans le developpement de vaccins.
Samedi 27 Février 2021
Dakaractu




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