Conquête de Dakar en vue des locales / Amadou Ba, Abdoulaye Diouf Sarr : Quel profil pour BBY ?

Qui pour diriger BBY à Dakar ? Cette question qui taraude les esprits semble trouver une multitude de réponses dans la mouvance présidentielle BBY du département de Dakar. Pour certains acteurs et spécialistes des questions politiques, déjà deux profils sont en lice pour contrôler le département en vue des élections locales. Il s’agit là de l’ex ministre de l’économie et des finances, Amadou Ba et de l’actuel ministre de la santé et de l’action sociale, par ailleurs maire de la commune de Yoff, Abdoulaye Diouf Sarr. Pour y voir plus clair, Dakararctu donne la parole à des experts des questions politiques pour analyser les forces et les faiblesses de chacun des deux profils qui se battent d’arrache-pied pour diriger la coalition majoritaire dans le département.


Conquête de Dakar en vue des locales / Amadou Ba, Abdoulaye Diouf Sarr : Quel profil pour BBY ?
Le séminaire organisé le week-end dernier par la coalition BBY en vue d’affûter les armes et mobiliser les 19 communes du département en perspective des prochaines élections locales a encore mis à nu la crise de leadership et les guerres de positionnement entre les différents responsables politiques de la coalition de la majorité, notamment dans le département de Dakar. Les jeunes cadres de la dite coalition accusés d’appartenir au camp de l’ex ministre de l’économie et des finances, Amadou Ba, ont opposé leur véto à la résolution du séminaire pour contester « l’imposition » de Diouf comme le coordinateur départemental de la coalition par certains responsables. Ce qui laisse penser à une dualité entre les deux « hommes forts » de Dakar, Amadou Ba et Abdoulaye Diouf Sarr. 

Mais pour M. Rosnert Ludovic, Juriste, consultant et analyste politique, cette guéguerre politique rentre dans le cadre normal des choses dans la vie politique d’un parti. Mais seulement, comme dans toute démocratie, les gens doivent organiser un congrès d’investiture pour désigner celui qui doit diriger la coalition dans le département.

« Les querelles de leadership existent bel et bien au sein de la coalition. Elles sont dues en grande partie à un manque de démocratie dans les partis politiques. Mais ce n’est pas mauvais dans un parti que des gens aient des ambitions. C’est normal et c’est même souhaitable, maintenant la démocratie règle toutes ces questions. Qu’on organise un congrès d’investiture et laisse les militants choisir démocratiquement », propose notre interlocuteur.

Pour aspirer à diriger toute une coalition dans un département comme Dakar, il faut nécessairement et impérativement avoir un bon profil, quelqu’un qui a un vécu tant dans les affaires politiques qu'administratives. Ce qui pourrait être un atout pour l’ex ministre des affaires étrangères, Amadou BA, selon l’analyste politique.

« L’avantage d’Amadou Ba c’est qu’il a été assez longtemps considéré comme présidentiable. Et les gens ont même souvent dit qu’il était un concurrent du président Macky Sall. Les gens sont habitués à le voir comme candidat potentiel à la présidentielle à fortiori pour les locales. Maintenant, si le parti ne veut pas qu’il soit candidat, il ne le sera pas. En termes de force politique, il est difficile de se prononcer, mais force est de reconnaître qu'Amadou Ba a été un ministre de l’économie et des finances, puis ministre des affaires étrangères. Ce qui n’est pas une mince affaire, c’est de hauts postes », souligne M. Rosnert Ludovic.

Si l’ancien coordinateur départemental de la coalition BBY de Dakar a un vécu politique et administratif, il n’en demeure pas moins pour l’actuel ministre de la santé et de l’action sociale. Maire de Yoff et ancien ministre des collectivités territoriales, Abdoulaye Diouf Sarr « présente aussi la carrure » d’un bon leader pour diriger la capitale.

