Corruption en Afrique : Révélations sur les contours du protocole Bolloré au Togo et en Guinée…

L’implication personnelle de Vincent Bolloré dans l’affaire de corruption présumée de deux chefs d’État pour obtenir la gestion de ports africains a fait l’objet d’enquête par Mediapart. Dans un article titré « Corruption en Afrique : le protocole Bolloré », le site d'information indépendant a révélé « de nouveaux éléments qui pointent » le milliardaire français.


Après les soupçons de vouloir peser sur la présidentielle, en mettant ses antennes au service de l’extrême droite, et en particulier du candidat Éric Zemmour, le milliardaire breton a une dernière affaire à régler, selon le média d’investigation.

Mais, ce sera devant la justice, qui l’accuse justement d’avoir joué aux marionnettistes pour faire élire, il y a plus de dix ans, les présidents du Togo et de la Guinée afin d'y développer son empire portuaire.

Dans cette affaire, le groupe de Vincent Bolloré a reconnu des faits de corruption, en février 2021, avant de payer une amende de 12 millions d’euros. L’on apprend que l’homme d'affaires et deux de ses cadres ont eux aussi plaidé coupable.

C’est après que le tribunal de Paris a refusé, jugeant que la peine négociée avec le parquet national financier (PNF) était trop clémente. Mediapart, qui a eu accès à de nombreux documents issus du dossier judiciaire, renseigne que les mis en cause, qui sont de nouveau présumés innocents, devraient donc être jugés publiquement.

Le site d’information dit être en mesure de confirmer les premières révélations du Monde sur cette affaire. « Nos documents montrent l’implication personnelle de Vincent Bolloré dans le financement des campagnes électorales – ce qu’il a démenti lors de l’instruction », lit-on par ailleurs.

Les documents à disposition, renseigne-t-on, dévoilent aussi « les coulisses du système Bolloré en Afrique ». Là, il y a du tout : corruption présumée, renvois d’ascenseur, opérations d’influence et soutien sans nuance à des autocrates africains régulièrement accusés de violations des droits humains.

En voulant éjecter de la société de gestion des terminaux son associé Jacques Dupuydauby, Bolloré a mis à contribution son ami le président Nicolas Sarkozy et Michel Roussin, ancien ministre de la coopération de Jacques Chirac.

Ils sont à la manœuvre pour convaincre le dictateur togolais Faure Gnassingbé, sur des projets pour le port de Lomé, où son groupe veut notamment construire un troisième quai.

L’agenda de Bolloré mentionne, à la date du 21 avril, un contact avec Faure Gnassingbé, selon Mediapart, qui renseigne qu’une semaine plus tard, à la suite d’une décision de la cour d’appel de Lomé, son associé Jacques Dupuydauby est éjecté du port.

Et, Bolloré en récupère la gestion directe. Au cœur de l’été, il écrit de nouveau au président togolais au sujet de son projet pour le port.

Il a été dit que c’est le numéro 2 du groupe Bolloré, Gilles Alix, qui a indiqué aux policiers qu’en cette année 2009, c’est Charles Gafan qui « nous a dit qu’il fallait contribuer aux dépenses de communication » de Faure Gnassingbé pour la campagne de l’élection présidentielle de mars 2010.

La même demande a été adressée par un autre canal à Jean-Philippe Dorent, selon les écrits de Yann Philippin. Le journaliste indique que ce familier des palais présidentiels africains dirige le département international du puissant groupe de communication Havas, contrôlé par le groupe Bolloré.

Jean-Philippe Dorent est « un peu sceptique sur ses chances » de gagner, mais les ordres sont les ordres. « Je lui ai proposé pour l’instant qu’on l’aide pour mieux exister sur le Net et dans la presse », précise-t-il à Stéphane Fouks.

En Guinée, le directeur international de Havas explique que Vincent Bolloré a prévu de s’engager personnellement pour qu’Alpha Condé entre en relation avec Claude Guéant, à l’époque bras droit de Nicolas Sarkozy à l’Élysée : « Pour les contacts politiques, c’est VB et Bernard qui gèrent (il voit Guéant cet après-midi). »

Havas devait donc contribuer à deux élections présidentielles, nous apprend le journal d’investigation. « Mais ça coûte cher. Au Togo, Faure Gnassingbé ne veut pas payer plus de 100 000 euros, et l’opposant guinéen Alpha Condé n’a pas un sou », révèle le site indépendant.

On retrouve un scénario similaire avec la présidentielle de 2010 en Guinée, le premier scrutin démocratique de l’histoire du pays. Vincent Bolloré a cette fois le beau rôle, écrit Yann, puisque Alpha Condé était à l’époque un opposant historique au régime, décrit au sein du groupe comme un « Mandela africain ». C’est surtout un ami de Vincent Bolloré, qui l’a connu lors de son exil en France.

Si l’on en croit Mediapart, là encore, le groupe Bolloré a payé 100 000 euros de prestations de communication réalisées par Havas. C’est le bras droit du milliardaire, Gilles Alix, a assuré sur procès-verbal que le groupe n’a pas financé la campagne électorale, mais seulement « la mise en lumière de la candidature potentielle d’Alpha Condé ».

Le groupe Bolloré continue d’entretenir l’amitié avec le pays de Alpha Condé. En Guinée, sa filiale Vivendi a organisé en 2015, pendant la campagne présidentielle, un concert géant à la gloire du président candidat Alpha Condé. La même année, Faure Gnassingbé est réélu président au terme d’un scrutin à nouveau contesté par l’opposition.

Entre le président du groupe Bolloré et les présidents de la République, le plus puissant n’est pas forcément le chef d’État. C’est ce que montre une écoute téléphonique du 26 avril 2016, dans laquelle Alpha Condé mendie des investissements à Vincent Bolloré.
Jeudi 20 Janvier 2022
Dakaractu




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