Candidatures tous azimuts à la présidentielle de 2024 : «Leurre» des prétentions et incertitudes ?

Après les élections locales suivies de celles législatives, le jeu politique est devenu plus ouvert avec la déclaration de candidatures. Ousmane Sonko, Dethié Fall, Malick Gackou, Khalifa Sall, Aminata Touré ont déjà donné le ton de leur démarche pour la prochaine présidentielle 2024. Pour les cas de Karim Wade et de Khalifa Sall, après avoir été recalés de la course à la présidentielle, une éventuelle loi d’amnistie est envisageable d’après le président de la République qui avait instruit le ministre de la justice de faire le travail nécessaire pour qu’ils participent aux prochaines échéances électorales. Macky Sall, lui, laisse planer le doute sur sa candidature en 2024, devant cette floraison de déclarations de candidatures à quelques mois de la présidentielle.


En juin 2016, Karim Wade quitte le Sénégal pour le Qatar. Condamné à six de prison pour enrichissement illicite, le fils de l'ancien Président Wade et candidat de son parti à l’élection présidentielle de 2019 a été gracié par le chef de l'Etat Macky Sall et libéré. D’ailleurs, cette décision avait été fustigée par ses camarades de parti.


Comme il était surnommé au moment où les libéraux régnaient au pouvoir, le "ministre du Ciel et de la Terre", en raison de ses nombreux portefeuilles et prérogatives (Infrastructures, Transport aérien, Coopération internationale, Aménagement du territoire...), a été placé en détention préventive à Dakar depuis avril 2013, il avait été jugé - avec d'autres co-accusés - et condamné en mars 2015 à six ans de prison ferme et à plus de 210 millions d'euros (plus de 137 milliards FCFA) d'amende pour enrichissement illicite, ce qu'il a d’ailleurs, toujours nié. Pour cette décision de relaxe, la présidence avait même annoncé que « c’est une mesure qui dispense seulement les condamnés de subir la peine d'emprisonnement restant à courir (...) Les sanctions financières contenues dans le verdict prononcé en mars 2015 "et la procédure de recouvrement déjà engagée demeurent". Cette décision est une "remise partielle de peine et n'efface pas la condamnation qui figure toujours dans son casier judiciaire. Une grâce pour des raisons humanitaires, disait le ministre de la justice de l’époque, Sidiki Kaba.


Après plusieurs années, des possibilités d’amnistie sont évoquées pour Wade fils de même que pour Khalifa Sall, l’ancien maire de Dakar. Par un décret présidentiel accordant la liberté à l'ex maire de Dakar et à deux de ses collaborateurs, Mbaye Touré et Yaya Bodian, qui étaient emprisonnés en même temps que lui, le leader de Taxawu Sénégal, les militants de Taxawu Sénégal sont enfin soulagés. Étant condamné à cinq ans d'emprisonnement et au paiement d'une amende de cinq millions de francs CFA, Khalifa Sall était reconnu coupable de "faux et usage de faux en écriture de commerce, faux et usage de faux dans des documents administratifs et escroquerie portant sur des deniers publics". Lui aussi, gracié, se lance de nouveau. On l'a vu lors des élections locales et législatives s’impliquer avec notamment la coalition Yewwi Askan Wi dont il est l'un des leaders. Il est même présentement en tournée à l’intérieur du pays pour échanger avec les sénégalais, en perspective des prochaines élections.
 
Si les partisans libéraux se disent déterminés à reconquérir le pouvoir avec Wade fils, Khalifa Sall et Cie  préparent aussi activement l'élection de 2024. Mais, leur sort politique dépend de cette question d’amnistie ou de révision de procès. Macky Sall est-il vraiment prêt à céder à cette possibilité de révision de procès ? Le code électoral revu, leur permettra certes de participer aux élections mais enlèvera-t-il les charges qui ont poussé à leur condamnation ? Il faut aussi préciser que l’amnistie dont on parle pourrait faire l’affaire de certains fauteurs qui pourront en profiter. Ainsi, le règlement des cas de ses deux candidats potentiels en 2024 reste toujours en suspens.
 
 
Déthié Fall, président du parti des républicains pour le progrès qui aussi, s’est lancé dernièrement dans une tournée dans la diaspora, semble prendre ses marques. Jeune et déterminé, l’ancien compagnon d’Idrissa Seck n’aura pas visiblement regretté de ne pas rejoindre le «Mbourok Soow». Le mandataire de la coalition Yewwi Askan Wi durant les dernières élections et membre de la conférence des leaders a déjà fait le tour de plusieurs pays de la diaspora pour parler de sa vision, de ses ambitions et reste toujours contre un 3e mandat de Macky Sall. Surnommé PDF (Plan Déthié Fall) pour avoir théorisé et mis en place la tactique électorale qui a conduit au mano-à-mano à l’Assemblée nationale. Déthié Fall, avec son parti compte aussi se déployer pour la quête de voix des sénégalais.


L’ancienne présidente du conseil économique sociale et environnemental, Aminata Touré, est plus que catégorique. Ses relations heurtées avec Benno Bokk Yakaar au lendemain de la mise en place de la nouvelle Assemblée nationale intensifient son discours et accentuent son engagement politique. Aminata Touré a même annoncé une tournée dans les jours à venir, pour dévoiler sa vision pour le Sénégal. Le président du Grand Parti, Malick Gackou, bien qu’appartenant à la coalition Yewwi Askan Wi, a aussi pris ses marques pour 2024 de même que Abdourahmane Diouf qui quitte Aar Sénégal pour une marche solitaire avec slogan « Abdourahmane Diouf Président ».


Le leader du mouvement Guem Sa Bopp, n'est pas exclu non plus de ce champ "de prétendus ambitieux" pour la magistrature suprême. Avec "Tekki Jotna", Bougane Gueye Dany veut se donner un nouveau souffle après avoir à deux reprises, été écarté par le parrainage. 
 
Ousmane Sonko, quant à lui, est plus formel malgré l’épée de Damoclès sur sa tête avec notamment le dossier Sweet Beauté, qui est d’ailleurs un feuilleton qui dure depuis 2 ans. Quelques jours après les élections législatives, le leader du parti africain du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité a annoncé sa candidature qu’il a même confirmée hier lors du grand meeting à Keur Massar. «Moi, Ousmane Sonko, je suis le seul candidat du Pastef pour les élections de 2024…» annonce le leader des patriotes. Malgré la décision du juge d’instruction de renvoyer le dossier «Sweet Beauté» en chambre criminelle, il persiste dans sa position. Pour Ousmane Sonko, la justice est autant complice que Macky Sall dans cette affaire.


Pour finir, avec «cet univers d’incertitudes et de non-dits» , il y a le président de la République, Macky Sall. Le patron de la coalition Benno Bokk Yakaar peut être considéré comme «le patron du suspens». Dans ce domaine, il est imbattable. Depuis son fameux «Ni Oui Ni Non». Jusque-là, tout le monde se plaît à aller dans des supputations sur la base d'interprétations de juristes sur la question de la candidature et du troisième mandat. Mais il reste le seul maître à bord. Avec lui, le suspense est à son paroxysme.


A la coalition Benno Bokk Yakaar c’est un «silence bavard» qui est de mise. Un peu moins dans Yewwi Askan Wi qui pourrait voler en éclats, si le consensus sur le choix d’un candidat devait être fait.
 
Ces onze mois avant la présidentielle risquent d’être une éternité pour les impatients.
 
Lundi 23 Janvier 2023
Dakaractu



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