« Abdoulaye Diouf Sarr est un homme assez calme et il a beaucoup travaillé pour la santé. Il est très rare de le voir faire des sorties malheureuses comme certains le font dans le parti. Il est assez modéré. Il a la carrure d’un dirigeant, car non seulement il est ministre de la santé mais aussi il a les moyens de l’État. Il est maire de sa commune cela pour dire qu'il a une certaine expérience des aspects territoriaux. Donc Abdoulaye Diouf Sarr n’est pas mauvais comme leader. Mais est-ce que le parti est d’accord pour qu’il soit porté comme chef de file de la coalition à Dakar? Tout dépend du jeu démocratique au sein de la coalition », a laissé entendre l’analyste politique.

Mais le seul hic d’après M. Rosnert Ludovic, c’est que l’actuel maire de la commune de Yoff n’a jusque-là pas été pressenti comme présidentiable, contrairement à son rival Amadou Ba qui a été pressenti comme un candidat potentiel à la succession du président Macky Sall.   

« Diouf Sarr n’a jamais été pressenti au poste de chef de l’État qui pouvait concurrencer Macky Sall. Et si vous avez une position de concurrence par rapport au président Macky Sall, c’est que vous êtes fort consciemment ou inconsciemment. Diouf Sarr aussi n’a peut-être pas eu cette ambition-là. Il a peut-être été local. Maintenant, il faut comprendre que le chemin du ministère des finances vers la mairie de Dakar est peut-être plus acceptable, voire plus court que le chemin de la mairie de Yoff vers la ville de Dakar. Là, il faut monter alors que de l’autre côté il faut descendre. Chacun a ses forces et faiblesses. Maintenant, cela dépend de la voix du parti mais également de celle des électeurs. Aujourd’hui, il est vrai qu'Amadou Ba n’est plus dans l’attelage gouvernemental, or vous savez qu’en Afrique on profite du poste de ministre, de président ou de directeur de société en utilisant les moyens de l’Etat à des fins politiciennes. C’est pourquoi les gens font campagne et cherchent des voix. S’ils n’ont plus ces moyens-là, ils sont «affaiblis » et comment vont-ils imposer leur leadership? Et vous savez comment les gens réfléchissent en Afrique : si le président vous fait confiance vous êtes fort et s’il ne vous fait plus confiance vous êtes faible. Et ces gens démis de leurs fonctions comment sont- ils vu par les populations? Si je veux voter pour l’APR et on me dit que le candidat c’est Amadou Ba et Amadou Ba a été injecté de son fauteuil de ministre par le président, alors comment les gens vont voter pour lui? Car on a l’impression que le président ne veut plus de lui et c’est comme ça que les gens réfléchissent», a encore tenté d’analyser le juriste consultant et expert des questions politiques, M. Rosnert Ludovic.

Analysant dans le même ordre d’idées, le journaliste formateur, doublé d’analyste politique, va au -delà des profils. Ibrahima Bakhoum compare les poids politiques des deux hommes.

« On ne peut pas se contenter de la télévision ou de la radio pour dire que tel est plus influent que tel ou autre. Mais il se trouve que ces gens qu’on le veuille ou non sont influents. Si on prend le cas d’Amadou Ba, il était très fort aux Parcelles Assainies. La force politique de Diouf Sarr c’est Yoff et Grand-Yoff, alors que Amadou Ba reste aux Parcelles Assainies et on sait que le poids électoral des Parcelles Assainie est plus important que les deux quartiers cités », a-t-il souligné.

En définitive, M. Rosnert Ludovic et Ibrahima Bakhoum, restent convaincus que la bataille de Dakar est loin de connaître son épilogue. Et le choix du bon profil pourrait  porter ses fruits dans le département pour les prochaines échéances électorales. Mais tout dépendra de la posture que prendra le président Macky Sall, chef de la coalition BBY…

Mardi 20 Avril 2021
Dakaractu



Nouveau commentaire :
Twitter



Dans la même rubrique :